dimanche 18 septembre 2016

USA: Voyage dans les Plaines, au temps des Indiens



Paul-H Carlson - Les Indiens des plaines.
Alain Deschamps traducteur; paru le 05/05/2004
 
(...) Les peuples des plaines
Les indiens des plaines vivaient sur les grands espaces qui s' étendent à perte de vue entre le bassin de la Saskatchewan, au Canada, et le Rio Grande, au sud du Texas, et approximativement entre le quatre-vingt-quinzième méridien et les Rocheuses. C' est la région que l'on appelle les Grandes Plaines de l' Ouest. Les membres de nombreux groupes tribaux occupaient les prairies onduleuses et les hautes plaines sur lesquelles ils se livraient à l' agriculture, à la chasse et au commerce. Leurs sociétés étaient si originales, si pittoresques, si attirantes que, durant les années où elles furent en expansion- approximativement de 1750 à 1890-, leurs voisins adoptèrent plusieurs de leurs éléments fondamentaux.
 


La trentaine de groupes indiens occupant peuvent être divisés en deux sous-ensembles : les horticulteurs qui habitaient des villages permanents sur les prairies de l' Est et les chasseurs nomades des hautes plaines de l' Ouest. Pour beaucoup d'auteurs, ces derniers étaient les véritables Indiens des Plaines car ils possédaient à un très haut degré les traits les plus spécifiques de ces sociétés au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Quelques études pionnières recensent onze communautés de chasseurs de bison des Hautes Plaines de l' Ouest comme étant les plus caractéristiques (personne n'est d'accord sur une stricte définition et ni sur les listes des peuples) : Arapahos, Assiniboines, Pieds-Noirs (Blackfoots au Canada, Blackfeets aux États-Unis), Cheyennes, Comanches, Crows, Gros-Ventres, Kiowas, Apaches Kiowas, Lakotas et Sarsis. Ainsi donc, quatorze groupes tribaux peuvent être considérés comme les plus caractéristiques. Au Nord, vivaient les Pieds-Noirs, les Assiniboines et les Sarsis.
 


Les Pieds-Noirs : nomadisaient dans le Nord-Ouest, en Saskatchewan et en Alberta, et à proximité des sources du Missouri, au Montana. 

Les Assiniboines : émigrants au Nord à partir des forêts du Minnesota, s' étaient alliés aux Crees des Plaines, puis avaient poussé vers l' ouest jusqu'à s' établir sur le cours supérieur du Missouri.
 

Les Sarsis : descendus vers le Sud, s' étaient établis sur les cours supérieurs de la Saskatchewan et de l' Athabasca. Peu nombreux, ils avaient lié leur sort à celui des Pieds-Noirs et assimilé les modes de vie des autres indiens du Nord des plaines.
 

Les Gros-Ventres, les Crows et les Lakotas : vivaient le long et en dessous de la frontière actuelle entre les États-Unis et le Canada. Les Gros-Ventres, d'abord alliés des Pieds-Noirs et établis depuis peu en aval des sources du Missouri, s'associèrent ensuite aux Assiniboines et une communauté métisse non reconnue officiellement, avec lesquels ils furent finalement regroupés sur la réserve de Fort Belknap. Les Crows occupaient une riche terre en gibier, près des sources de Yellowstone, aux pieds des Montagnes Rocheuses. Les Lakotas avaient pris possession des plaines situées à l'ouest du Missouri, au nord de la Platte et autour de Black Hills.

Les Cheyennes et les Arapahos : occupaient le Centre des Grandes Plaines. À leur arrivée, les cheyennes étaient séparés en deux groupes distincts : les cheyennes du Nord qui chassaient à l'ouest des Black Hills et les cheyennes du Sud qui occupaient les plaines à l'herbe rase qui s'étendent entre les rivières Platte et Arkansas. Les Arapahos qui s'étaient séparés des Gros-Ventres, s'associèrent aux Cheyennes et s'établirent soit au Nord (Montana et au Wyoming), soit au Sud (Platte et Arkansas).

Comanches, Kiowas et Apaches Kiowas : peuplaient le Sud des Grandes Plaines. Les Comanches dominaient la région située au sud de la rivière Arkansas, à l'ouest des Cross Timbers et à l'est de la haute vallée du Rio Grande. Les Kiowas et les Apaches Kiowas, qui parlaient deux langues différentes, s'établirent entre les cours supérieurs de l'Arkansas et de la Canadian, puis, à la suite d'une alliance conclue vers 1790 avec les Comanches, ils partagèrent les riches territoires en bisons de leurs puissants voisins.

La partie centrale du Texas, de la Red River jusqu'au sud de San Antonio, était devenu au XVIe siècle le territoire de chasse d'un certain nombre de bandes autonomes qui parlaient la même langue. Au fil des années, les populations de ces bandes déclinèrent et au début du XIXe siècle les survivants s'unirent et devinrent les Tonkawas, un peuple assez typique des Indiens des Plaines du Sud, exception faite de leur organisation clanique et, peut-être, de leur cannibalisme occasionnel (cérémonie).


Ne se livrant pas à l'agriculture, ces peuples nomades chassaient à cheval le grand gibier et dépendaient du bison pour leur nourriture et l'essentiel de leur culture matérielle. Ils appartenaient à des sociétés guerrières, vivaient sous des tipis et pratiquaient la quête de vision. La plupart célébrait la danse du Soleil. De plus, nombre d'entre eux avaient en commun le langage des signes, l'usage d'une société (confrérie) de guerriers comme force de police lors des déplacements et des chasses, l'absence de poterie et de vannerie, et accordait une grande importance aux honneurs militaires.


Malgré leurs nombreuses affinités culturelles, les peuples nomades des Plaines n'étaient pas identiques. Chaque groupe avait des caractéristiques distinctes. La plupart avait conservé des éléments de leur culture et de leurs expériences précédentes. De plus, leur adaptation aux grands espaces dans les Plaines, fut différente. Enfin, les pressions de plus en plus sévères de la part des Européens et des Américains qui envahissaient leur territoire, associées à leurs diverses réactions au phénomène, produisirent des effets différents sur leurs sociétés respectives.


