mardi 4 août 2015

Climathon, semaine 31: Belles courbes et belles plantes

Publié le 4 août 2015 dans Environnement
Par Benoît Rittaud




Bel exercice de propagande climatique cette semaine sur BFM-TV !







Il fallait bien que les compétiteurs soufflent un peu après un début de championnat d’été aussi engagé. Le fléchissement aoûtien profite ainsi à une compétitrice qui évolue plutôt en catégorie amateur: Fanny Agostini, de BFM TV, remporte le titre de vainqueur de la semaine 31 du climathon avec cet opus d’une série de vidéos indispensables sur le climat à l’approche de la COP21.

Destinée à nous enjoindre de ne pas confondre météo et climat, la vidéo commence par quelques secondes de minauderies de la présentatrice particulièrement en ligne avec son propos scientifique. D’un caractère extrêmement technique, la vidéo rebutera peut-être quelques spectateurs mal préparés, mais la rigueur intellectuelle est à ce prix. La talentueuse Fanny Agostini a bien besoin d’une minute 39 pour nous expliquer que la météo n’est pas le climat. Car attention, c’est du sérieux: La météo, c’est ce qui vous est annoncé comme temps pour le lendemain (ici, vidéos en surimpression de la même Fanny Agostini minaudant devant la caméra présentant la météo), tandis que le climat est « une tendance beaucoup plus longue d’évolution »(sic).


Tentant bravement une image suggestive pour faire percevoir ce distinguo au bon peuple, la présentatrice nous explique que confondre météo et climat est un peu comme confondre « une classe et un élève »: La classe progresse mais pas notre élève (rassurez-vous, ce n’est que « temporaire » ), lequel est donc néanmoins « emporté par la progression du groupe ». Toute la puissance de la pédagogie au service du sauvetage de la Terre, avec en digne conclusion une courbe de température globale pour laquelle « y a pas d’doute: Elle monte ».



La courbe en question se trace d’abord sur un fond noir et sobre:




Il semble que la courbe soit celle d’HadCRUT4. Curieusement, le tracé a l’air de commencer vers 1912, comme on peut le voir à l’aide de WoodForTrees :




On ne peut s’empêcher de penser qu’il est un peu dommage de ne pas nous montrer les données d’avant, qui montraient une tendance intéressante à l’absence de réchauffement. Comme la courbe du fond noir s’arrêtait vers 1990, on aurait eu une courbe un peu platounette, n’était une petite montée finale (dont Fanny Agostini aurait sûrement pu nous rappeler qu’elle ne comptait pas puisque pour parler de climat il faut, nous rappelle-t-elle, des tendances sur 30 ans).




La suite de la vidéo ne nous montre qu’un bout « final » de la courbe. D’abord ceci, commenté en « ça monte » par Fanny Agostini et centré sur le super-El Niño de 1998 :




À la toute fin de la vidéo, la courbe échoue à atteindre 2015, s’arrêtant probablement vers 2010. L’échelle des ordonnées est telle que la hauteur totale de l’écran doit royalement correspondre à une amplitude de 0,2°C. Les abscisses commençant vers 1989, on n’aura aucun doute sur la tendance séculaire terrifiante de +1°C, et on ne risque pas non plus de voir de plateau malvenu par une bête mise en perspective.




Les accessits de la semaine


Le Grand Effort National pour Pas plus d’deux d’grés est aussi illustré cette semaine par ce très bel article publicitaire du Figaro qui signale que des restaurateurs respectueux de l’environnement se sont réunis en l’association Bon pour le climat. Une vidéo nous présente ce concept révolutionnaire: Sur un fond d’ardoise présentant le tarif (28 euros pour plat-dessert: Eh oui, le Sauvetage de la Planète a un coût), le Président de l’association, restaurateur dans le VIe arrondissement de Paris, explique qu’il s’approvisionne localement (certainement en produits cultivés dans le Jardin du Luxembourg), qu’il « favorise les végétaux par rapport aux protéines animales » et qu’il respecte les saisons. La trouvaille dont il est très fier est la « fontaine à eau »: Au lieu de transporter des bouteilles à travers la France, cette fontaine située dans son établissement fournit de l’eau directement. On n’avait rien vu de plus novateur depuis l’invention de l’eau courante et du robinet.


Bien sûr les « outils disponibles sur le site de l’association » ne se fabriquent pas tout seuls, aussi les restaurateurs sont-ils invités à déposer leur obole (100 euros par an) pour bénéficier du logo de l’association. Pas bégueule, Bon pour le climat est aussi prêt à soulager les particuliers de 10 euros annuels pour « les inciter à faire la même chose chez eux ».


L’article du Figaro précise que l’association, créée en avril, compte « une trentaine » d’adhérents (au 1er août, on en trouve exactement 20 sur le site de l’association, mais « une trentaine » est une approximation parfaitement légitime de 20) et espère 400 à 500 en décembre. Admettons qu’il y ait eu un restaurateur fondateur en avril, ils sont 20 en juillet, cela correspond à une suite géométrique de raison mensuelle 2,71: Le jury du Climathon peut d’ores et déjà annoncer que l’objectif sera atteint dès novembre et qu’il y aura 2947 membres de l’association en décembre.


Les lecteurs du premier épisode du Référendum maudit paru lundi dans le journal L’Opinion se réjouiront peut-être de cette confirmation de son contenu qu’ils liront dans cet article du Parisien. Le jury du climathon, quant à lui, ne peut que déplorer que le Parisien n’ait pas profité de l’occasion pour faire la leçon et se soit contenté d’un exposé factuel. Si les journaux se mettent à être neutres, où va-t-on ?




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