dimanche 13 novembre 2016

USA: Voyage dans les Plaines, au temps des Indiens / 4




Quand ils étaient seuls sur la terre, ils se nommaient eux-mêmes.
(Cheyennes) Les Hommes,
(Pawnees) Les Plus Hommes des Hommes,
(Lenapes) Les Hommes Vrais,
(Apaches) Le Peuple,
(Hopis) Le Peuple Pacifique,
(Arapahos) Notre Peuple,
(Mandans) Le Peuple sur la Rive,
(Winnebagos) Le Peuple de l'Eau Boueuse,
(Cherokees) Le Peuple des Cavernes,
(Sauks) Le Peuple de la Terre Jaune,
(Foxes Le Peuple de la Terre Rouge,
(Tetons) Ceux-qui-habitent-la-Prairie,
(Hunkpapas) Ceux-qui-campent-à-l'entrée,
(Kiowas) Ceux-qui-sortent,
(Iowas) Ceux-qui-dorment,
(Omahas) Ceux-qui-vont-contre-le-vent,

Quand ils ne furent plus seuls, les Blancs, les marchands, les trappeurs, les voyageurs, les jésuites les nommèrent.
Parfois ils les nommèrent d'un trait jugé distinctif. (...)
Parfois ils les nommèrent en déformant le nom que leur donnaient leurs ennemis. (...)

Qu'ont pensé les élégants guerriers Crows (corbeaux) de leur surnom : "Les Beaux Brummels de la Prairie" ? 

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Précédents épisodes
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Image du Blog indianland.centerblog.net
carte de la situation géographique des tribus (http://indianland.centerblog.net)

 Cérémonies et système de croyances 

Parmi les facteurs qui contribuèrent à façonner les métaphysiques de ces Indiens, les Grandes Plaines elles-mêmes furent l'un des plus importants, des plus déterminants. Décor envoûtant, ces étendues herbeuses balayées par le vent, pratiquement dépourvues d'arbres, semi-arides, chaudes en été et froides en hiver, ondulaient à perte de vue; elles évoquaient le grand large, un panorama de mer, de ciel et de nuages éternellement changeants. En 1850, Thomas Tibbles, un éclaireur de l'armée américaine, écrivait : «On n'a jamais vu un pays aussi beau». George Catlin, qui parcourut les Grandes Plaines pour recueillir des informations sur les modes de vie et les coutumes des Indiens, expliquait qu'il s'agissait d'un «endroit à propos duquel l'esprit peut imaginer des volumes entiers; mais la langue qui veut en parler demeure muette, et la main qui veut écrire à son sujet reste paralysée».


Les Indiens qui y vivaient ne considéraient pas les Grandes Plaines comme un endroit à part. Ils n'envisageaient pas non plus cette vaste région (du bassin de la Saskatchewan (Canada), au nord, à la vallée du Rio Grande, au sud, aux prairies du Minnesota et de l'Iowa, à l'est, jusqu'aux contreforts des Montagnes Rocheuses, à l'ouest) comme une entité identifiable, car leur représentation de l'univers n'avait que faire des définitions géographiques et des délimitations précises. Ils voyaient cette terre magnifique sous les traits d'une femme donneuse de vie – la Terre Mère – qui leur fournissait ce qu'ils avaient besoin, leur offrait la possibilité de bien vivre, et contribuait à leur bonheur. «J'aime la terre et le bison» disait Ten Bears, un leader comanche, en 1867. «J'aime parcourir la vaste prairie, et ce faisant je me sens libre et heureux». Les Indiens des Plaines avaient inclus dans leurs cosmologies le concept d'une harmonie existant entre les humains, les animaux et leur environnement. Ils acceptaient l'idée d'une interconnexion de tous les phénomènes, visibles et invisibles, et à leurs yeux, toutes les créatures étaient fondamentalement égales. Leur conception du monde était holiste. Ils pensaient qu'en chaque être animal, chaque être végétal, chaque objet naturel et chaque pouvoir inconnu, il existait une vie consciente, une âme. Leurs cosmologies excluaient toute idée d'une approbation du sol (la Terre-Mère ne pouvait être ni partagée ni possédée) et ignorait le besoin d'épargner pour l'avenir et ils avaient une attitude désinvolte (selon nos critères) vis-à-vis du temps, car celui-ci les concernait peu. Le moment où le soleil se lève, le moment où il est le plus haut, le moment où il se couche, étaient les seules divisions du jour qu'avaient les Indiens des Plaines. En accord avec la nature, ses cycles et ses rythmes, c'est elle qui décidait quand il était temps de chasser, de planter, de cueillir les baies. Par exemple, chez les Lakotas juillet était désigné par «lune des merises rouges"» et janvier se traduisait par «lune du gel dans les tipis».

Leur intense vie spirituelle façonnait leurs esprits et influençait leurs mode de raisonnement. En fait, la spiritualité était une composante naturelle de l'activité économique, des activités sociales, des actions individuelles, de l'éducation des enfants, de l'art de la guerre, des pratiques de guérison, de l'inspiration artistique et des thèmes décoratifs, et elle fournissait une explication aux phénomènes extraordinaires. Les Indiens des Plaines transformaient de simples tâches quotidiennes en rites, rituels, et l'aide d'offrandes de nourriture, de tabac, d'ornements, de petites mèches de cheveux, voire même de lambeaux de leur propre chair. Existait-il des Indiens des Plaines athées? La spiritualité était omniprésente. Ils l'honoraient dans son entier, y compris la terre et les rochers, les animaux et les plantes, les éclairs et le tonnerre, et ils croyaient que toute perturbation de cet environnement provoquait une rupture de l'harmonie culturelle. Ainsi, Rainy Mountain, une butte du sud des Plaines, était sacrée pour les Kiowas, et Bear Butte, située sur la bordure nord-est des Blacks Hills, était l'objet de la même vénération de la part des Cheyennes et des Lakotas.