Les autres Indiens qui occupaient les Grandes Plaines étaient des peuples d'horticulteurs-chasseurs, semi-sédentaires, habitant les prairies de la frange orientale de la région et la moyenne vallée du Missouri. La région boisée et parsemée de lacs qui s'étend du Manitoba et de l'ouest de l'Ontario jusqu'au Minnesota et au Wisconsin, était habitée par les Crees et les Ojibwés, ou Ojibwas. Par ailleurs une importante population de Métis (ou Slotas)- descendants de coureurs de bois et de négociants canadiens français, et de leurs épouses indiennes (Crees et Ojibwés)- vivaient dans la basse vallée de la Red River, au Canada, et allaient chasser le bison sur les plaines. Plus au Sud, sur les prairies situées entre les cours supérieurs du Mississippi et du Missouri, on trouvait les Santees, les Yanktons et les Yanktonais. C'étaient tous des Dakotas ou des Sioux. Ils faisaient partie de l' Oceti Sakowin, les Sept Feux de Conseil, une alliance de sept peuples qui au XVIIe siècle, sous la pression des Ojibwés, avait éclaté en trois grands ensembles : à l' Est, les Santees, au Centre les Nakotas (Yanktons et Yanktonais) et à l' Ouest, les Lakotas. Sur les prairies à hautes herbes du bassin inférieur du Missouri on trouvait les Poncas, les Otos, les Omahas, les Iowas, les Missouris, les Kansas et les Osages. Au Nord et à l'Ouest, Arikaras, Mandans et Hidatsas. Les Quapaws occupaient le territoire actuel de l'État d'Arkansas. Les Pawnees habitaient au Nebraska. Plus au sud, au Kansas, en Oklahoma et dans le nord du Texas, les peuples composant la confédération des Wichitas et celle des Caddos, occupaient de vastes territoires. Tous ces peuples avaient des cultures mixtes. Ils vivaient en bordure des Plaines, dans des villages permanents, et pratiquaient une agriculture basée sur la culture du maïs, mais ils chassaient les bisons et ils possédaient plusieurs traits distinctifs des nomades avec lesquels ils voisinaient à l'ouest : vêtement, usage de la poterie, de la vannerie et de sacs tissés, organisation tribale et certains rituels. Les cérémonies liées à la culture du maïs jouaient un rôle plus important que la Danse du Soleil. Les peuples les plus au nord utilisaient des canoës en écorce de bouleau, et ceux du bassin du Missouri, des embarcations rondes en peaux. 


Ainsi les Indiens des Plaines différaient les uns des autres tout au sein d'une culture commune. Les Comanches ne ressemblaient pas aux Lakotas, ni les Gros-Ventres aux Kiowas. Les Pieds-Noirs étaient relativement libres et accommodants, et goûtaient les plaisirs matériels. Les Cheyennes, par contre, étaient beaucoup plus austères et sérieux, et appréciaient un comportement digne et une vie vertueuse. Les noms que se donnaient beaucoup de ces peuples pouvaient se traduire par «le principal peuple» ou «le peuple le plus humain» ou plus simplement par «le peuple».


La diversité des langues était le reflet de ces différences. Il existait plusieurs familles linguistiques sur les Grandes Plaines, mais aucune d'elle ne se limitait à cette région. Arapahos, Pieds-Noirs, Cheyennes, Gros-Ventres et Crees des plaines parlaient diverses langues algonquiennes. Apaches Kiowas, Apaches Lipans et Sarsis parlaient des langues athapascanes. Assiniboines, Crows, Dakotas, Lakotas, Hidatsas, Iowas, Kansas, Mandans, Missouris, Omahas, Osages, Otos, Poncas et Quapaws parlaient des langues siouennes. Arikaras, Pawnees et Wichitas parlaient des langues caddoennes. Les Kiowas parlaient le Kiowan. Comanches et Shoshones parlaient des langues uto-aztèques. Quand aux Tonkawas, ils parlaient une langue inconnue qui pourrait avoir été apparentée à la famille coahuiltèque et/ou à la famille Karakawane. Ces différences linguistiques étaient rarement des barrières insurmontables. Sur les Plaines du Sud, une zone de grande diversité linguistique, la langue des Comanches servaient souvent de langue commerciale et diplomatique. Sur les Plaines du Nord, la langue des Lakotas jouait, dans une moindre mesure, le même rôle de langue véhiculaire. En outre, beaucoup d'Indiens étaient bilingues. Les peuples des Plaines avaient également mis au point un langage des signes -chaque geste représentant une idée et non pas un mot- compris de tous. Différent du langage actuel des sourds-muets, mais comparable, il était né du besoin de communiquer à distance avec des membres de la même bande ou du même groupe tribal et avait été adopté peu à peu par tous les groupes tribaux. Utilisant leurs deux bras et leurs deux mains tendus, ils faisaient des gestes visibles de loin et répétaient plusieurs fois les mêmes gestes.


S'ils ne connaissaient pas l'écriture, les Indiens des Plaines disposaient de quelque chose d'approchant. Pour conserver le souvenir des événements importants, des exploits fameux, des années écoulées, nombre d'entre eux utilisaient des «signes» dessinés sur des peaux de bison réservées à cet usage, ou sur les peaux de leurs tipis. Certains peuples constituaient ainsi des chroniques en images ou des annales- appelées parfois «comptes d'hivers» - avec un signe distinctif ou un symbole pour chaque année. Elles servaient également de chroniques pictographiques d'une bande ou d'un groupe tribal.

Plusieurs Kiowas utilisant des moyens mnémotechniques ont représenté en images chaque année de 1832 à 1892.
 

Les spécialistes des Indiens de l'Amérique du Nord sont en complet désaccord en ce qui concerne la démographie. Une estimation récente avance le chiffre d'un peu plus de 5 millions d' Indiens vivants au nord du Mexique, en 1492, tandis que d'autres études proposent des chiffres beaucoup plus importants. En tout cas, la dépopulation commença tôt. Sur les Plaines du Sud, les Indiens pourraient avoir subi une épidémie de rougeole dès 1531, et quand l' explorateur espagnol Francisco Vàsquez de Coronado atteignit le Centre des Plaines (au Kansas), en 1541, cette région avait probablement connu une autre épidémie. Variole, rougeole, rubéole et choléra causèrent les plus terribles ravages parmi les Indiens, qui n'étaient pas immunisés, ou si peu, contre ces maladies et bien d'autres (scarlatine, tuberculose, fièvre jaune, etc.). À cela, il convient d'y ajouter la consommation d'alcool.


