dimanche 1 mai 2016

EDF à Hinkley Point : "J'y vas ty ou j'y vas ty pas ?"

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Commentaire: «L'ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent : Elle compromet, dans le présent, l'action même».
Marc Bloch (1886-1944)

EDF, EPR, Hinkley Point, Russe, Chinois, de quoi parlons-nous au juste? Un éclaircissement est nécessaire, non?

Commençons par le commencement.

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Avant d’être éclipsée par les 90 ans d’Elizabeth 2 et la mort de Prince, une question agitait les média : Au vu de l’importance de son endettement et des investissements à réaliser en France, EDF devait-elle repousser sa décision de construire un ensemble de 2 EPR sur le site anglais de Hinkley Point, ou devait-elle carrément se retirer du projet ? Interrogé par plusieurs média, je n’ai pas vu grand-chose de mes arguments pour le « J’y vas ty » repris à l’antenne et j’ai donc décidé de vous les détailler dans le présent édito.


En 2003, le gouvernement britannique avait publié un livre blanc qui prévoyait l’arrêt progressif du nucléaire par non-renouvellement des centrales lors de leur fin normale d’exploitation. Deux ans plus tard, en novembre 2005, Tony Blair se déclarait convaincu que « construire de nouvelles centrales nucléaires était la seule façon de satisfaire nos besoins en énergie tout en respectant nos obligations de réduire les émissions de gaz à effet de serre. » D’où nouveau livre blanc, puis passage en novembre 2009 du National Policy Statement qui identifiait dix sites possibles pour de nouvelles centrales. Très vite, EDF s’est déclarée intéressée à participer à ce renouveau, en ciblant en priorité le site d’Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Un peu plus tard, l’électricien chinois CGN s’est associé au projet.



La construction des deux EPR coûterait 16 milliards de £. Une fois mise en service (2023-2025), la centrale Hinkley Point C produirait 7% de l’électricité britannique, et sa durée de vie prévue est de 60 à 80 ans.

Bien décidé à mener à bien les projets, le gouvernement britannique a fait une offre très attrayante :
-Prix garanti de 92,50 £/MWh (conditions de 2012)
-Prix ajusté sur l’inflation pendant la durée de construction et les 35 années suivantes
-Prix ramené à 89,50 £/MWh si EDF remporte aussi un contrat de 2 EPR supplémentaires à construire à Sizewell.

En revanche, c’est à EDF de trouver le financement du projet, ce qui soulève les problèmes évoqués plus haut. Pour autant, les arguments en faveur du lancement du projet sans retard sont très forts :
1 - Si les deux premiers EPR, en cours de construction à Olkiluoto et Flamanville, ont accumulé problèmes et retards – lot habituel des grands prototypes industriels – les numéros 3 et 4, en construction à Taishan, ont profité du retour d’expérience des précédents et ont de bonnes chances d’être en service avant eux. Si on laisse s’allonger le délai avec les 5 et 6 à construire à Hinkley Point, on va casser l’effet de série qui fut la raison principale du succès du « Programme Messmer ».

Rappelons au passage que Fessenheim 1, 900 MWe, construite en France par EDF avec son réseau de fournisseurs bien connus, en copie d’une centrale américaine qui la précédait de plus d’un an, a nécessité 8 ans de construction… mais Dampierre 4 a été construite en 4 ans, grâce à ce fameux effet de série.

2 – EDF avait choisi trois cibles principales à son action internationale : L’Italie, les États-Unis et le Royaume Uni. Après Fukushima et l’irruption du gaz de schiste, seul reste Hinkley Point. Si on persiste à faire lanterner les Anglais, ceux-ci trouveront d’autres volontaires pour réaliser le projet aux conditions négociées par EDF, et c’en sera fini de l’ambition internationale du nucléaire français.

En l’absence de programme domestique et international, nous perdrons vite toute compétence, et quand il s’agira, après l’extension de leur durée de vie, de remplacer nos centrales nucléaires, nous n’aurons que le choix d’acheter Russe ou Chinois…

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