jeudi 1 septembre 2016

La violence des riches

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La Brique
28/08/2016

Commentaire: Toute ressemblance avec le «monde» des ENR intermittentes serait fortuite!?

Résistance!
ZÉRO ÉOLIENNE et BASTA!
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La Brique était présente le 1er mai au salon du livre de la critique sociale à Arras. L'occasion d'une causerie avec Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues de la vie des riches, auteurs du récent Tentative d'évasion (fiscale) (La découverte / Zones, 2015).

Pourquoi travailler sur les classes bourgeoises ? Qu'est-ce qui les caractérise ?
On a longtemps travaillé sur les catégories populaires, les sociologues font très bien cela, mais il y a avait très peu d'études sur les puissants, les dirigeants, les grandes familles. On a eu envie de savoir pourquoi, tout simplement. La démarche de base a été de se rendre dans les beaux quartiers avec les outils de la sociologie urbaine. On s'est très vite rendu compte que le fonctionnement de cette classe sociale est celle d'une classe entièrement mobilisée autour du maintien de leur entre-soi et de la défense de leur environnement. Entre-soi dans les écoles, entre-soi dans les rallyes, entre soi dans les conseils d'administration... C'est la même chose à une autre échelle au sein des institutions mondialisées (Commission européenne, Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce, etc.) où les représentants ne sont pas élus, mais cooptés par l'oligarchie à laquelle ils appartiennent. Toutes ces institutions sont des institutions oligarchiques traduisant l'extension des classes bourgeoises sur tous les fronts, à tous les instants et à tous les niveaux de la planète. L'urgence pour les forces de gauche est de casser la violence symbolique des dominants, des patrons, des banquiers et de tous ceux qui sont au sommet de la société. Quand ces gens-là sont en représentation, en réunions publiques, en séance de conseil d'administration, ils cherchent à en mettre plein la vue. C'est quelque chose qui gèle les velléités de contestation et de révolte. Ils laissent planer l'idée qu'on ne pourra pas les contrer, qu'on ne saura pas faire parce qu'ils sont plus forts. Beaucoup pensent comme cela, beaucoup se sentent désarmés, hors de possibilité de renverser l'ordre des choses. On a travaillé dans ce milieu bourgeois, il y a eu des moments où on a vécu cela de manière très vive, le fait qu'il fallait présenter bien. C'est en fait une reconnaissance sur des signes très symboliques de la prétendue exceptionnelle qualité de certains individus. Lorsqu'on gratte un peu, on se rend compte qu'ils sont comme les autres.

Au-delà de l'entretien de l'entre-soi, comment font-ils pour conserver le pouvoir ?  

Avec notre dernier livre sur les tentatives d'évasion fiscale, on a compris ce que c'était que le secret fiscal, le secret bancaire et le secret des affaires, toutes ces formes d'opérations opaques qui constituent la véritable armature de conservation de leur pouvoir. Les lanceurs d'alerte ont sorti des listes et des listes de fraudeurs issus de la classe dominante, les obligeant à vivre sur un pied de guerre, à visser les boulons, à resserrer, à réprimer et à être encore moins dans la démocratie tout en avançant masqués. Le vote du secret des affaires est particulièrement éclairant de cette solidarité de classe. Le calendrier a été accéléré pour que le Parlement puisse le voter avant le procès du lanceur d'alerte des LuxLeaks, Antoine Deltour. Le vote des eurodéputés français le 14 avril a été extraordinaire au sens où il y a eu une véritable convergence de toutes les droites en faveur du secret des affaires - Front national, la droite conservatrice et ce qu'on appelle la nouvelle droite (le Parti socialiste quoi). Seuls les Verts et le Front de gauche ont voté contre. C'est une loi absolument liberticide qui s'appuie sur une directive extrêmement floue 1 ! C'est une directive qui est établie pour faire peur, pour intimider, pour terroriser, pour semer la panique et asservir un peu plus encore les dominés... Preuve que la solidité de la grande bourgeoisie dans sa position s'appuie sur une véritable culture du secret : s'il n'y a plus de secret, il n'y a plus de bourgeoisie !
 