Les Mandans étaient peut-être 15000 avant l'arrivée des explorateurs français à la fin des années 1730. Après cela, leur nombre décrut rapidement. En 1750, ils vivaient dans neuf villages et n'étaient plus que 9000 environ. Vingt-cinq ans plus tard, ils n'occupaient plus que cinq villages. Après les graves épidémies de variole en 1780-81, puis celles des années 1830, ils ne restaient que 138 d'entre eux en 1837.

Les maladies apportées par les Européens, les guerres, les déplacements de populations et d'autres facteurs affectèrent encore la démographie des Indiens.


Jusqu'à la fin du XIXe siècle, on ne dispose d'aucun recensement officiel des populations indiennes d'Amérique du Nord. Les conjectures, estimations et suppositions des voyageurs, négociants et autres observateurs varient même pour des dates proches, mais en utilisant les données fournies par plusieurs auteurs, il est possible de récapituler des résultats pour différentes périodes.


À l'apogée de leur influence, les Comanches étaient peut-être 14000 ou même plus. Ils nomadisaient sur tout l'extrême-Sud des Plaines, faisant parfois de profondes incursions au Mexique pour chasser ou razzier. De plus, jusqu'à la fin des années 1830, les bisons étaient suffisamment nombreux au cœur de leur territoire pour fournir la subsistance à une population comanche plus importante encore que les estimations les plus hautes.

Quelques exemples de démographie :

-Arapahos :         1780....3000/ 1930....1241

-Cheyennes :      1780....3500/ 1930....2695

-Gros-Ventres : 1780....3000/ 1930....809

-Pawnees :          1780....10000/ 1930....959


Les Plaines étaient parsemées de plusieurs ensembles de montagnes en forme de dômes dont les Black Hills, les Bearpaw Mountains, les Sweetgrass Hills et les Cypress Hills. Les Black Hills, ou Paha Sapa pour les Lakotas, devinrent une terre sacrée où, la nuit, les rochers étaient des esprits qui parlaient comme les humains, où les aiguilles rocheuses abritaient de puissantes créatures connues sous le nom d'oiseaux-tonnerre, et où les eaux claires des torrents avaient le pouvoir de soigner de nombreuses maladies. Au nord-ouest des Black Hills s'étendaient les vastes territoires de chasse des Indiens des Plaines du Nord. Les riches et vertes vallées de la Powder, de la Tongue et de la Bighorn nourrissaient des multitudes de bisons, de wapitis, d' antilocapres et d'autres gibiers, grands et petits. Le long de ces rivières poussaient de loin en loin des bouquets d'arbres, principalement des peupliers de Virginie dont les feuilles argentées étaient sacrées pour plusieurs groupes tribaux. La végétation naturelle était constituée principalement d'herbes. Les hautes herbes des prairies, les herbes courtes des hautes plaines, les sous-arbrisseaux des zones désertiques. Les hautes herbes étaient luxuriantes et profondément enracinées. Les herbes courtes formaient un épais gazon aux racines peu profondes. Plus à l'ouest, à cause du climat, ce gazon cédait la place à des touffes plus espacées. Mais cette couverture herbeuse n'était pas stable. Les années pluvieuses, les hautes herbes empiétaient sur les hautes plaines et le tapis d'herbes courtes gagnait vers l'ouest. Les années de sécheresse déclenchaient un processus inverse. En outre, l'arrivée du cheval (et plus tard des bovins et des ovins) eut pour conséquence l'introduction des plantes herbacées et de graminées européennes qui entrèrent en compétition avec les espèces indigènes. Non seulement les nouvelles venues résistaient mieux au lourd piétinement des chevaux et au pâturage intensif du bétail, mais chevaux et bétail privaient les bisons d'une partie de leur nourriture, leur retirant en quelque sorte le fourrage de la bouche, changeant graduellement l'écosystème.


Même si les herbes dominaient, les Grandes Plaines n'étaient pas dépourvues d'arbres. On trouvait des zones boisées dans les Black Hills, les Bearpaw Mountains, les Rawhide Buttes, et d'autres reliefs isolés. Au Canada, la bordure septentrionale des Plaines était constituée d'un mélange de prairies et de boqueteaux de peuplier (principalement des trembles), auxquels succédaient des pins et les épicéas de la forêt subarctique. Des peupliers de Virginie, des saules, des ormes, des frênes, des micocouliers, des érables négundo et quelques autres espèces, omniprésentes en Amérique du Nord, poussaient le long de tous les cours d'eau sur l'ensemble des Grandes Plaines.


Les Indiens des Plaines consommaient une grande variété de fruits sauvages, de baies et de fruits à écale. Dans le Nord, groseilles sauvages, sorbes et cannebergs. Plus au sud, buffalo berries (baies écarlates), raisins sauvages, merises et prunes sauvages. Dans le Sud-est, noix de noyer blanc ou noyer noir, noix de pécan et noisettes sauvages. Ils creusaient le sol pour trouver des arachides sauvages ou extraire les racines riches en féculents du tipsin, ou «navet indien», qui contient plus de protéines que la pomme de terre, et autant de vitamine C que le citron, et qu'ils consommaient fraîches ou séchées pour l'hiver. Pour tresser du fil ou des cordes, ils utilisaient les fibres de l' apocyn, de l'ortie, du laiteron et de l'écorce interne de l'orme rouge. Dans les plaines du Texas et de l'Oklahoma, ils coupaient l'«oranger des Osages», appelé communément «bois d'arc» en raison de son usage. Ils faisaient bouillir la sève de l'érable négundo pour obtenir du sucre. En résumé, les Indiens des Plaines utilisaient un grand nombre de plantes pour leur nourriture et de multiples usages.


Ils connaissaient également les vertus des plantes médicinales. Ainsi les Cheyennes soignaient les diarrhées et les maux d'estomac avec l'infusion de réglisse. Poncas et Omahas préparaient un collyre à base d'échinacée pourpre, et les Lakotas utilisaient la racine et le fruit de cette plante pour concocter un analgésique efficace contre le mal de dent, les douleurs d'estomac et des intestins. Les Pawnees brûlaient l'énorme racine de l'ipomée pourpre qui, sous forme de fumigations, était souveraine contre la nervosité et les mauvais rêves. Les Pieds-Noirs utilisaient des feuilles de menthe séchées pour traiter les troubles cardiaques et les douleurs de poitrine; quant aux Kiowas, ils mâchaient des feuilles de menthe fraîche ou buvaient une infusion quand ils souffraient de l'estomac. Chez les Otos, l'ambroisie était un remède contre la nausée, et les Cheyennes buvaient une décoction de ses feuilles en cas de crampe d'estomac, de selles sanguinolentes, ou de rhume.

