lundi 25 avril 2016

Les guerres de Bourgogne (1474-1477): Comment les pâtres suisses ont vaincu Charles le Téméraire

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Hervé de Weck
24/04/2016

Commentaire: 
Ce que l'on a fait une fois peut-être refait: Défendons nos  territoires contre les envahisseurs éoliens.

Objectif ZÉRO éolienne et BASTA!

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Les guerres de Bourgogne (1474-1476) constituent un tournant dans l'Histoire de l'Europe et celle de la Suisse. D'une exceptionnelle violence, même pour l'époque, elles mettent aux prises les soldats-paysans de la Confédération et les mercenaires lombards du duc Charles le Téméraire.


Elles vont entraîner la chute de l'État bourguignon et renforcer la monarchie française ainsi que la place des Habsbourg en Europe. Elles vont aussi pour quelque temps faire de la Confédération suisse une grande puissance militaire européenne, dont les piquiers seront aussi redoutés que les archers anglais et les janissaires turcs.




Berne et la Confédération suisse
En cette fin de Moyen Âge, la Confédération comprend huit cantons : Uri, Schwytz, Unterwald, Lucerne, Zurich, Zoug, Glaris, Berne (26 cantons aujourd’hui). C’est un faisceau d'alliances entre petits États souverains, auxquels s'ajoutent des pays alliés, des pays sujets et des bailliages communs.

Mais la Confédération demeure fragile et cherche des partenaires extérieurs. À Berne, il y a un parti pro-bourguignon emmené par Adrien de Bubenberg, un ami personnel du duc Charles Le Téméraire, et un parti pro-français, emmené par Nicolas de Diesbach, qui finit par s’imposer.





Charles le Téméraire, qui a succédé en 1467 à son père Philippe le Bon à la tête du duché de Bourgogne, signe en 1469 avec le duc Sigismond d’Autriche le traité de Saint-Omer par lequel il reçoit en gage des territoires en Forêt Noire et en Haute-Alsace.

Berne voit ses ambitions contrariées par l'installation en Haute-Alsace de l'administration bourguignonne.

Désireuse de repousser cet encombrant voisin, elle arrange un compromis entre la Confédération et le duc d'Autriche par lequel celui-ci renonce définitivement à ses possessions sur la rive gauche du Rhin, entre autres l'Argovie et la Thurgovie.

C’est la fin de deux siècles d’hostilité entre Suisses et Habsbourg.

Le roi de France Louis XI verse alors une somme importante aux cantons pour leur armement afin de leur permettre de combattre son arrogant vassal bourguignon.


Les armées en présence
Dans l’armée bourguignonne, le recrutement est largement ouvert à des mercenaires étrangers, surtout des Italiens que l’on appelle tous Lombards. Ils forment à peu près la moitié des effectifs.

Sa cavalerie est de premier ordre et l'on peut penser qu'elle viendra facilement à bout des Suisses. L’artillerie, la plus moderne de l’époque, constitue une sorte de forteresse mobile sur le champ de bataille. Elle comprend quelque 300 pièces, sans compter les arquebuses et les couleuvrines.

Quant aux Confédérés, ils doivent leurs succès à l’utilisation de la pique et de la hallebarde. La pique, d’une longueur de six mètres, se révèle performante contre les charges de cavalerie.

Les soldats-paysans suisses sont d'autant plus craints qu'ils ne pratiquent pas la guerre à la façon des chevaliers féodaux ou des condottiere italiens. Ils ne soucient pas de faire des prisonniers et tuent à tout va leurs ennemis, sans égard pour la rançon qu'ils pourraient en tirer.


Mise en bouche
Le 25 octobre 1474, quatre jours après leur alliance avec Louis XI, les Confédérés déclarent la guerre à Charles le Téméraire.

Mais celui-ci, entre temps, a eu la mauvaise idée de répondre à un appel à l'aide de l'évêque de Cologne et il s'est engagé dans l'interminable siège de la ville de Neuss, près de Düsseldorf. Il ne peut donc pas aller au-devant des Confédérés, ce « peuple de bouviers » ainsi qu'il les qualifie avec mépris.

