mercredi 4 mai 2016

L'endettement d'EDF, un faux problème

Rémy Prud'homme 
Professeur 
le 02/05/2016

Commentaire: Qui veut la peau d'EDF et pourquoi? Une chose est sûre, c'est que nous, contribuables et abonnés, nous n'avons rien à gagner, donc tout à perdre? dans ce «jeu» d'affaires et d'influence. Cessons d'hurler avec les loups et... les «cafards». Protégeons notre confort.



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L'endettement d'EDF, environ 34 milliards d'euros, suscite interrogations, inquiétudes, lamentations. On nous explique qu'EDF est menacé de faillite ; que c'est bien la preuve de l'impasse où le nucléaire nous a conduits ; et qu'une telle dette doit empêcher EDF de s'engager dans la construction de deux EPR (grosses centrales nucléaires) en Angleterre. L'analyse des données disponibles conduit à nuancer fortement ces propos alarmistes.

Tout d'abord, l'endettement d'EDF n'a rien d'exorbitant. Il ne s'agit pas de la dette d'EDF France, mais de celle du groupe EDF (engagé aussi hors de l'Hexagone). Rapporté au chiffre d'affaires de ce groupe (73 milliards), cela fait moins de 50 %. C'est peu, surtout pour une activité hautement capitalistique comme la production d'électricité, et pour une époque où les taux d'intérêt sont plus bas que jamais. Bien moins que le ratio pour l'ensemble des sociétés non financières françaises, 70 %. Rien à voir avec les ratios d'entreprises comme SNCF-RFF - environ 500 % - ou comme Altice-Numéricable - près de 300 %. La notation indépendante et informée de Moody's sur la santé financière des six plus grands électriciens européens est éclairante: Un préoccupant B pour Enel, E.ON, RWE et Iberdrola, un modeste A3 pour Vattenfall - et un solide A1 pour EDF.

Un deuxième point est assez évident: La dette d'EDF ne doit rien au programme nucléaire français. La presque totalité des 54 centrales françaises ont été construites dans les années 1970 et 1980. Elles l'ont été avec des emprunts, qui sont maintenant remboursés. On le voit dans la chronique de l'endettement. En 2006, la dette d'EDF était inférieure à 15 milliards. Elle s'envole dans les années suivantes et atteint 42 milliards en 2009: Aucune centrale nucléaire n'a été construite dans ces années-là. Certes, d'importants travaux d'entretien et de maintenance du parc nucléaire sont réalisés chaque année, mais leur montant est faible par rapport à la valeur des 420 TWh d'électricité produits annuellement par ce parc. Loin de contribuer à l'alourdissement de la dette, ce parc participe au contraire à son allègement.

La troisième évidence est que la forte augmentation de la dette au cours de la décennie passée doit beaucoup à l'achat de sociétés étrangères, en Italie, en Pologne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis. EDF a-t-il eu raison de s'internationaliser ainsi ? A-t-il eu la main heureuse dans ces investissements ? On peut se poser ces questions. C'est ce que fait un récent rapport de la Cour des comptes ; il y apporte des réponses nuancées, et plutôt positives. Mais dans le bilan du groupe, aux dettes du passif correspondent les entreprises de l'actif. EDF peut réduire sa dette en vendant certaines de ces sociétés. C'est ce qu'il fait: Entre 2009 et 2014, la dette du groupe EDF a diminué de 8 milliards.

Un quatrième point est que l'actionnaire principal d'EDF, l'État français, contribue également à l'endettement de la société. Il demande à EDF d'élargir ses activités, notamment en investissant à l'étranger, mais s'est bien gardé jusqu'à récemment d'augmenter sa contribution au capital. Il a prélevé de substantiels dividendes sur les bénéfices de l'entreprise (plus de 2 milliards par an, soit plus de 20 milliards en dix ans), réduisant d'autant les capacités d'auto-financement de celle-ci. Il demande à EDF de subventionner certaines activités (éolien, photovoltaïque, péréquations tarifaires), mais fait traîner le remboursement du coût de ces faveurs (justifiées ou non, la question n'est pas là) ; à ce titre, l'État reconnaît formellement devoir 6 milliards à EDF. Surtout, l'État, pour faire plaisir à Bruxelles, a concocté un absurde cocktail de marché et de régulation. Ce cocktail, ou plutôt ce poison, engendre des prix (de gros) de l'électricité durablement plus bas que les coûts de production de toutes les formes d'électricité. Il menace tous les électriciens européens. Pour EDF, c'est ce système, plus que l'endettement, qui fait problème.

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