La faune sauvage était extrêmement variée. Castors et ratons laveurs étaient peut-être les plus abondants, mais loutres, martres, visons et beaucoup d'autres petits animaux à fourrure, qui étaient également comestibles, couraient entre les arbres, les arbustes et les arbrisseaux. A partir de 1820 environ, quand les animaux à fourrure acquirent une grande importance économique à la faveur de la traite avec les Blancs, leur nombre déclina rapidement. Plus tard, quand des colons blancs pénétrèrent dans les vallées, coupèrent les arbres pour construire leurs maisons et faire du feu, l'environnement s'en trouva modifié, et tous ces animaux disparurent. Avant l'arrivée des Blancs, blaireau, ours noir, pumas et lynx habitaient les zones boisées en compagnie des moufettes, opossums, porcs-épics, et d'autres animaux dont l'habitat ne se limitait pas aux hautes plaines et aux prairies. Il y avait aussi des renards gris ou roux, des ours bruns, des wapitis et les cerfs à queue blanche. Poissons, tortues et coquillages peuplaient les rivières. Si les groupes de chasseurs considéraient généralement la consommation de poisson comme tabou, les Arikaras et leurs voisins horticulteurs fabriquaient des lignes et des hameçons, et construisaient des barrages en travers du Missouri pour attraper des gros poissons-chats, et, plus rarement, des brochets. On trouvait également dans le Nord-ouest des Plaines et au Canada, des Indiens qui péchaient perches, truites et autres poissons nobles. Symbole de longue vie, les tortues étaient présentes au bord des rivières les plus importantes, et les Indiens consommaient la chair rouge foncée des variétés les plus grosses. Avec les coquillages, ils façonnaient des ornements, des cuillères, des godets à peinture, et des coquillages faisaient l'objet d'un commerce très actif.

Les oiseaux abondaient et leurs espèces étaient très variées. Les Indiens des Plaines en chassaient certains pour se nourrir, d'autres pour leurs plumes, d'autres encore pour leurs os dont ils faisaient des ornements et des outils. Il y avait des perdrix bleues, des colins de Virginie, des courlis au long bec, des dindons sauvages (peu d'Indiens consommaient leur chair, pourtant très goûteuse, parce que la tradition affirmait que celui qui en mangeait devenait couard et fuyait devant ses ennemis comme le dindon fuyait devant ses prédateurs), des tétras, des grouses et carouges («oiseaux des bisons»). On trouvait également des stournelles, des corbeaux, des pluviers, des pies et bien d'autres espèces encore. Partout, nichaient des faucons, des hiboux et des chouettes. Mais aucun oiseau n'était plus important à leurs yeux que l'aigle royal et l'aigle pêcheur à tête blanche. L'aigle symbolisait la vivacité et le courage nécessaires à la réussite des entreprises guerrières, et les Indiens des Plaines le considéraient comme le représentant sacré des esprits. Ils le priaient et ils utilisaient ses plumes et son corps au cours des cérémonies, pour des motifs décoratifs et des références symboliques à des chasses, des expéditions et des guerres couronnées de succès. A l'occasion de danses rituelles, des sifflets en os d'aigle étaient utilisés.


Les animaux les plus caractéristiques des Plaines parcouraient les hautes terres herbeuses et avaient de nombreux traits communs. Peureux mais sociables, ils préféraient les grands espaces. Ils se contentaient de boire peu et ils étaient doués d'une vitalité et d'une endurance rares. La plupart étaient herbivores et rapides à la course. Il y avait le chien de prairie (apparenté à l'écureuil), le coyote, lui était carnivore (chien de prairie et autres rongeurs) et le lièvre. Celui-ci était un animal nuisible pour les Indiens, mais ils utilisaient ses polis pour tresser des cordes, consommaient sa chair et confectionnaient des vêtements avec sa peau très souple. Beaucoup plus grand et plus dangereux, le grizzli hantait le Nord des Plaines depuis le nord du Kansas jusqu'en Alberta et au Saskatchewan, se nourrissant principalement d'insectes, de racines et d'herbe. À la fin de l'été, il fréquentait les fourrés de merisiers et de pruniers sauvages. Bien qu'étant probablement le seul animal capable de tuer un bison adulte, il se contentait de se rabattre sur les carcasses en décomposition. Les Indiens respectaient le grizzli autant pour son influence spirituelle que pour sa force physique. Le seul prédateur du bison, avec l'homme, était le loup gris. Grands et élancés, infatigables, les loups gris chassaient en bande et comme la plupart des bisons étaient trop puissants et trop prudents pour constituer des proies possibles, ils s'en prenaient aux veaux isolés et aux traînards trop âgés ou trop faibles. Ils attaquaient également les wapitis, les cerfs et les antilocapres malades ou blessés, et des animaux plus petits. Les peuples des Plaines admiraient le loup pour sa vaillance, sa ruse et sa persévérance à la chasse. Parce qu'il symbolisait les qualités indispensables au guerrier, les éclaireurs qui prenaient part à une expédition se vêtaient de sa peau, et beaucoup de leaders, tels que le Pawnee Sharitorish (Loup Blanc) adoptaient son nom.