La grande majorité des Indiens des Plaines croyaient en l'existence d'un être surnaturel principal, Le-Très-Saint-Qui-Est-Là-Haut, un créateur céleste, omniscient et tout puissant, qui insufflait un pouvoir sacré en chaque élément de la vie. Si les Blancs l'appelaient souvent le Grand Esprit, les Indiens donnaient des noms différents à cette force créatrice :

·         Cheyennes :  Maheo (ou Heamawihio)
·         Lakotas : Wakan Tanka, le Grand Mystère
·         Pawnees : Tirawa («cette étendue»)

Dans plusieurs communautés, par exemple, le ciel, la lune, le soleil et la terre n'étaient qu'une partie du Très-Saint-Qui-Est-Là-haut, dans d'autres, ils étaient eux-mêmes des esprits importants. Beaucoup de peuples des Plaines distinguaient souvent deux sortes d'esprits, bénéfiques ou maléfiques. Chez les Lakotas, les principales puissances étaient Wi, le soleil, et Skar, le ciel, considérés comme des esprits masculins. Maka, un esprit féminin, était la Terre. Au-dessous de ces esprits supérieurs, il existait une foule d'esprits secondaires, dont les Vents des quatre directions, la Lune, l'Ours, le Tonnerre, la Tornade, etc. Les pratiques religieuses incluaient souvent l'usage de huttes à sudation purificatrices, d'autels spécifiques, de pipes sacrées, de peintures corporelles et faciales symboliques, de la musique et de la danse, de l'imitation ou de la personnification des évènements ou des esprits. Des cérémonies associées aux mouvements du soleil et des étoiles étaient célébrées à la saison appropriée. Pour tous les Indiens des Plaines, les points cardinaux, le chiffre quatre et le cercle ou cerceau étaient sacrés.

·         Le cercle.

Symbolisait l'harmonie naturelle. «Le pouvoir du monde se manifeste toujours en cercle, disait Black Elk (Élan Noir), et tout s'efforce d'être rond (…). [Il n'y a pas de] pouvoir dans un carré». C'est pourquoi de nombreux groupes tribaux disposaient en cercle leurs tipis à base circulaire, et s'asseyaient en rond pour les cérémonies importantes. On trouve dans le Nord-Ouest des Plaines des centaines de sites cérémoniels constitués de cercles de pierres, associés parfois à des évènements astronomiques tels que les solstice d'été, et appelés médecine wheels (roues-médecine).


·         Le nombre quatre.

Symbolisait également l'harmonie naturelle. Il y avait les quatre saisons, les quatre âges de la vie humaine (petite enfance, enfance, âge adulte, vieillesse), quatre éléments au-dessus de la terre (soleil, lune, étoiles, et ciel), etc. Ainsi, les Indiens des Plaines croyaient qu'ils devaient faire le plus de choses possibles par quatre.

·         Le bain purificateur. 

Qui était une cérémonie en lui-même, était très important. On se rendait presque nu dans une hutte minuscule, faite d'une structure en branches de saule recouverte de peaux. Une fois enfermé à l'intérieur, on versait doucement de l'eau sur des pierres chauffées à blanc, on respirait la vapeur, on brûlait de «l'herbe douce», la sweet grass, on fumait la pipe sacrée, on priait et on espérait recevoir une vision. Avant de quitter la hutte, on se frictionnait avec de la sauge et on s'aspergeait d'eau froide, ou on sautait dans le ruisseau voisin. Parfois, plusieurs personnes, hommes et femmes, s'entassaient dans la hutte à sudation.

Le tabac jouait un rôle dans les rites. Les Indiens des Plaines le mélangeaient, par économie car rare, avec d'autres herbes. Ce mélange appelé «kinnikinnick», était composé de tabac, d'écorce de saule séchée, de feuilles de raisin d'ours (herbe du Nord des Plaines, Torresia odorata, c'est la chevelure de la Terre notre Mère), de feuilles séchées de sumac, de peuplier, de plantes aromatiques, et probablement de marijuana. Les Pieds-Noirs, les Sarsis, et les Crows, cultivaient le tabac. Les Cheyennes s'adonnaient encore à sa culture en 1802. Fumer la pipe était souvent un acte sacré et cérémoniel, associé à diverses formes de pouvoirs. Selon un négociant blanc, fumer le pipe était «L'introduction à toute discussion importante, et l'on ne pouvait pas commencer avec les Indiens avant que cette cérémonie de fumerie ne soit terminée». Chez les Comanches, par cette cérémonie, le fumeur faisait soit une prière pour obtenir un certain pouvoir, soit un serment, soit un engagement moral, ou soit une promesse. Pour l'essentiel, fumer était une activité réservée aux hommes. En revanche, ils ne découvrirent l'usage de chiquer le tabac que sur les réserves.

