jeudi 4 juin 2015

Climat: Obligations vertes et fumées noires

GÉRARD LE PUIL
VENDREDI, 22 MAI, 2015
http://www.humanite.fr/



Comment assurer la rentabilité financière dans le développement du business vert ? Telle était la question du sommet de l’Unesco "Entreprises & climat", à Paris, les 20 et 21 mai.
Photo : Philippe Wojazer/AFP



Au royaume de la finance, on spécule sur le prix à venir de la tonne de carbone sans nous dire à qui on fera payer l’addition dans un monde globalisé et dépourvu de stratégie cohérente pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ainsi donc, 500 banquiers, analystes, assureurs et grands capitaines d’industries se sont rencontrés depuis deux jours dans les locaux de l’UNESCO à Paris pour évoquer leur contribution à la lutte contre le réchauffement climatique sous un angle prédéterminé: Comment assurer la rentabilité financière dans le développement du business vert? Sans surprise, on a appris qu’aux yeux de Gérard Mestrallet, PDG de GDF- Suez, la priorité doit être donnée à « la mise en place d’un prix du carbone. Une tarification doit être instaurée avec l’aide des régulateurs, pour permettre de contribuer de manière efficace à la réduction des émissions polluantes ». Toujours, selon lui, « limiter le réchauffement à 2 degrés suppose d’investir 700 milliards de dollars de plus chaque année d’ici à 2030». Reste à savoir dans quoi et avec quels effets.


La grosse arnaque qu’à été le marché du carbone dans l'UE


En focalisant le débat sur le prix à venir de la tonne de carbone, Gérard Mestrallet, occulte la grosse arnaque qu’à été le marché du carbone dans l’Union européenne depuis une dizaine d’années. Dans les pays de l’Union européenne qui s’étaient engagés à réduire leurs émissions de CO2, il suffisait que les entreprises industrielles délocalisent des usines polluantes dans des pays à bas coûts de main d’œuvre non concernées par le protocole de Kyoto pour avoir des tonnes de carbone à vendre en Europe tout en polluant davantage sous d’autres cieux. Voilà comment fonctionne la lutte contre le réchauffement climatique quand les technocrates de Bruxelles, conseillés par des lobbyistes que paient les industriels pollueurs écrivent les directives sur le climat dans l’intérêt du patronat.


À ce « Finance Climate Day » de Paris, Henri de Castries, PDG d’AXA, est venu annoncer des retraits d’investissements de son groupe d’assurances des industries dont l’activité est liée au charbon. Il y aura 500 millions d’euros de désinvestissement dans ce secteur d’ici la fin de l’année en cours, a-t-il fait savoir. Sans préciser quel était le montant total des parts financières d’AXA dans ce secteur. Mais tout le monde n’était pas aussi audacieux. Si on en croit Les Echos, Denis Childs, responsable du financement à impact positif à la Société Générale - banque dont on parle en termes moins positifs en ce moment- a déclaré ceci: « Nous voulons optimiser l’impact positif de nos investissements. Dans certaines régions du monde, les énergies fossiles sont la meilleure solution, c’est pourquoi nous n’excluons aucun secteur a priori». Dès lors que ça rapporte, on peut penser que les obligations vertes de la finance continueront de cracher des fumées noires.



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