La principale source de nourriture pour les Indiens des Plaines était le bison. Il leur fournissait non seulement la nourriture mais également un nombre incroyable d'objets d'usage courant. Ils utilisaient la totalité de l'animal, des cornes aux sabots et de la peau aux viscères. En outre, le bison était pour eux un être sacré qu'ils priaient et auquel, ils faisaient des offrandes. De saints hommes cherchaient à obtenir ses pouvoirs qui devaient les aider à célébrer leurs rituels. Ils peignaient les crânes qui étaient utilisés pendant des cérémonies spécifiques comme la Danse du Soleil et la quête de Vision. On trouvait la plus forte concentration au Centre des Grandes Plaines entre les rivières South Platte et Arkansas. Aucune migration globale n'entraînait l'hiver venu tous les bisons vers le Sud des Grandes Plaines. Les animaux des troupeaux du Nord résistaient au froid grâce à leur épaisse toison hivernale, et continuaient à parcourir les hautes terres balayées par les vents, creusant la neige là où elle était la moins profonde pour pouvoir paître. Quand les trous d'eau étaient gelés, ils brisaient la glace avec leurs sabots ou leur mufle, et quand l'eau n'était pas accessible, ils mangeaient de la neige. Les bisons étaient très nombreux, comme en témoignent les multiples récits rédigés par les Européens, puis des Américains. Sur les Grandes Plaines, ils étaient probablement une trentaine de millions. Le développement de troupeaux de chevaux sauvages, puis l'arrivée du bétail européen altérèrent les habitudes de pâture des bisons, ainsi que d'autres dynamiques de la faune indigène. Mis en compétition avec les chevaux et le bétail pour s'approprier l'endroit où l'herbe était la plus abondante, il eut de plus en plus de difficulté à conserver ses habitudes. Parallèlement, les Indiens des Plaines abandonnèrent leurs économies de subsistance et tuèrent un grand nombre de bisons pour alimenter la traite des peaux. De plus, les animaux d'origine européens étaient porteurs de maladies-anthrax, brucellose et tuberculose-qui causèrent des ravages parmi les espèces indigènes. À la fin des années 1830, affectés par ces maladies, la destruction de leur habitat et les nouvelles habitudes de chasse des Indiens, les bisons étaient considérablement moins nombreux.


Il en résultat un paradoxe culturel et environnemental. Les nouvelles dynamiques écologiques (bison, herbe et cheval) qui avaient été à l'origine de la culture des Plaines, finirent par contribuer à son déclin. Avant de se procurer les chevaux, les Indiens des Plaines se déplaçaient à pied, et utilisaient des chiens pour transporter leurs tipis. Ils chassaient le bison à pied, se servant de leurs chiens pour transporter leurs réserves de viande. Ils fabriquaient des outils et des armes en bois, pierre, corne et os. Certains pratiquaient également l'agriculture et tous cueillaient des baies, des fruits sauvages et des fruits à écale, et extrayaient des racines. Si les groupes semi-sédentaires connaissaient la poterie et la vannerie, la plupart des autres ne disposaient que de sacs en peau pour la cuisine, le transport et le stockage. Et puis, les Indiens des Plaines devinrent des cavaliers. Le cheval accrut leur mobilité et améliora leurs techniques de chasse, attirant vers les plaines de nouveaux groupes tribaux. Il permit à tous de vivre plus confortablement (tipis plus grands, plus d'objets personnels,etc.). Il transforma leur vision du monde, modifia leurs organisations sociales et leurs systèmes de valeur. Il devint un symbole de richesse et un objet de commerce. Même s'il n'a pas révolutionné les modes de vie, le cheval a manifestement rendu possible le développement d'une culture plus riche et plus dynamique. Tout ceci permit aux sociétés des Plaines d'atteindre leur pleine maturité au milieu du XVIIIe siècle. Après quoi, ces sociétés indiennes survécurent à peine plus d'un siècle, de 1750 à 1890 environ.

Premiers arrivants
Les ancêtres des premiers êtres humains qui occupèrent les Grandes Plaines vinrent d'Asie. C'étaient des chasseurs dont les modes de vie reflétaient leur dépendance vis-à-vis du gros gibier. Par petites bandes, suivant les troupeaux de mammouths, de rhinocéros laineux, de caribous, de rennes, de bœufs musqués, de bisons à longues cornes et d'autres grands animaux, ces chasseurs traversèrent les prairies verdoyantes de la Béringie, l'isthme large de plus de quinze cents kilomètres, qui occupait l'emplacement actuel du détroit de Béring. La Béringie émergea à chaque période glaciaire quand l'extension des glaces polaires fit baisser le niveau des océans d'une centaine de mètres. Ils arrivèrent à différentes époques, durant la dernière période glaciaire (dite Wisconsin en Amérique, moins de 17 000 à moins 10 000) qui survint à la fin du pléistocène (première partie de l'ère quaternaire, moins de 1 800 000 à moins 10 000). Les archéologues appellent la plupart de ces premiers arrivants des Paléo-Indiens. Ils vivaient au sud des glaciers dans un environnement très différent de ce qu'il est aujourd'hui. Ils bénéficiaient d'un climat généralement constant; régulées par la puissante influence des glaciers énormes, les températures restaient clémentes, avec d'abondantes chutes de pluie sur l'ensemble du continent et des saisons peu différenciées. À la place des Grandes Plaines, ils parcouraient des savanes arborées à l'herbe haute et rêche, et des forêts denses parsemées d'innombrables lacs, marais, bourbiers et prairies à castors. Armés de massues de bois ou d'os, et de longues lances, ils chassaient à pied, sur ces terres humides et fertiles, une grande variété d'animaux : mammouths et mastodontes, chevaux sauvages, chameaux, bisons à longues cornes, paresseux géants, mais aussi antilocapres, cerfs, wapitis, etc. La culture et les traditions (musique et religion) de ces Paléo-Indiens était généralement homogène à l'échelle du continent. Au cours des millénaires, les générations se succédant, les groupes évoluèrent selon plusieurs modèles culturels. Sur les Grandes Plaines, on distingue la culture dite de Clovis (ou parfois de Llano; du nom de deux sites archéologiques), active de moins 11 500 environ à moins 10 500, et la culture dite de Folsom (troisième site archéologique), active de moins 10 500 environ à moins 9 500 environ. Tous ces peuples chasseurs vivaient dans des campements dispersés regroupant trente à cinquante personnes appartenant à plusieurs familles apparentées. Leurs organisations sociopolitiques étaient légères et ils possédaient peu de choses. Avec le temps, des changements intervenaient. Ainsi, les peuples de la culture de Clovis chassaient mammouths, mastodontes, ours, etc., alors que ceux de la culture de Folsom avaient rarement l'occasion de tuer des mammouths ou mastodontes. Changements climatiques et chasse intensive causèrent probablement la raréfaction de ces prédécesseurs de l'éléphant. Toutefois, les cultures de Folsom et de Clovis avaient bien des similitudes : tous ces peuples chasseurs migraient d'un site de campement à un autre. Ils pratiquaient la technique de l'encerclement afin de pousser leur proie vers un canyon sans issue ou un bas-fond marécageux où elles finissaient par s'enliser. En revanche, ce furent probablement les peuples de la culture de Folsom qui développèrent la technique dite «du saut des bisons», consistant à rabattre une partie d'un troupeau vers le bord d'une ravine, d'une falaise et obliger les bisons à se jeter dans le vide. Il y a environ 10 000 ans la culture de Folsom céda la place à plusieurs cultures régionales regroupées sous l' appellation de culture Plano. Elle constitue une transition entre les Paléo-Indiens et les traditions culturelles ultérieures.