Ils utilisaient des pipes avec un fourneau creusé dans une pierre tendre telle que la stéatite noire ou une autre variété de stéatite appelée catlinite rouge, du nom de George Catlin qui eut l'occasion de visiter la carrière de pierre à pipe sacrée, dans le Sud du Minnesota. Les Yanktons contrôlant le site, ils avaient l'exclusivité du commerce de cette pierre rouge. Par la suite, au contact des Blancs, ils se procurèrent des fourneaux en cuivre, en fer forgé, en bruyère et en magnésite, ou «écume de mer».     Les tuyaux étaient en bois de frêne, de saule ou de peuplier.

Les calumets étaient des pipes encore plus élaborées, rarement destinées à être utilisées pour fumer vraiment. Les Indiens des Plaines les fabriquaient souvent par paires, et beaucoup de groupes s'en servaient quand ils négociaient des traités de paix. Les Omahas utilisaient des calumets pour certains rites d'adoption et certaines danses. Les Arapahos du Nord, les Pieds-Noirs, les Lakotas et d'autres se servaient de calumets lors de cérémonies sacrées. Habituellement, les deux parties étaient séparées et assemblées solennellement, qu'au moment de servir.

La religion des Comanches était dépourvue de la plupart de ritualisme très élaboré qui caractérisait celles des autres groupes tribaux. Une différence que l'histoire peut expliquer en partie. Les Comanches venaient du Grand Bassin, apportant avec eux les traditions religieuses de cette région, alors que la plupart des autre peuples des Plaines étaient arrivés des forêts de l' Est avec les traditions religieuses propres à leur région. Dans beaucoup de tribus, chamanes et/ou prêtres dominaient l'activité religieuse; dans d'autres, ils ne jouaient un rôle clé que lors de la célébration des rituels majeurs et des activités de renouveau tribal. Il existait également quelques différences significatives entre les façons dont les peuples d'horticulteurs et les peuples de chasseurs abordaient les pratiques religieuses. Chez les peuples des villages de l' Est, où les individus n'étaient jamais coupés longtemps de la vie de leur communauté, les activités religieuses étaient plutôt publiques et collectives. En général, le système spirituel des horticulteurs se caractérisait par son ritualisme; il conférait à la tribu son identité, et donnait à la culture tribale tout son sens; mais les différences existaient entre les peuples parlant des langues siouennes, dont les traditions avaient des liens anciens avec les traditions Oneotas, et les peuples parlant des langues caddoennes, dont les religions s'inspiraient des traditions mississipiennes. Les prêtres, à distinguer des chamanes (guides spirituels, saints hommes), devinrent très nombreux chez ces peuples, et dans quelques villages, ils finirent par dominer non seulement les activités spirituelles, mais aussi les affaires temporelles. La religion Pawnee, par exemple, entretenait un clergé considérable et souvent héréditaire.

Chez les peuples nomades, les pratiques religieuses reflétaient une adaptation au cycle des saisons. Ayant réglé leurs rituels et cérémonies sur les déplacements des bisons, ils célébraient des cérémonies communautaires au début de l'été, quand l'abondance de l'herbe permettait des rassemblements importants. Le reste de l'année, dispersés en petits campements, ils favorisaient les pratiques individuelles. C'est pourquoi la religion des peuples nomades était essentiellement individualiste. Chez les Comanches, par exemple, l'accent était mis sur les pratiques permettant de s'attirer les faveurs des puissances du monde des esprits. Les Comanches avaient des chamanes mais, au contraire des Pawnees, ils n'avaient ni dogme, ni clergé susceptible de formuler une liturgie systématique ou une cosmologie cohérente.

Les esprits qui venaient en aide aux quêteurs de vision prenaient divers aspects.  Le bison, le wapiti, l'ours, l'aigle, le faucon, le chien et le lapin servaient fréquemment d'esprit gardien. Des objets inanimés, des phénomènes naturels, des évènements et des créatures fantastiques à l'aspect plus ou moins humain (des manitous) apparaissaient également en tant qu'esprit gardien dans certaines visions. Après avoir eu la révélation, le quêteur fabriquait un sac sacré (ou sac-médecine) en peau, et plaçait dans ce sac des objets, fétiches et symboles matériels que sa vision lui avait commandé de réunir. Un sac sacré Pawnee pouvait contenir une pipe, du tabac, des peintures, des oiseaux et du maïs. Dans un sac comanche, on pouvait trouver une poignée de «sweet grass», d'autres herbes, des serres d'un oiseau de proie, une queue de cerf, de petites pierres, le cartilage d'un museau d'un ours et du castoréum. Les villages, les fraternités, parfois les tribus elles-mêmes, possédaient aussi des sacs sacrés. Chez les Mandans, tous les sacs sacrés, individuels, fraternels ou tribaux étaient propriétés privées. Leurs propriétaires pouvaient les vendre ou  transmettre leurs pouvoirs. Chaque sac contenait un crâne de bison en plus de divers objets, et possédait sa tradition et son chant secrets, mais rituels. Type de grands sacs tribaux : le sac de la Pipe Sacrée des Pieds-Noirs, le sac de l'Étoile du Matin des Skidis Pawnees, le sac des Flèches-Médecine et le sac de la Coiffure de Bison Sacrée des Cheyennes, le sac de la Pipe Plate et le sac des Roues-Médecine Sacrées des Arapahos, le sac de l' Okipa des Mandans.

