vendredi 19 juin 2015

Usine à cochons à Poiroux: Désastre écologique, démocratique, économique et éthique

18 JUIN 2015 | PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART



Le collectif « Non à l'usine à cochons de Poiroux » organise un rassemblement le vendredi 26 juin devant la préfecture de La Roche-sur-Yon afin de remettre les pétitions au préfet https://www.facebook.com/porcheriePoiroux et appelle le gouvernement à abandonner ce projet « qui stérilise les sols, pollue les eaux et les mers, intoxique les consommateurs, tout en leur faisant croire qu’ils ont tout à y gagner: Prix, santé, sécurité et bonheur ».


La maternité porcine de Poiroux en Vendée − 900 truies censées produire 23 000 porcelets par an − pose tout d’abord le problème, fondamental, du déni de la démocratie, sur les plans local, national et européen.


Y a-t-il eu une enquête publique, une expertise indépendante, une consultation locale ou un débat ? La population a-t-elle été informée? Demandez-le-lui: Même aujourd’hui, beaucoup d’habitants probablement ne savent rien des plaisirs qui les attendent: Algues vertes sur les plages, pollution des marais et des élevages d’huîtres, odeur pestilentielle d’ammoniaque et de lisier, eaux chargées de nitrates…


La politique agricole de l’UE, largement dictée depuis des décennies par les lobbies agroalimentaires, impose un modèle néfaste qui détruit l’agriculture paysanne (en 20 ans, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par deux), stérilise les sols, pollue les eaux et les mers, intoxique les consommateurs, tout en leur faisant croire qu’ils ont tout à y gagner: Prix, santé, sécurité et bonheur.


Le projet d’une usine à cochons de Poiroux, lancé en 2009 par le groupe industriel Sanders (Sofiprotéol), rejeté par toutes les communes environnantes et par le préfet Jean-Jacques Brot, a finalement été validé par le nouveau préfet, Jean-Benoît Albertini, en novembre 2013. Malgré le nouveau recours du collectif anti-porcherie devant le tribunal administratif et une mobilisation des associations et des habitants, les travaux de construction ont commencé début 2015. Ce scénario est quasiment identique à celui qui a eu lieu à Trébrivan (Côtes d’Armor), où, après moult recours et annulations, un projet similaire a reçu le feu vert du gouvernement en octobre 2014.


La pétition contre la porcherie de Poiroux vient d’être signée par prés de 8 000 Vendéens. Le 4 avril, une manifestation aux Sables-d’Olonne a réuni plus de 1 200 personnes. Le député de la Vendée littorale, Yannick Moreau (UMP), a qualifié le projet de « néfaste »: « Après avoir pollué et sali la Bretagne, l’agriculture industrielle porcine cherche à tout prix à s’installer en Vendée, deuxième département touristique français. (…) C’est l’assurance d’une sur-concentration de lisier et de nitrate, c’est une réelle menace pour nos cours d’eau, nos marais et notre littoral. On ne veut pas de ce modèle agricole ».


Par la suite, les élus socialistes de Vendée ont aussi pris position contre l’usine à cochons. Christophe Clergeau, premier vice-président du Conseil Régional des Pays de la Loire a déclaré le 15 avril: « Cette ferme usine est incompatible avec des pratiques respectueuses de l’environnement. Elle représente notamment un véritable risque pour la qualité des eaux des rivières vendéennes. Une telle exploitation constitue également un risque pour la qualité alimentaire. La proximité des animaux conduit à un usage intensif d’antibiotiques, avec des risques réels pour la santé humaine. Enfin, c’est un projet déconnecté du territoire et de ses besoins. Il ne créera que quatre emplois locaux, tout en menaçant ceux des exploitations conchylicoles qui risquent de subir les conséquences de la dégradation de la qualité des eaux ».Le 5 mai, Sylviane Bulteau, députée PS de Vendée, a interpellé à l’Assemblée Nationale le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, en demandant l’abandon de ce projet « qui laisse augurer de conséquences particulièrement néfastes sur le bassin ostréicole et mytilicole du Payré, à Talmont-Saint-Hilaire, qui compte soixante exploitants », dans la mesure où « les zones d’épandage comprennent sept sources ». Le ministre s’en est tiré par une pirouette, en concluant que « la loi, c’est la loi ».