Les peuples de la culture Plano étaient des chasseurs de gros et petit gibier (cerf, bison, antilocapre, etc.). Les techniques de chasse avaient évoluées par rapport à celles de la culture précédente. Ils utilisaient toujours le «saut des bisons» mais ils construisaient aussi des enclos en forme d'entonnoir vers lesquels ils rabattaient puis poussaient leurs proies. Par ailleurs, ils avaient mis au point un procédé de conservation de la viande, en la faisant sécher au soleil avant de la réduire en poudre, de la mélanger à de la graisse et des baies, et de la stocker dans des sacs en peau. Ils dépendaient également de plus en plus de la cueillette des fruits et des baies, et de l'extraction des racines, ce qui avait pour effet de varier leur régime alimentaire. À tout cela, il faut ajouter que vers la fin de la culture Folsom, les grands glaciers commencèrent à se retirer. Ce repli marqua un changement des conditions climatiques. Le climat doux et presque constant qui avait favorisé le développement et le maintien d'une culture Paléo-Indiens quasi homogène, fut remplacé peu à peu par une diversité climatique proche de celle que nous connaissons aujourd'hui, avec émergence d'un grand bassin aride et d'un Sud-ouest désertique. Ce changement de climat contraint les humains à modifier leurs modes de subsistance. Toutes ces transformations spectaculaires entrainèrent l' apparition de la Tradition Archaïques que l'on date de 8 000 environ à moins 2 800 environ. Cette tradition est caractérisée par l'existence d'une grande variété d'aires culturelles déterminées par leurs environnements naturels respectifs. Les peuples archaïques durent chasser plus souvent, et tuer davantage d'animaux différents, mais aussi développer leurs activités de cueillette, et enfin se mettre à cultiver certaines plantes, tout en élaborant des méthodes de stockage de la nourriture plus efficace.

La plupart des peuples archaïques d'Amérique du Nord confrontés à une augmentation de leur population, développèrent des modes de vie plus riches, plus variés et technologiquement plus avancés que ceux des Paléo-Indiens. Sur les Grandes Plaines, la population était alors peu nombreuse et dispersée, mais relativement bien répartie du Nord au Sud et d'Est en Ouest. Suite aux changements climatiques, les grands animaux avaient migré vers l'Est et le Nord, régions où les précipitations étaient plus abondantes. Il est probable que des populations archaïques les aient suivis, et ne soient retournées sur les Plaines en nombre significatif qu'à partir de moins 4 500 quand, la température ayant fraîchi, les précipitations retrouvèrent un niveau suffisant. Les peuples archaïques fabriquaient des outils pour couper, gratter et hacher, mais les pointes en pierre de leurs armes de jet montraient qu'ils étaient beaucoup moins habiles en tailleurs de pierre que les Paléo-Indiens. Ils consommaient plus de végétaux que de viande. Ils continuaient à chasser divers animaux, grands et petits, y compris le bison moderne qui durant cette période, se multiplia rapidement (Mexique, grande partie de l'Amérique du Nord). Ils pêchaient et chassaient le gibier à plumes, mais le cerf était leur gibier favori. Peu à peu, la Tradition Archaïque céda la place à des modes de vie plus sophistiqués. L'usage du tabac se répandit et les objets fabriqués devinrent plus variés et plus raffinés. Vers l'Est, l'existence d'énorme tumulus suggère une fascination pour les morts. Ainsi, la culture non matérielle pris de plus en plus d'importance au sein d'organisations sociales de plus en plus complexes.

La place de l'agriculture et de la vie communautaire ne cessa de croître. Dans le Sud-ouest (Nord du Mexique, Sud-est de l'Arizona, Sud du Nouveau Mexique, extrême Ouest du Texas), entre moins 2 800 et l'an 1 200 de notre ère, on note l'émergence d'une culture du désert caractérisée par une agriculture rendue possible grâce à l'irrigation, la chasse au petit gibier, la cueillette de fruits à écale et de graines comestibles et une parfaite adaptation à un environnement hostile. Les trois grandes cultures du Sud-ouest (Hohokams, Mogollons et Anasazis) habitaient des villages permanents, cultivaient le maïs, le haricot, la courge et le coton. Ils continuaient de chasser et de pratiquer la cueillette, mais ces activités étaient devenues secondaires. Ils pratiquaient le troc. Ils possédaient des chiens et élevaient des dindons pour leur chair et leurs plumes. Ils connaissaient la poterie et portèrent cet artisanat à un haut degré de sophistication, technique et artistique. Cette existence sédentaire, une production excédentaire et la vie en communauté favorisèrent une croissance significative de la culture non matérielle. La religion, la danse, la musique connurent un développement important. La créativité artistique et folklorique joua ainsi un nouveau rôle dans la vie de ces cultures.

À l'est du Mississippi, une culture des forêts vit le jour (Adenas, Hopewells et les Mississippiens) : pratique limitée de l'agriculture, construction de tertres, poterie et usage de l'arc. Cette culture des forêts, qui exerça une forte influence sur les peuples des Grandes Plaines, perdura sans changements notoires jusqu'à l'arrivée des Européens dans les premières années du XVIe siècle. À noter, que les Mississippiens jouissaient d'un niveau de vie élevé grâce à un vaste réseau d'échanges commerciaux. Autour de leurs centres religieux, des villes s'étaient développées. Cahokia, la plus importante, située à proximité de l'emplacement actuel de Saint Louis (Missouri) couvrait, vers l'an 1 000 de notre ère, une superficie de 132 kilomètres carrés, et avait une population estimée entre dix mille et trente-huit mille habitants.