Organisée tous les deux ou trois ans par les Skidis Pawnees, la cérémonie de l' Étoile du Matin était encore célébrée dans le courant du XIXe siècle, jusqu'à ce que les pressions exercées par les Blancs et les efforts d'un jeune leader skidi nommé Pelatasharo [Man Chief] réussissent à obtenir l'abandon de cette pratique qui représentait l'un des quelques exemples de sacrifices humains accomplis au nord du Mexique (plutôt jeune captive que jeune captif, treize ans environ), pour le renouveau de la terre et du peuple pawnee.  La cérémonie durait quatre jours pendant lesquels, la captive était traitée comme une reine. Puis, montée sur une plate forme, regardant vers l' Est, un guerrier lui décochait une flèche en plein cœur, puis un prêtre lui ouvrait la poitrine et se barbouillait le visage et le corps avec son sang. Enfin, le reste de la communauté criblait le corps de flèches. Les leaders emportaient le corps pour s'en débarrasser et les festivités pouvaient commencer. 

Parmi les multiples rituels et les nombreuses cérémonies des Indiens des Plaines, la danse du Soleil était la plus célèbre. Élaborée après 1700 par les Arapahos ou les Cheyennes, et probablement copiée sur l'Okipa des Mandans, elle se répandit rapidement après 1750, devenant la «plus magnifique de toutes» les célébrations spirituelles des Indiens des Plaines. Interdite par le gouvernement des États-Unis en 1881, elle avait pratiquement disparu à la fin du XIXe siècle, au moment où les Utes et les Shoshones adoptèrent certains de ses éléments, mais en modifiant son but et sa pratique. Avant 1934, date à laquelle le gouvernement fédéral leva son interdiction, la danse du Soleil était devenue moitié powwow, moitié kermesse annuelle.

Ce rite spectaculaire, habituellement annuel, était une cérémonie communautaire complexe, fortement inspirée par la mythologie, avec chanteurs, danseurs, musiciens et spectateurs. Des membres du groupe tribal, qui projetaient de venger un mort, de conduire une chasse fructueuse, de garantir l'abondance des bisons, d'assurer la richesse et le bonheur de leur communauté, décidaient de participer à la danse du Soleil. Ces hommes dansaient jour et nuit, pendant un, deux, trois ou quatre jours, accompagnés par des batteurs de tambours et de chanteurs. Ils subissaient en parallèle des épreuves allant du jeûne à l'automutilation, afin de favoriser la réussite de leur quête de pouvoir, de bonne santé, de succès ou de bien-être général. Mandans, Wichitas et Tonkawas ne la célébraient pas, mais certains de ses éléments apparaissaient  chez les Omahas et les Pawnees. Arikaras, Assiniboines, Pieds-Noirs, Crows, Gros-Ventres, Hidatsas, Kiowas, Apaches Kiowas, Crees des Plaines, Poncas, Sarsis, Shoshones de l'Est, Yanktons, Yanktonais, Santees et quelques Ojibwés des Plaines la célébraient et les Comanches la célébrèrent au moins une fois (en 1874). Elle atteignit son plus haut degré d'élaboration chez les Arapahos, les Cheyennes et les Lakotas. 

Finalement, la danse du Regard Fixé sur le Soleil commençait. Les aides du guide spirituel pratiquaient des incisions dans le dos, la poitrine et les jambes des danseurs, puis utilisaient ces incisions pour insérer des broches en bois sous la peau. Selon le choix du danseur, des lanières de cuir cru reliaient les deux extrémités des broches soit à des crânes de bison qu'il devait traîner sur le sol, soit au mât cérémoniel, auquel il pouvait être suspendu. De cette façon, quand un homme «faisait don de son corps ou de sa chair, il offrait la seule chose qui lui appartenait vraiment» (Chased by Bears, un Santee-Yanktonais). Durant toute la danse, les participants ne cessaient de regarder fixement le soleil et de souffler dans leurs sifflets en os d'aigle. Interrompue seulement par des pauses très brèves,  la danse durait des heures et des heures, se prolongent parfois tard dans la nuit. Elle atteignait son maximum quand les danseurs, tirant de plus en plus fort sur les lanières et les broches, finissaient par se libérer en déchirant leurs chairs. Ceux qui y parvenaient en retiraient un grand prestige. Les autres, ayant perdu connaissance, étaient aidés par des parentes.

Tous les peuples des Plaines qui pratiquaient la danse du Soleil croyaient que les souffrances endurées, les sacrifices consentis et les supplications proférées au cours de cette cérémonie étaient d'excellents investissements puisque, grâce à eux, la communauté toute entière pouvait espérer obtenir en retour bonne santé, fertilité et subsistance. 

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Portrait de « Nuage rouge », chef indien Sioux dans le Dakota du Sud, USA,

29 Décembre 1890

Commerce et diplomatie

Pendant des siècles avant l'arrivée des Européens, les tribus des Grandes Plaines avaient échangé des marchandises avec les peuples vivant en bordure de cette région. Des routes commerciales traversaient les Plaines suivant les cours d'eau et allaient d'un village d'horticulteurs à l'autre. En 1523, des tribus du Sud, nomadisaient à pied, fréquentaient les villages des Indiens Pueblos du Sud-Ouest, et dans le Nord, les villages d'horticulteurs de la vallée du Missouri attiraient les peuples de chasseurs. L'apparition et la diffusion des marchandises d'origine européenne, des chevaux et des armes à feu, et l'arrivée de nouvelles tribus sur les Plaines, surtout après 1700, modifièrent les vieux systèmes commerciaux et altérèrent la dynamique des relations intertribales. Les routes commerciales ne changèrent pratiquement pas mais, grâce au cheval, les peuples des Plaines devinrent plus mobiles, cherchèrent à agrandir leur territoire et empiétèrent de plus en plus sur celui de leurs voisins, ce qui les conduisit à développer de nouvelles solidarités militaires chargées d'assurer la protection et la défense de la communauté en d'agressions préventives. A la fin du XVIIIe siècle, les Crees des Plaines et les Assiniboines, disposant de chevaux, cessèrent de jouer les intermédiaires dans la traite des fourrures, au Canada, pour devenir des cavaliers nomades et des chasseurs de bisons.