Sans l'attendre, 18 000 Confédérés accompagnés de contingents autrichiens et alsaciens marchent contre la Franche-Comté. Ils surprennent les Bourguignons à Héricourt le 23 novembre 1474, leur infligeant au moins 4 000 morts.

Au retour du printemps, en avril 1475, les Bernois partent en campagne dans le Pays de Vaud, alors dépendance du duché de Savoie. Leur brutalité et leurs pillages dépassent les normes de l’époque, ce qui n’est pas peu dire !





La bataille de Grandson
Décidé à reprendre la main, Charles le Téméraire se jette enfin dans la guerre à l’automne 1475. Il envahit la Lorraine et occupe Nancy le 30 novembre 1475 dans le but de réunir en un seul tenant ses possessions bourguignonnes et ses possessions flamandes.

Puis, en janvier 1476, il se retourne contre les Suisses. En grand équipage, avec plusieurs dizaines de milliers d'hommes et toute sa maison, sa vaisselle d'argent, les archives de sa chancellerie et son trésor, il franchit le Jura par le col de Jougne enneigé, arrive à Orbe et prend la route de Neuchâtel. Le duc veut s’assurer le passage vers Berne et Bâle.

Sur cet axe, un seul verrou sérieux: Grandson, à l'extrémité occidentale du lac de Neuchâtel. Il prend d’assaut la ville après huit jours de siège. Le 28 février, maître du château, il fait massacrer la garnison, pas moins de 400 hommes, malgré la promesse de leur laisser la vie sauve.

Le crime suscite l’ire des Confédérés qui, pourtant, n'ont guère de leçon d'humanité à donner à quiconque ! À l'appel des Bernois, près de 20 000 hommes se rassemblent à Neuchâtel, se dirigent sur Grandson et, bien qu'en infériorité numérique, attaquent le camp fortifié du duc.

Le 2 mars 1476, la bataille s'engage. Charles le Téméraire veut attirer les assaillants dans la plaine pour mieux les écraser. À cet effet, il demande à son avant-garde de se déplacer. Par une malchance inouïe, ses autres corps d'armée croient à une retraite. C'est aussitôt la débandade. Les Bourguignons abandonnent sur place leur artillerie et un fabuleux butin.

Charles le Téméraire ne se laisse pas abattre. Il reconstitue son armée puis se dirige sur Morat, ancienne possession savoyarde occupée par Berne. Il commence le siège de la ville le 9 juin avec 30 000 soldats. Mais le 22 juin, les Confédérés attaquent les Bourguignons. Le choc entre fantassins suisses et cavaliers bourguignons se dénoue en une heure et se solde par cinq heures d'épouvante au cours desquelles les vainqueurs massacrent leurs prisonniers en représailles du massacre de Grandson.

Cette fois-ci, celui que l'on désignait comme le « Grand-Duc du Ponant » (Grand Duc d'Occident) ne peut plus dissimuler l'ampleur de la défaite et de l'humiliation.

Charles le Téméraire, dès lors, se détourne des Suisses et dans l'urgence, s'emploie à reconquérir la ville de Nancy, reprise entre temps par les armées du duc de Lorraine René II. En grande infériorité numérique, il engage néanmoins le combat et meurt dans la mêlée le 5 janvier 1477.

C'est la fin de la Bourgogne ducale. Il s'ensuit cette formule laconique connue de tous les écoliers suisses : « Charles le Téméraire perdit à Grandson le bien (sa fortune matérielle), à Morat le courage (à la suite de la destruction de son armée), à Nancy la vie ».


Hervé de Weck est citoyen suisse, historien et colonel de milice des troupes mécanisées. Officier de renseignement dirigeant du corps d'armée de campagne 1 (1992-2003). Responsable des publications de la Société jurassienne des officiers et de la Commission suisse d’histoire militaire. Secrétaire général adjoint et trésorier de la Commission internationale d'histoire militaire (1980-2005). Rédacteur en chef de la Revue militaire suisse (1991-2006).

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