On voulait revenir sur les mouvements actuels et surtout Nuit debout. Présentent-ils selon vous les indices d'une forme de convergence des luttes ?  
On n'a pas d'indice, nous, on a surtout des souhaits. Ce qu'il faut comprendre c'est que la grande bourgeoisie est dans le cumul de toutes les formes de combats. C'est–à–dire que jamais on ne dénigre le combat de son voisin, de son semblable, mais on s'arrange au contraire pour que tout converge. Nous, on estime qu'il faut faire comme eux parce qu'il y en a marre de la guerre des petits chefs dans les rangs de la gauche. Je suis vraiment en colère quand j'entends que ce qui plaît aux militants, c'est de dire du mal des autres militants. Ça, c'est terminé, je ne le supporte plus, je fous le camp et je claque la porte, ce n'est pas possible. L'heure est trop grave pour qu'on ne prenne pas conscience de cela. Et notre travail est salutaire, je crois, pour contribuer à cette prise de conscience. Si les gens se mettaient dans la peau des riches, dans leurs têtes, ça laminerait leurs divisions. 

Nuit debout pourrait être d'après vous le creuset de cela ?  
À mon avis, ça y contribue, du moins c'est en train d'y contribuer… mais au même titre que les syndicats et les partis politiques qui vont dans le bon sens.

On vous a entendu à plusieurs reprises estimer que si la loi El Khomri passait, ce serait la fin du mouvement social ?  

Il faut comprendre que si la loi passe, c'est foutu parce que les gens seront de nouveau esclaves. C'est tout de même inquiétant qu'il n'y ait pas une réaction plus vive à l'égard de cette loi parce qu'il y a des gens qui ont payé de leur vie pour pouvoir accéder à des droits essentiels. Alors on nous parle maintenant de flexisécurité, mais la flexibilité dans l'emploi, c'est l'asservissement ! Cela veut dire que c'est le patron qui décide et que s'il n'est pas content, eh bien on vous vire, point final. C'est insupportable parce qu'il a fallu des luttes pour parvenir à des droits sociaux obligeant les patrons à justifier les licenciements. Avec ce coup de force, c'est le social-libéralisme qui sévit ! On est en train d'avoir des espèces de Thatcher sur le dos ; là, c'est insupportable. Il n'y a qu'une chose qui soit valable, c'est la révolte. Cela dépasse la seule loi El Khomri, car c'est aussi tous les problèmes écologiques qu'il faut prendre en compte. On est dans une situation extrêmement grave de déshumanisation et de destruction de la planète. C'est pourquoi il ne faut pas découper le réel en tranches. Notre force et la force de ce que doit être le militantisme, c'est de toujours mettre les choses en relation. La lutte dépasse le cadre de la loi El Khomri, notre position est celle d'un refus complet du néolibéralisme. La loi El Khomri, c'est la goutte d'eau qui a mis le feu au lac mais il est essentiel de relier cela à la gravité des problèmes sociaux, écologiques, politiques tout comme aux problèmes de la non-représentativité de la masse des peuples au nom de la démocratie.

Dernière question, nous avons dans notre région une bourgeoisie bien implantée et un Parti socialiste historiquement omnipotent même si les choses ont bien changé. Faut-il y voir la raison pour laquelle Lille ne se mobilise pas aussi rapidement que Rennes ou Grenoble ?  

La corruption des socialistes dans le Nord a détruit profondément toute forme d'espérance. Rappelons que le vote socialiste dans le Nord se faisait de génération en génération... toute une dynastie d'électeurs. La trahison a été profonde, la confiance a été laminée et a fait peu à peu le lit du Front national. C'est extrêmement difficile d'arriver à refaire surface après quelque chose d'aussi lourd, d'aussi grave et d'aussi incroyable. On est là face à un processus local semblable au mensonge que Hollande a produit à l'échelle nationale au moment de déclarer la finance comme son ennemi principal. On sait ce que cela a donné, lui faisant perdre toute crédibilité… Le Parti socialiste n'a aujourd'hui plus rien de socialiste sinon le nom illustre de ses ancêtres.

La Brique

1. La directive européenne sur le secret des affaires vise officiellement à protéger les entreprises contre l'espionnage industriel et économique. En creux, elle permet surtout de museler les journalistes et les lanceurs d'alertes voulant informer le public des agissements frauduleux des entreprises. Qu'on se rassure pour un temps, la votation de cette directive vient d'être repoussée à une date ultérieure pour des problèmes de traduction.


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