Les contacts avec les Européens, qui au début, étaient surtout des Français et des Espagnols, provoquèrent de nouvelles alliances et de nouvelles rivalités. Les Français développèrent  leurs activités pour répondre à une demande croissante de fourrure sur le marché européen. Principales fourrures recherchées : le castor «voyageur» et «coureur des bois». En échange, ils offraient des pièges, des vêtements, des perles, de l'alcool et une grande variété d'autres marchandises d'origine européenne (armes à feu, pemmican et diverses denrées alimentaires). Pour certains groupes tribaux du Nord, la chasse au bison, devint une activité commerciale destinée à fournir de la viande séchée aux négociants, d'abord français et puis anglais. Les Espagnols n'étaient pas seulement mus par des motifs économiques, mais par la volonté de convertir les Indiens, de les éduquer et de les intégrer au système colonial espagnol par un processus de «missionnisation». Ils invitaient ou contraignaient les Indiens du Sud des Plaines à s'installer autour des missions sur des terres agricoles ou dans des villages à l'européenne. Étroitement surveillé, le système était moins lucratif pour les Indiens. Comme l'interdiction de l'usage de l'alcool comme monnaie d'échange, la limitation des armes à feu et des munitions. C'est pourquoi certains groupes tribaux du Sud en vinrent à vivre des raids perpétrés contre les villages et les ranchs des colons espagnols.

Basée sur un besoin mutuel, la traite des fourrures régissait les rapports entre le Nord et l' Est des Plaines. Les Indiens apportaient des peaux de castor, bien sûr, mais aussi du maïs, du pemmican, du riz sauvage, des peaux de bison et de cerf, et ils recevaient en retour des pièges, des armes à feu, de la poudre et des balles, des tissus et autres marchandises. Les Français puis les employés de la Compagnie du Nord-Ouest leur fournissaient de grandes quantités d'alcool coupé d' eau, mélange que les traiteurs anglophones appelaient «Blackfoot rum» [rhum pied-noir] : quatre ou cinq litres d'alcool à 180 degrés dilués avec l'eau nécessaire pour finir de remplir un baril d'une trentaine de litres, qui pouvait s'échanger contre trente peaux de castor. Les Indiens étaient d'excellents négociants.  Ils étaient méfiants, refusaient les marchandises de qualité inférieure. Ils mariaient leurs filles à des coureurs de bois, des «voyageurs», négociants, contribuant ainsi au développement d'une importante population de métis qui domine aujourd'hui la vie politique et économique de beaucoup de réserves.

La traite imposa des compromis culturels. Indiens et Européens avaient des conceptions différentes du commerce et du troc. Les Indiens cherchaient un échange équitable, et leurs valeurs, leurs idéaux, leurs principes moraux mettaient l'accent sur la réciprocité et le partage des richesses avec parents et amis. Le partage était une vertu et la redistribution des biens définissaient souvent la position sociale. Les Blancs ne songeaient qu'à faire des profits personnels. L'accumulation de biens et de richesses définissaient, pour eux, la position sociale. Les Indiens trouvaient les Européens bizarres et déraisonnables. Ils refusaient de distribuer ce qu'ils possédaient pourtant en grande quantité et dont les Indiens avaient envie, et ils avaient apparemment un besoin illimité de peaux de bisons et de castors. Pour les Européens, c'était l'inverse. Pourquoi distribuer une grande partie de leur stock? C'était totalement déraisonnable de la part des Indiens de demander cela. Les négociants européens, puis plus tard américains, étaient des Béotiens grossiers et avides pour les Indiens.

