mercredi 26 avril 2017

Le bruit coûte cher !

http://www.alternatives-economiques.fr
Laurent Hutinet
14/06/2016

Commentaire: Une étude essentielle qui à trait à la santé des français et à leur porte-monnaie. Qui en a entendu parler, à part les "initiés"? Sa parution s'est fait dans un quasi...silence!
(...) "Cette somme colossale prend en compte l’ensemble des effets des nuisances sonores :perte de qualité de vie, impact sur la santé, dépréciation du prix de l’immobilier, baisse de la concentration et réduction de la productivité…"(...). Toutes ressemblances avec les nuisances des infrasons générées par l'aérogénérateur ne seraient pas fortuites. Et dans notre malheur de riverain de zone (s) industrielle (s) éolienne (es), un peu de "bonheur" quand même. Imaginons que le taux de charge des aérogénérateurs ne serait pas que de 23% en moyenne, mais de 50, 70, 80%....

SAUVONS L'HUMAIN, STOPPONS et DÉMANTELONS L’ÉOLIEN! 
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Ils sont le cauchemar des citadins. Un deux-roues motorisé en mauvais état ou muni d’un pot d’échappement non homologué qui traverse Paris la nuit peut réveiller jusqu’à 250 000 personnes sur son passage1 ! Autant de personnes dont la concentration pourra être altérée le lendemain et de logements dévalués… Pour la première fois en France, une étude publiée le 14 juin s’est penchée sur les coûts globaux des pollutions sonores. Selon le cabinet EY (anciennement Ernst & Young), qui a réalisé cette étude pour le compte du Conseil national du bruit (CNB) et de l’Ademe, ces coûts s’élèveraient à pas moins de 57 milliards d’euros par an.

Cette somme colossale prend en compte l’ensemble des effets des nuisances sonores :
perte de qualité de vie, impact sur la santé, dépréciation du prix de l’immobilier, baisse de la concentration et réduction de la productivité… Selon cette étude, le coût sur la santé du bruit des transports s’élèverait à 11,5 milliards d’euros par an, les accidents du travail et la surdité provoqués par le bruit en milieu professionnel à 1,2 milliard, et celui occasionné par le voisinage à 11,5 milliards.

Même si ce type d’étude doit être pris avec prudence – seule une partie des évaluations est étayée par la littérature scientifique –, elle reflète néanmoins des faits massifs. Selon un sondage Ifop de 2014, 86 % des Français sont gênés par les nuisances sonores à leur domicile. Une autre enquête2 montre qu’à l’échelle du quartier, le bruit partage la première place avec la pollution de l’air parmi les nuisances vécues par les habitants.

Socialement sélectif
Les sources de bruit – hors de l’habitat – sont surtout présentes en milieux urbains où vivent près de 80 % des Français. Elles sont d’abord liées aux transports (route, ferroviaire, aérien). Selon le CNB et l’Ademe, près de 9 millions de Français sont exposés à de forts niveaux sonores dans la journée du seul fait des transports. Vient ensuite le bruit en milieu professionnel (les personnes, les machines et les bruits de fond). Il fait d’ailleurs partie des six nouveaux facteurs de pénibilité que les employeurs doivent évaluer dans le cadre du « compte personnel de prévention de la pénibilité » à partir du 1er juillet. Enfin, le bruit de voisinage, défini par le code de la santé publique, aurait coûté environ 5 millions d’euros en intervention pour la gendarmerie en 2013…  

Plusieurs travaux indiquent que les niveaux d’exposition au bruit recoupent la carte des inégalités sociales. « L’étude Survol a montré que les catégories sociales défavorisées étaient surreprésentées dans les communes affectées par les nuisances liées aux aéroports de Roissy et d’Orly », relève Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif. Le degré de pollution sonore a un impact sur les coûts du logement : les prix sont plus faibles à proximité des boulevards bruyants, des voies ferrées et des aéroports : « Pour deux pavillons comparables, l’écart de prix peut être d’un facteur 4 et plus, entre une zone calme et un quartier soumis aux bruits causés par les pistes d’Orly, souligne Luc Offenstein, président de l’association OYE 349, qui veut limiter les nuisances aériennes. Des études menées aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne vont dans le même sens. »
Zoom De l’oreille au cerveau, en passant par le cœur

Le bruit est dangereux pour l’oreille à partir de 80 décibels (dB), niveau auquel il faut hausser la voix pour se faire entendre. Une exposition prolongée à des niveaux supérieurs débouche sur des risques de dégradation de l’oreille interne. Lorsque la douleur ou les sifflements apparaissent, il est trop tard.