La période qui s'étend du début du XIIIe siècle, ou peut-être même de la fin du XIIe siècle, jusqu'à l'arrivée des Européens, est caractérisée par la division des grandes cultures amérindiens en plusieurs centaines de communautés, ou de peuples, ayant autant de modes de vie particuliers, de coutumes sociales et religieuses, d'organisations politiques et d'économies de subsistance diverses. À partir de cette époque, les Grandes Plaines devinrent une région très active. Les vallées des principaux affluents de la rive droite du Mississippi – Missouri, Platte, Loup, Dismal, Republican, Arkansas, Red et Canadian -, mais aussi d'autres vallées plus modestes, accueillirent un grand nombre de nouveaux occupants. La culture Oneotas, qui pourrait s'être développée au cours du XIIe siècle au Wisconsin, s'étendit à la haute vallée du Mississippi et à celles de ses premiers affluents dès le début du XIIIe siècle. La catlinite, ou pierre de pipe rouge, était l'un des éléments spécifiques de leur culture. Ils sculptaient des fourneaux de pipe dans cet argile durcie, et en faisait commerce. Ils cultivaient le maïs et le tabac, et chassaient le bison. Peut-être faut-il les considérer comme les ancêtres des Otos, des Iowas et des Missouris (voir des communautés siouennes). Dans le Centre des Grandes Plaines, dans la haute vallée de la Republican, vivait une des cultures de la région. Elle daterait environ des années 1 200 à 1 400. Les peuples y habitant étaient semi-agriculteurs, et connaissaient la poterie (peut-être les ancêtres des Pawnees). Leurs maisons construites parfois sur une fosse, selon un plan carré ou rectangulaire, disposaient de longs couloirs d'accès. Quatre poteaux centraux soutenaient un toit couvert de terre. Leurs économies étaient identiques aux autres peuples semi-agriculteurs : maïs, haricot, courge, tournesol, chasse à l'arc (bison, cerf, petit gibier, etc.). Ils possédaient des chiens. Dans les Plaines du Nord (Missouri) les habitants étaient des agriculteurs également. À la différence des autres endroits, leurs villages étaient parfois enclos d'une palissade faite de troncs d'arbres, et entourés d'un fossé.

Au début du XVe siècle, des bouleversements se produisirent, qui contribuèrent à la genèse des Indiens des Plaines modernes. D'abord, de puissants groupes athapascans, dominés par les Apaches, commencèrent à migrer du Nord vers le Sud à partir du XIIIe siècle, et leur avancée à travers les Grandes Plaines eut des effets dévastateurs. Certains groupes préférèrent traverser le Grand Bassin, à l'ouest des Montagnes Rocheuses, mais à partir de 1 400, la plupart des Apaches attaquèrent sur le front de l'Est. Ils envahirent la majeure partie des hautes plaines, et quelques-uns parmi eux finirent par s'y installer, devenant des semi-sédentaires, adoptant l'agriculture et lançant des raids contre les villages des peuples voisins. Après 1470, l'Ouest des Plaines subit trois longues périodes de sécheresse qui durèrent au total une quarantaine d'années. Les mauvaises récoltes obligèrent les habitants des plaines à se disperser. De nombreux villages disparurent. Enfin, les Européens arrivèrent.

Les espagnols apparurent les premiers, dans les Plaines du Sud. Au cours des années 1530, Alzar Nunez Cabeza de Vaca parcourt le Texas et le nord du Mexique. En 1541, Francisco Vasquez de Coronado rencontre les ancêtres des Wichitas près de la grande boucle de la rivière Arkansas, dans le centre du Kansas. Par contre, les français furent les premiers dans les Plaines du Nord. D'abord, au milieu du XVIIe siècle, des voyageurs et des coureurs des bois anonymes; puis trois agents de Daniel Greysolon, sieur de Lhut. En 1679, les trois français s'avancèrent vers l'Ouest à partir du lac Mille Lacs, dans le centre-Est du Minnesota, et atteignirent un endroit situé à vingt-deux jours de marche près d'un lac dont «l'eau n'est pas potable» – probablement le Grand Lac Salé de l'Utah. Ce furent ces bouleversements —l'invasion Apache, les désordres climatiques et l'arrivée des européens— combinés aux énormes pressions exercées par la traite et les guerres contre les tribus des forêts de l' Est, qui donnèrent naissance aux Indiens des Plaines modernes, à la faveur d'un processus qui prit des décennies.

Suite au brassage des cultures, aux pressions de toutes sortes, de nouveaux arrivants venus de l'Est, s'installèrent dans les Plaines. Il y eu trois divisions d'un peuple de langue caddoenne : les Pawnees, les Skidi Pawnees et les Omahas. D'autres suivirent : les Mandans et les Hitdatsas, de langue siouenne, les Wichitas, de langue caddoenne. Puis, arrivés plus tardivement, des peuples sédentaires s'installèrent en bordure des Plaines. De langue siouenne, Iowas, Otos et Missouris. Chassés par les attaques de plus en plus fréquentes des Iroquois, ils parvinrent dans l'Est des Plaines au début du XVIIe siècle. Sur les hautes plaines de l'Ouest, les Kiowas furent les premiers représentants de ces nouvelles cultures (nomadisme et chasse au gros gibier).

Les Apaches nomadisaient à pied et disposaient seulement d'armes de jet à pointes de pierre. Du Nebraska à l'Oklahoma, ils ne cessaient d' harceler les Pawnees et les Wichitas que pour faire du troc avec eux. Au Nouveau-Mexique, ils lançaient des raids contre les villages des Publeos (Tanoans, Keresans et parfois Zurus) et certains poussaient jusqu'en Arizona. Puis, disposant de chevaux pris aux espagnols, ils étendirent encore leur rayon d'action, pillant le Texas et le plateau central du Nord de la Nouvelle-Espagne. Peu de peuples autochtones, à l'exception peut-être, des Jumanos, dans le Sud-ouest du Texas, étaient capables de leur tenir tête. À la fin du XVIIe siècle, les pillards apaches razziaient un très vaste territoire et ne craignaient guère les représailles.