Dans les Plaines du Sud, beaucoup de villages wichitas devinrent des centres de traite. Après 1746, quand les fonctionnaires espagnols interdirent aux Comanches l'accès aux poste de traite de Taos et de Santa Fe, dans la haute vallée du Rio Grande, les Comanches se hâtèrent de conclure un accord de paix avec les Wichitas, ce qui leur permis de se procurer des marchandises françaises dans les vallées de l'Arkansas et de la Red River. Vers 1750, lorsque les Wichitas eurent fait la paix avec les Pawnees et contribué à la conclusion d'un accord entre les Pawnees et les Comanches, les activités de leurs villages se développèrent encore. De plus, avec leurs huttes agglutinées derrière leurs palissades percées de meurtrières, ces villages étaient de véritables forteresses. Ainsi, les Wichitas, les Comanches et les Français commercèrent en toute harmonie : des peaux, du suif, de la graisse, des produits agricoles, des chevaux, de la viande séchée et des esclaves captifs contre des marchandises fabriquées en Europe. De leur coté, les Espagnols firent feu de tout bois, s'efforçant de contrôler les Plaines du Sud, d'imposer sa domination aux Nortenos (Nations du Nord)  et de repousser les Français, mais sans succès. Les divers groupes apaches, plus particulièrement les Lipans, empêchaient la création d'établissements espagnols en bordure d'une Apacheria (territoire apache) en perpétuelle expansion. Puis, sous la pression des bandes comanches, les Lipans se déplacèrent vers les territoires revendiqués par le roi d'Espagne, au Texas, bloquant la progression des Espagnols dans cette région, terrorisant leurs missions, attaquant sporadiquement leurs établissements et mobilisant leurs troupes. Enfin, les Comanches ennemis redoutables et plus encore, arrivèrent sur les talons des Lipans et s'avancèrent jusqu'au cœur du Texas. Quand les Espagnols jouèrent un groupe contre un autre, ils subirent des désastres des deux côtés. En 1745, une bande d' Apaches Lipans se rendit à San Antonio pour demander  l'installation d'une mission susceptible de leur offrir une protection contre les incursions des Comanches. Quatre ans plus tard, le traité d' Alamo Plaza officialisa la création d'une telle mission et les Espagnols construisirent en 1757, après quelques retards (emplacement et financement), la mission San Saba de la Santa Cruz (ville de Menard Texas actuellement), en plein cœur de l' Apacheria, associée à un fort (presidio) à proximité. Les Apaches Lipans arrivèrent en grand nombre, mais ils ne restèrent pas très longtemps car l'alliance hispano-apache avait contrarié les Comanches et leurs alliés les Wichitas. Un seul leader lipan, El Chico, manifesta son intention de demeurer à la mission, mais la plupart des autres, dont Casablanca, leur chef suprême, voulaient prendre leur revanche sur les Comanches ou, au contraire, craignaient une attaque. En effet, les Comanches conduit par leur puisant chef Cuerno Verde, et les Wichitas, conduit par Grand Sol, un Taovaya, soumirent les positions espagnoles à des attaques répétées, réduisant encore la capacité de l'Espagne à contrôler le Sud des Grandes Plaines.

A cette époque, la présence française sur les Plaines était déjà considérablement réduite. À cause de la guerre de sept ans (1756-1763), le dernier des grands conflits franco-anglais pour la suprématie coloniale, beaucoup de «voyageurs» et de coureurs de bois avaient quitté les Plaines du Nord et étaient retournés dans l'Est pour participer à la défense du bas-Canada. Aussi, la traite française était fortement moribonde dans le Nord. La fin de la guerre et le traité de Paris allaient lui porter le coup fatal. Dans le Sud, les traiteurs français opérant depuis la Basse-Louisiane poursuivirent leurs activités après 1763, mais sous le contrôle des autorités espagnoles.

Dans les années 1770, l'Espagne s'efforça une fois encore de faire la paix avec les Indiens du Sud des Plaines. En 1779, le gouverneur du Texas négocia un accord avec les Tonkawas et, à leur demande, reconnut El Mocho comme chef suprême. Il eut plus de difficultés avec des leaders lipans comme Roque, El Jojoyoso, Josef Chiquito et Manteca Mucho, qui voulaient combattre les Tonkawas et attaquer les Comanches et les Wichitas qui se présentaient à San Antonio. Les Apaches Lipans chassaient le bison au nord et à l'ouest de la ville, volaient du bétail dans les ranchs espagnols et lançaient des raids contre les campements comanches. Quand les Comanches répliquaient, les Lipans cherchaient à se venger, etc. Finalement, le gouverneur et les Comanches conclure une trêve, à San Antonio en 1785, dit «Traité du Texas». En réalité, ce traité eut peu d'effets, les jeunes guerriers continuant le combat. Le traité du Pecos fut plus durable. En 1786, à Pecos Pueblo, une communauté d'Indiens Pueblos de la haute vallée du Pecos, en bordure des Plaines, Juan Bautista de Anza et Ecueracapa, un chef comanche «distingué tout autant pour son adresse et son intelligence que pour son habilité et sa valeur au combat», négocièrent un accord, mais le conclurent seulement après qu' Ecueracapa  eut assassiné Toro Blanco, leader comanche opposé à la paix. Alliance militaire et commerciale d'une portée considérable, le traité de Pecos instaurait une paix entre les Comanches de l' Ouest et les établissements du Nouveau-Mexique, appelait à une guerre commune contre les Apaches, et autorisait les Espagnols à étudier le tracé d'une route devant relier Santa Fe à San Antonio. Il autorisait également les «comancheros», principalement des Pueblos et des Hispaniques du Nouveau-Mexique, et les «ciboleros», des chasseurs de bison, à parcourir les Plaines avec leurs charrettes à deux roues, tirées par des bœufs, pour commercer et chasser. Les Comanches signèrent un accord de paix en 1790. Cette alliance se consolida quelques années plus tard, quand  Roncon, un leader Kiowa, épousa la fille du chef des Comanches Yamparikas, et cette alliance permit aux Comanches d'accroître leur domination sur les Plaines du Sud.

Entre-temps, dans le Nord, des négociants britanniques avaient occupé plusieurs postes de traite abandonnés par les Français. Les Crees des Plaines et les Assiniboines étant devenus des chasseurs de bison, depuis l'acquisition de chevaux, les négociants avaient été contraints de chercher de nouveaux partenaires, comme les Pieds-Noirs et les Gros-ventres. Un peu plus au sud, dans la moyenne vallée du Missouri, les villages des Hidatsas, des Mandans et des Arikaras étaient devenus des centres de traite importants. Les Lakotas attaquaient fréquemment les villages mandans, et  les Cheyennes venaient de l'ouest pour faire du troc avec les Hidatsas. Les Mandans possédaient peu de chevaux et encore moins d'armes à feu. Le chef Big White Man, appréciait la traite, car elle permettait à son peuple de se doter de fusils et de munitions.

