Union européenne, taxonomie : EnR VS nucléaire, ou quand les politiques souhaitent remplacer les scientifiques pour imposer leur choix


   L'Union européenne vous le répète que quoiqu'il arrive et quoiqu''il en coûte, ce sera les EnR au dépend du nucléaire, est-ce bien compris mesdames, messieurs les scientifiques?
  Peut-on s'attendre alors à de nouveaux rapports scientifiques jusqu'à celui qui écrira ce que l'UE veut
lire?
Va savoir, Charles

Vaincre, n'est pas convaincre

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Maxence Cordiez
Ingénieur dans le secteur de l'énergie

  Dans le cadre de la « taxonomie », liste des investissements « durables », la Commission européenne a mandaté il y a quelques mois son Centre commun de recherche (JRC) https://ec.europa.eu/.../departm.../joint-research-centre_fr, pour étudier l'empreinte environnementale de l'énergie nucléaire. En effet, le premier groupe d'experts (TEG) qui avait planché sur la taxonomie en général s'était déclaré incompétent pour trancher la question de l'empreinte environnementale du nucléaire, au-delà de sa faible intensité carbone.
   Le CCR a rendu son rapport, 387 pages, il y a quelques jours et celui-ci conclut à une empreinte non supérieure à celle des énergies renouvelables. https://ec.europa.eu/.../210329-jrc-report-nuclear-energy...
"...The analyses did not reveal any science-based evidence that nuclear energy does more harm to human health or to the environment than other electricity production technologies already included in the Taxonomy as activities supporting climate change mitigation. "(page 7)
" Les analyses n'ont pas révélé d'éléments scientifiques prouvant que l'énergie nucléaire nuit davantage à la santé humaine ou à l'environnement que d'autres technologies de production d'électricité déjà incluses dans la Taxonomie en tant qu'activités favorisant l'atténuation du changement climatique. " (page 7)
   Sur certains critères, le nucléaire présente même des meilleurs résultats, émissions de SO2 et NOX, emprise au sol et contribution à l'acidification et eutrophisation des eaux.
   Ce rapport doit être revu par deux autres groupes d'experts, article 31 d' Euratom et le Scientific Committee on Health, Environmental and Emerging Risks (Sheer),https://ec.europa.eu/health/scientific_committees/scheer_fr un groupe sur l'environnement, la santé et les risques émergents, avant que la Commission n'envisage d'inclure l'énergie nucléaire à la « taxonomie ».
   Enfin ça c'est ce qui était prévu initialement...car, visiblement, la Commission n'a pas l'air de trouver les conclusions du CCR à son goût, c'est le problème avec les rapports scientifiques, on n'en choisit pas les conclusions.
  Dans un document fuité, la Commission explique qu'elle envisage de laisser trancher ce sujet pourtant purement technique par le Conseil et le Parlement européens, institutions politiques, à l'automne via une proposition législative. https://www.euractiv.com/.../leak-eu-to-table-climate.../
   Cela pour "permettre un débat transparent" selon les mots de la Commission.
  Traduction : trancher ce sujet technique au bras de fer politique plutôt que sur la base d'éléments techniques, car en termes de transparence, le rapport du CCR est déjà public.
   Pour prendre une analogie, c'est un peu comme si on transférait au politique la décision d'autoriser ou non la mise sur le marché d'un médicament, ce qui est une décision technique, pas politique.
   Rappelons que la taxonomie ne dit pas ce que le privé / les Etats doivent financer mais quels sont les investissements "durables" ou non sur le plan environnemental.
   Cela ne remet nullement en cause le droit des Etats, ne voulant pas de nucléaire, à ne pas en avoir. Si l'Union européenne veut que sa "taxonomie" soit crédible, il va falloir être beaucoup plus rigoureux que ça...Dispenser les EnR d'analyses de cycle de vie, demander en même temps une triple analyse du nucléaire pour finalement suggérer de trancher la question au rapport de force politique n'est pas très sérieux.
   Si cette classification censée être technique s'avère finalement être une classification arbitraire définie à coups de rapports de force politiques, elle sera attaquable et supplantée par une autre taxonomie, probablement américaine.
   Le pouvoir normatif de l'Union européenne sur la scène internationale se joue aussi à la crédibilité de ses réglementations. Si celles-ci manquent de cohérence et confondent les arbitrages techniques et politiques, leur portée risque d'être limitée et c'est normal.

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