Ces risques sont accrus par les évolutions techniques récentes. Ainsi, les sons compressés (formats MP3...) sont deux fois plus dangereux pour l’oreille que les formats analogiques classiques, alors que les durées d’écoute à des niveaux élevés augmentent rapidement, y compris chez les jeunes enfants. Le bruit affecte aussi la qualité du sommeil, il accroît la propension aux maladies cardiovasculaires (voir graphique) et perturbe même la digestion.

Le bruit ne concerne cependant pas que le corps organique. Le Dr Jean-Michel Klein note que, « contrairement à la lumière, l’organisme ne peut pas se couper du bruit, qui affecte à la fois l’oreille et le cerveau. Au-delà des effets physiologiques, subir un bruit non désiré représente une effraction de la sphère de l’intime contre laquelle il est impossible de se défendre, et provoque dépression et agressivité – parfois jusqu’à la tentative de meurtre ». L’approche des nuisances sonores est ainsi une question subtile située aux frontières de la médecine auditive, de la psychiatrie et des approches sociales.

Il existe pourtant différents leviers sur lesquels agir pour réduire l’exposition au bruit. Au-delà des progrès sur les moteurs et les freins, la limitation de la vitesse produit des résultats mesurables pour les voitures et les trains, l’essentiel du bruit étant occasionné par les roulements. « En Allemagne ou en Suisse, la signalétique routière informe que la limitation des vitesses participe à la lutte contre le bruit. Ce n’est pas le cas en France », regrette Fanny Mietlicki. Il est aussi possible d’installer des revêtements insonorisants.

Selon Bruitparif, il est aussi envisageable d’adapter les plans d’urbanisme, de créer des bâtiments-écrans sans habitation à proximité des sources bruyantes et d’orienter les nouveaux bâtiments de façon à maximiser le confort. Il faudrait aussi profiter des opérations de rénovation thermique pour faire des travaux d’isolation phonique.

L’Hexagone à la traîne
Maîtriser le bruit venant de l’intérieur des habitats est encore plus difficile. Or, les Français se plaignent à un niveau égal des bruits extérieurs et de voisinage3. La situation est complexe, car le rapport au bruit est pris dans les différenciations sociales et culturelles.

Par exemple « les jeunes utilisent le bruit pour exister symboliquement dans l’espace public », explique le Dr Jean-Michel Klein, président du Syndicat national des ORL.

« Si l’on observe une certaine progression de la prise de conscience, la culture collective de prévention face au bruit reste, pour l’essentiel, à inventer », affirme le Dr Jean-Michel Klein. Bruitparif a par exemple créé des mallettes de sensibilisation qui commencent à circuler dans les collèges et les lycées franciliens du fait de l’usage intensif par les jeunes de casques audio, mais ce genre d’initiatives demeure isolé.

Comme en d’autres domaines environnementaux, la France est à la traîne, contrairement à la Suisse, la Hollande ou la Suède. La directive européenne de 2002 sur la gestion du bruit dans l’environnement a finalement été traduite en droit français. Mais les collectivités locales, tenues de dresser des cartographies et d’élaborer des plans d’exposition au bruit, sont majoritairement en retard. Aucune réglementation contraignante n’existe dans notre pays hormis pour les lieux de travail – mais elle n’est que peu appliquée – et pour les zones proches des aéroports. Pour le moment, pouvoirs publics et entreprises font la source oreille.

1. www.bruitparif.fr
2. Chiffres & statistiques n° 750, Commissariat général au développement durable, avril 2016.
3. Chiffres & statistiques n° 750, Commissariat général au développement durable, avril 2016.

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