Les raids ennemis n'étaient pas le seul problème auquel étaient confrontés les Indiens des Plaines. Les maladies introduites par les Européens, surtout la variole, la rougeole et la rubéole, causèrent dans le dernier quart du XVIIIe siècle une diminution massive des populations autochtones. La terrible épidémie de variole de 1780-1781 entraîna la mort d'environ deux tiers des Chipewyans, un peuple «de l'orée des forêts» qui avait été le groupe athapascan le plus nombreux et le plus puissant du Canada. Les Crees des Plaines et leurs alliés les Assiniboines, qui ne cessaient de combattre les Pieds-Noirs, profitèrent du lourd tribu payé par ces derniers à la variole pour s'implanter de façon définitive sur les Grandes Plaines.

À la suite de la cession de la Louisiane aux États-Unis par Napoléon Ier, en 1803, des chasseurs-négociants américains firent leurs apparitions sur les Plaines. Dans le Sud, les Comanches et leurs alliés les Wichitas étaient toujours en position dominante. Beaucoup de bandes comanches et wichitas participaient régulièrement à de grands rassemblements de traite qui se tenaient à San Antonio. Toujours en guerre contre les Apaches Lipans, les leaders comanches, dont leur chef  Yzazet, essayaient de maintenir la paix avec les Espagnols. Pourtant, en 1807, les conditions ayant changées, une délégation de leaders wichitas et des Comanches conduits par le chef Cordero se présentèrent à Natchitoches (Louisiane) pour y rencontrer des agents américains et leur faire savoir qu'ils désiraient traiter avec eux. Dans le Nord, les chasseurs-négociants américains trouvèrent les Plaines sous domination des Lakotas et des Pieds-Noirs. Les Lakotas  contrôlaient la plus grande partie de la vallée du Missouri et les accès aux territoires de chasse situés dans le secteur de la haute vallée de la Platte. Les Pieds-Noirs contrôlaient l'accès aux postes de traite britanniques installés sur les Plaines canadiennes, mais aussi ceux de la Compagnie Américaine des Fourrures établies dans la haute vallée du Missouri et les vallées de ses affluents (Fort Union et Fort MacKenzie).

Ce fut le succès de l'expédition (1804-1806) conduite par Meriwether Lewis et William Clark qui ouvrit les Grandes Plaines aux américains. Il en résultat un vif intérêt pour l'Ouest du continent et ses habitants, ainsi que les possibilités de développement économique qu'il offrait.

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Tipis shoshones  à the Wind River Montagnes du Wyoming, photographed by W. H. Jackson, 1870

Pendant plus d'un demi-siècle, scientifiques, chasseurs, trappeurs, négociants, aventuriers, explorateurs, militaires, peintres, enseignants, missionnaires, trafiquants de whisky, etc., parcoururent les Plaines et entretinrent avec les Indiens des relations suivies. Puis, des colons s'établirent sur la bordure orientale des Plaines, d'autres s'avancèrent à l'intérieur même du «Territoire Indien» (créé en 1830, à l'emplacement actuel des États du Nebraska, du Kansas et de l'Oklahoma). Dans un premier temps, les Indiens se montrèrent amicaux, hospitaliers et pacifiques, à quelques exceptions près, mais les conflits et les frictions se multiplièrent au même rythme que l'accroissement de la présence blanche. Quand des troubles se produisaient entre Indiens et Blancs, le gouvernement des États-Unis envoyait des troupes fédérales punir les Indiens, si nécessaire, et impressionner les leaders par l'importance de leurs effectifs et leur puissance de feu.

En 1823, le colonel Henry Leavenworth et 220 hommes de son sixième régiment d'infanterie quittèrent Council Bluffs (Iowa actuel) et remontèrent le Missouri. Des trappeurs avaient été attaqués et stoppés par les Arikaras et avaient perdu 13 hommes. Leavenworth projetait de forcer le passage à travers les villages arikaras situés le long du Missouri, une dizaine de kilomètres en amont du confluent avec la Grand River (Dakota-du-Sud actuel). Négociants et bateliers vinrent renforcer sa troupe et, espérant également porter un mauvais coup aux Arikaras, des guerriers lakotas et yanktons se joignirent à tout ce beau monde. Au mois d' août, 1100 hommes attaquèrent les villages, mais très vite, Leavenworth réussit à convaincre les leaders arikaras de conclure une trêve. Mais cette décision déclencha la colère et la haine des trappeurs, négociants, bateliers et autres, qui incendièrent les villages arikaras, dès que la troupe fédérale eut regagné Council Bluffs. Leavenworth croyait que la valorisation de l'armée américaine passait par l'estime des habitants de ces contrées et non pas par la démonstration de force. Et que, la destruction des villages engendraient de nouveaux troubles. Ses supérieurs (également les trappeurs) craignirent toutefois qu'en l'absence d'une puissante démonstration de force militaire, Arikaras et Lakotas  n'attaquèrent les Blancs traversant la vallée du Missouri.  En conséquence, le colonel Henry Atkinson remonta le Missouri, en 1825, à la tête d'une «commission de paix» forte de 476 hommes et 8 bateaux à quille. Il fit montre de sa force, fit tirer le gros canon transporté sur l'une des embarcations.

