samedi 11 avril 2015

Wlouf... wlouf... Plouf!






Depuis quelques temps je dors mal

Wlouf... Wlouf...Wlouf... Vous voyez de quoi je parle. Sur ce fond sonore le cerveau reste en veille et raconte à longueur de nuit...

Il raconte ces jeunes que le monde virtuel qu'ils tiennent dans leurs mains détruit bien plus sûrement que n'importe quelle rougeole ou varicelle dont on les préserve à coups de vaccins... Dépression, burnout, angoisses, ils envoient leur détresse par sms, analysent leurs symptômes sur Internet, ils pleurent ensemble sur Facebook cette vie dont ils peinent à trouver le sens...

Wlouf... Wlouf... Wlouf... et le cerveau s'emballe.

Il raconte ces vieux que l'on plume avant leur mort dans des maisons de retraite déguisées en hôtel 4 étoiles, propres, lisses, avec des parcs improvisés sur le toit du parking du "partenaire privé" avec lequel on a partagé les frais de construction. Un parc vide, des carrés de gazon coupé ras, des petits arbres que la plupart des locataires actuels ne verront jamais grandir, parcourus de chemins impeccables adaptés aux déambulateurs et autres chaises roulantes. Autour, les dos des immeubles du quartier. Une nature enfermée dans une ville qui a fait de la campagne son slogan... À deux pas, les pâturages, les forêts, le printemps qui se réveille et ici, un carré de promenade reconstitué, inaccessible à la vie, celle qui bouge, qui crie, qui roule, qui joue de l'autre côté des murs. Une porte automatique s'ouvre, une vielle dame un peu courbée sort soutenue par deux aides vêtues de blanc qui lui font faire quelques pas au soleil. Vision surréaliste d'une vie que l'on prépare à la mort loin de tous, loin de tout...

J'ai laissé mon oncle dans le décors triste de sa chambre blanche, devant son téléviseur à écran plat, le rideau blanc opaque tiré sur ce triste spectacle d'un espace vert en cage. Il ne se retourne pas, il ne peut pas, sa chaise roulante est coincée sous la table. Je referme la porte sur lui avec le sentiment de l'abandonner.


Wlouf... Wlouf... Wlouf...


"Je n'aime pas tout ce qu'elle écrit ta fille" dit-il à ma maman entre deux déclarations tonitruantes qui animent l'apéritif du vendredi. Il aime quoi ce monsieur? Me souffle mon cerveau tenu éveillé malgré lui. Sans doute l'image de son personnage qui fut politique, avant que l'âge ne le relègue aux tables rondes avec ses souvenirs. Il soutient encore les thèses du parti qu'il a représenté et approuve la construction d'éoliennes industrielles. Pour quoi? Pour qui? Aurait-il peur que le courant qui ouvre les portes automatiques et fait parler les ascenseurs de la maison de retraite modèle qui l'attend, ne soit nucléaire?


Wlouf... Wlouf... Wlouf...


Jean Germain est mort. Il y a un mois je ne le connaissais pas. Et puis il a parlé de nous au Sénat en France. Il a raconté les drames qui se jouent autour de ces parcs éoliens, symboles de ce monde triste qui invente des miracles à coups de technologies morbides. Un monde qui l'a rattrapé et détruit. Vous pouvez encore le lire ici Merci à lui d'avoir essayer de faire entendre notre voix, un hommage pour lui ici. Il est en paix maintenant, loin des wlouf, wlouf, wlouf qu'il a cherché à nous épargner. Il ne devra jamais payer son badge à vingt-cinq francs, pour actionner l'ascenseur de sa maison de retraite. Il ne devra plus s'inquiéter de cette jeunesse exposée à la détresse via une hyper connexion qu'on lui a jeté à la figure et que plus personne ne maîtrise. Il dort. Je ne dors pas.


Pour lui et pour tout le reste, parce que je suis en vie et parce que je le sais, parce que je le vois en me levant le matin dans le verger qui balbutie sous la fenêtre et la forêt qui s'impatiente un peu plus loin, je vais continuer d'alimenter ce blog de mes chroniques pour ceux qui les suivent et qui s'y reconnaissent. Continuer de lever le poing contre cette grille qui menace chacun de nos espaces de liberté et réclamer le droit d'y croire encore. Tenez bon mes filles, il y aura toujours un trou quelque part pour respirer cette liberté! Elle est parfois dans la lutte et ce n'est pas la plus facile. Mais il vaut mieux lutter que vivre enfermer.
Commentaire: « L’ Efficiency —la Performance — est le nom nouveau qui donne figure humaine à l’Abîme. La marche technologique balaye les faibles, comme les guerres d’autrefois : elle réinvente le sacrifice humain, de façon douce; elle fait régner l’harmonie par le calcul. Mais l’homme occidental songe encore à l’immortalité, il a gardé son regard déchiré, il s’interroge : qu’est-ce qu’une vie? Nous voulons des enlacements, une raison qui soutienne nos amours, nous voulons des célébrations. L’ordre industriel est-il une raison de vivre, peut-on lui référer la naissance et la mort, et peut-il enfanter des rebelles? L’humanité ultramoderne exige l’humanité. La Science et le Management triomphent, aussi puissamment qu’une mythologie ou une religion s’empare de la pensée, des pratiques quotidiennes ou des arts. La Science touche l’homme en son point faible, au «pourquoi?» qui le tourmente».

Extrait de La fabrique de l'homme occidental, Pierre Legendre, Mille et une nuits-la petite collection, 1970



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