Sous la pression des lobbies de l'agroalimentaire écrivent José Bové (député européen), Marie Yared (Avaaz) et les presque 200 000 signataires de la pétition contre l'élevage de masse, « le gouvernement français soutient proactivement ce modèle productiviste monstrueux, via des subventions (avec nos impôts !) et des facilités administratives. Ce nouveau "modèle" industriel nous rend non seulement dépendants des marchés spéculatifs, mais il détruit aussi tissu agricole et emplois, et bafoue les attentes sociales. Il est le pur produit d'un système déshumanisé, qui avilit le métier de paysan, où l'éleveur est réduit à un simple rouage dans cette énorme machine à produire du lait ou de la viande, à la merci d'investisseurs mus par la maximisation du profit ».



À la veille de l’ouverture du Salon de l’Agriculture 2015, la Confédération paysanne a rendu publique la carte de l’industrialisation de l’élevage, avec plus de 30 projets gigantesques dont les dimensions dépassent tous les standards appliqués jusqu’à maintenant en France. Cette fuite en avant suicidaire, orchestrée par les multinationales et la FNSEA, ne semble point émouvoir nos dirigeants, bien au contraire.


A-t-elle jamais protesté, notre ministre de l’environnement Ségolène Royal, contre l’impact écologique de l’élevage industriel, son absurdité économique (3-4 emplois pour 23 000 porcelets à Poiroux, autant pour les fermes robotisées de mille vaches de traie, etc.) et le scandale éthique qu’il constitue? Pourquoi Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture soutenu par Xavier Beulin, le Citizen K de l’agroalimentaire français, à la fois président de la FNSEA et d’Avril-Sofiprotéol, multinationale engagée dans la plupart de projets d’élevage industriel à grande échelle, dont celui de Poiroux, défend-il activement ces monstrueuses fermes-usines, en promettant à ces fossoyeurs de l’agriculture paysanne des « mesures d'allègement de la réglementation environnementale » ? Et pourquoi François Hollande soutient-il ouvertement, lui aussi, cette politique du pire, tout en se présentant comme un parangon de vertu écologique ?



Dans une interview accordée à La France Agricole, publiée 21 février 2014, le chef de l'État a pris position sur deux questions ayant trait à la place des animaux dans la société. Caressant les éleveurs dans le sens du poil, François Hollande a affirmé que oui, « il sera désormais plus simple pour les exploitants d'agrandir la taille de leurs élevages », mais aussi que, non, le statut juridique de l'animal ne sera pas modifié pour reconnaître aux bêtes le statut d'êtres sensibles.


Car il ne faut pas oublier non plus ce que l’on veut nous cacher à tout prix: Ces fermes-usines ressemblent étrangement aux camps de concentration de sinistre mémoire. « C'est dans les abattoirs de Chicago que les nazis ont appris comment gérer les corps », note l'écrivain J.M. Coetzee.« La néantisation de l'individualité humaine n'est que le prolongement de la chosification des animaux. Réduire l'homme à l'animal, c'est d'abord réduire l'animal en un moins-que-rien ». Qui a vu ne serait-ce qu’un seul reportage sur l’élevage ou l’abattage industriel, ne peut qu’avoir un haut-le-cœur, s’il a un cœur. Un Français mange en moyenne 88 kg de viande par an (un Indien à peine plus de 5 kg). Chaque année on tue dans le monde plus de 140 milliards d’animaux, sept fois plus qu’en 1950. La consommation de viande devrait doubler en 2050, avec une empreinte écologique insupportable pour la planète.


« Il faut que les agriculteurs soient à l'avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique, de la qualité alimentaire, de la reconquête de la qualité de l'eau », a souligné Ségolène Royal au Salon de l’Agriculture 2015. Nos dirigeants seraient-ils des pompiers-pyromanes ? En effet, tout en cherchant à donner l’exemple à toute la planète à l’occasion de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, fin 2015, ils feignent d’ignorer le fait que l'élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre (plus que les transports) et qu’au total, plus ou moins directement, il accapare 70 % des terres agricoles et 30 % de la surface du globe, en aggravant le risque de la famine dans les pays pauvres, qu’il produit 37 % du méthane et 65 % du protoxyde d'azote, deux gaz dont l’action sur l’effet de serre est respectivement 25 fois et 298 fois plus puissante que celle du CO2.



La maternité porcine de Poiroux est la première étape d'un système déjà bien rôdé en Bretagne: Une « usine à porcelets » est d'abord créée, puis une série d'élevages intensifs s'implante à proximité pour les engraisser, en grande partie avec du soja OGM importé des Amériques et bourré des pesticides. Après avoir dévasté la Bretagne, l’industrie agroalimentaire s’attaque à la Vendée, nouvelle terre de colonisation. Qui l’arrêtera, puisque aucun rouage de la démocratie ne semble fonctionner ?



Commentaire: «L'Enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà»

Victor Hugo (1802-1885)



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