L'hégémonie apache ne dura pas longtemps. Descendant des montagnes et des déserts du Nord-ouest, les Comanches, de langue shoshoéenne, s'avancèrent vers les Plaines du Sud. Dès la fin du XVIIe siècle, disposant désormais de chevaux et attirés par les gigantesques troupeaux de bisons, les Comanches envahirent les régions razziées par les Apaches. Au cours des premières décennies du XVIIIe siècle, ils avancèrent à travers l' est du Colorado et l'ouest du Kansas, combattant des groupes apparentés aux Wichitas et alliés des Français, vers l'Est, les Pueblos et les espagnols vers le Sud-ouest, et les Apaches vers le Sud. Seuls les Apaches se révélèrent des adversaires à leur mesure, mais finirent par se retirer. Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, la pression exercée par les Apaches, les raids des Comanches, les perturbations provoquées par la présence des espagnols, les épidémies introduites par les européens firent des coupes sombres parmi les peuples tonkawas du centre du Texas.

Dans l'extrême Nord, diverses pressions poussèrent des peuples nomades vers les Plaines. Les français ayant fourni des armes à feu aux Hurons, des Indiens des forêts de l'Est du Canada, ceux-ci avaient terrorisé leurs voisins occidentaux et les avaient chassés de leurs territoires traditionnels. Puis certains de ces derniers (Ojibwés, Crees et Assiniboines) ayant obtenu à leur tour des armes à feu des traiteurs français installés autour du lac Supérieur après 1650, lancèrent des raids contre leurs voisins. En avançant vers l'Ouest, au-delà du lac Winnipeg, ils chassèrent Pieds-Noirs, Gros-ventres et Arapahos. De leur côté, les Ojibwés attaquèrent les Dakotas, les repoussant vers l'Ouest, et les Dakotas en firent de même avec les Cheyennes, qui avaient été chassés précédemment de la région située au sud des Grands Lacs. Ainsi, tous ces peuples se retrouvèrent à vivre sur le territoire des Grandes Plaines.


Les Pieds-Noirs
De langue algonquienne, ils furent les premiers arrivants. Au XVIIe siècle, de nombreux groupes gagnèrent les Plaines de la Saskatchewan, abandonnant rapidement leur mode de vie d'Indiens des forêts pour adopter la culture des Plaines. Ils furent alors harcelés par des bandes de Shoshones qui avaient des chevaux, pris aux espagnols, mais ne possédant pas d'armes à feu. Aussi, à partir de 1750, les Pieds-Noirs repoussèrent les assauts des bandes, grâce aux mousquets fournis par des traiteurs français. Puis, ayant formé des groupes de guerriers, ils entreprirent de lancer des attaques en direction du Sud et mirent leurs ennemis en déroute, volèrent leurs chevaux et occupèrent leur territoire. En 1800, la confédération des Pieds-Noirs revendiquaient une vaste région s'étendant à l'est des Rocheuses, de la Saskatchewan Nord à la Yellowstone. Elle dominait l'extrême Nord-ouest des Plaines.  Après 1750, les Sarsis, peu nombreux, s'associèrent aux Pieds-Noirs, leurs voisins.

Les Gros-Ventres et les Arapahos
De langue algonquienne, parents des Pieds-Noirs, ils s'installèrent à proximité d'eux. Les Gros-Ventres chassaient sur un territoire qui s'étendait au nord et au sud de la frontière actuelle entre le Canada et les États-Unis. Les Arapahos, qui auraient peut-être voyagé avec les Cheyennes, s'installèrent dans la région des Black Hills, vers 1775.

Les Cheyennes
De langue algonquienne, ils s'installèrent aux alentours de 1770, aux Black Hills. Ils abandonnèrent l'essentiel de leurs pratiques agricoles pour se concentrer sur la chasse. Ils se joignirent aux Sutaios (moitié Cheyenne), un petit peuple chasseur de bisons. Très vite, ils furent chassés des Black Hills par les Dakotas. En 1806, les Cheyennes se retrouvèrent divisés en deux groupes : ceux du Nord installés à l'ouest des Black Hills et ceux du Sud installés le long de la South Platte, à proximité des Rocheuses. En 1820, ces derniers avaient gagné la haute vallée de l'Arkansas, dans l'est du Colorado et ils y demeurèrent. Les Cheyennes devinrent au cours du XIXe siècle le modèle même des Indiens des Plaines, cavaliers et chasseurs de bisons.

Les Crows
De langue siouenne, rattachés aux Hitdatsas de la vallée du Missouri, ils s'installèrent au-delà des Black Hills, où ils continuèrent pendant un temps à pratiquer l'agriculture dans les fonds de vallées de l'est du Montana. Après s'être procuré des chevaux (troc ou vol), ils abandonnèrent en grande partie l'agriculture. Ils troquaient la plupart du temps avec les Hidatsas : de la viande et des peaux contre des produits agricoles (maïs, haricots, courges, etc.)

Les Lakotas et les Dakotas
De langue siouenne, ils étaient regroupés au sein d'une confédération appelée Oceti Sakowin, les Septs Feux de Conseil (Mdewakantonwans, Wachpekutes, Wachpetonwans, Sisitonwans, Yanktons, Yanktonnais et Dakota). Chassés par les Ojibwés, fin du XVIIe siècle, ils migrèrent vers l'Ouest. Les Dakota franchirent le Missouri (1750), et ils chassèrent les Cheyennes des Black Hills. Ils devinrent rapidement des Indiens des Plaines typiques, des nomades qui chassaient le bison à cheval entre le Missouri et la Platte. Les Yanktons et les Yanktonais avaient suivi les Dakotas jusqu'au Missouri, mais s'étaient établis dans l'est des deux Dakotas et étaient demeurés des horticulteurs-chasseurs semi-sédentaires. Les quatres autres groupes tribaux (Santees) ayant repoussé les raids des Ojibwés, restèrent dans le Sud-ouest du Minnesota. Après le départ des français (1763), ils imposèrent par la force aux Ojibwés le partage équitable du territoire : le Nord pour les Ojibwés et le Sud pour eux.

Les Assiniboines
De langue siouenne, parents des Yanktonais, se trouvaient en 1730 en Saskatchewan. En 1775, ils avaient abandonné leur ancien mode de vie (forêt) et étaient devenus des cavaliers chasseurs de bisons.


Ainsi, vers le milieu du XVIIIe siècle, la culture des Plaines avait changé. Pendant des siècles, elle avait été dominée par des agriculteurs riverains et des nomades à pied et, à présent, la chasse au bison à cheval dominait. Les Indiens des Plaines étaient devenus des cavaliers, habitants des villages à l'Est, et des chasseurs des hautes plaines de l'Ouest. (...)


À suivre...

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