Ensuite, il prit part en compagnie de Benjamin O' Fallon, agent des affaires indiennes et plénipotentiaire du gouvernement fédéral, aux conseils réunis par divers groupes tribaux du bassin du Missouri. Atkinson et O'Fallon conclurent successivement neuf traités, autant de déclarations d'amitiés qui affirmaient la nécessité pour les trappeurs d'obtenir une autorisation, prévoyaient la restitution des marchandises volées et l'arrestation  des négociants non américains. Child Chief, pour les Poncas, Black Bear, pour les Yanktons, Little Moon, pour les Cheyennes, Long Hair, pour les Crows, Bloody Hand, pour les Arikaras, Standing Buffalo, pour les Lakotas Oglaglas, Little White Bear, pour les Lakotas Hunkpapas, ainsi que des leaders yanktonais, mandans et hidatsas, signèrent ces traités. Espérant négocier avec les Pieds-Noirs, Atkinson remonta le Missouri (sur plus de 200 kilomètres en amont du confluent avec la Yellowstone) mais, ne réussissant pas à prendre contact avec les leaders, il fît demi-tour. De retour à Fort Atkinson, O' Fallon et lui signèrent des traités avec Only Chief et Big Female, pour les Otos et les Missouris, Bad Chief et Sun Chief, pour les Pawnees, et Big Elk, pour les Omahas.

Au milieu des années 1830, le gouvernement américain avait réussit à étendre son autorité, de manière effective mais avec certaines restrictions, sur bon nombre de peuples des Plaines, horticulteurs et chasseurs. Il y était parvenu en traçant des pistes, en construisant des forts, en menant des opérations militaires et en nommant des commissions de paix, mais également grâce à l'aide de négociants expérimentés. En réponse à ces actions, plusieurs groupes indiens avaient accepté de protéger les routes commerciales et quelques-uns, dont les Santees, avaient même accepté des réductions de leur territoire de chasse.

Le gouvernement américain avait beaucoup plus de mal à contrôler les hostilités entre communautés indienne. Des partis de guerriers se constituaient, lançaient des raids, puis se dispersaient avant même que les agents du Bureau Indien ou les officiers de l' armée n'aient connaissance de leurs existences. Les Comanches, par exemple, qui en signant le traité de Camp Holmes 1835, s'étaient pourtant engagés à ne pas s'en prendre aux groupes indiens de la bordure orientale des Grandes Plaines, lançaient des raids jusqu'au cœur du Texas, encore province mexicaine. Les premiers raids visant des établissements américains, alors que les texans luttaient pour leur indépendance. Au cours de l'un de ces raids les plus destructeurs, survenu en mai 1836, un parti de Comanches et de Kiowas attaqua Parker's Fort, situé à l'est de la rivière Brazos, près de Groesbeck actuellement, tua la plupart des occupants et emmena quelques captifs dont la jeune Cynthia Ann Parker, neuf ans, qui grandit chez les Comanches Quahadas, épousa un futur chef et donna le jour à Quanah, le plus célèbre chef des Comanches. De même, les Lakotas Oglaglas et Brûlés  dans la vallée de la Platte chassèrent les Pawnees. Ils devinrent ainsi, la plus grande menace pour les Américains du Nord des Grandes Plaines, surtout à l'ouest des Blacks Hills.

Mais à la fin des années 1830, l'évènement le plus important du Nord des Grandes Plaines fut le retour des épidémies — principalement, une fois encore, de la variole. Apportée par l'équipage  d'un bateau à vapeur de la Compagnie Américaine des Fourrures qui remontait le Missouri, la maladie frappa en 1837, les Arikaras, les Mandans et les Hidatsas. On estime que les Arikaras et les Hidatsas devaient être alors 4 500 au total. En quelques semaines, plus de la moitié périrent. Quant aux Mandans, estimés à 1 600 ou 1 700, 138 seulement survécurent. Chez les Yanktonais voisins, on recensa 400 décès. Puis remontant le Missouri, l'épidémie balaya tout le Nord jusqu'au Canada : Assiniboines, 4000 morts sur 8000, Pieds-Noirs, dans l'ouest du Montana, 7 à 8 000 morts, Crows, 1 000 décès, la moitié de leur population, etc. Des négociants transportèrent la maladie dans le sud, contaminant les Kansas, les Omahas et les Osages. Enfin, au cours de l'hiver 1839-1840, Kiowas, Apaches Kiowas, Cheyennes, Arapahos et Comanches, furent atteints à leur tour.  1837-1840, est l'une des épidémies la plus importante subit par les Grandes Plaines.

Ces épidémies et l'augmentation de la présence blanche altéraient les dynamiques géopolitiques. Les troupeaux de bisons se déplaçant vers l'ouest et la diminution des territoires de chasse modifièrent les relations. Aussi, de nombreux groupes tribaux conclurent des alliances qui modifièrent les relations intertribales, instaurant la paix pour certains groupes, mais en isolant d'autres qui eurent de plus en plus recours à la protection des troupes fédérales.

Dans le Nord, la puissance grandissante des Lakotas était l'élément déterminant d'un nouvel équilibre des forces. Ils avaient négocié des alliances avec les Cheyennes du Sud (appelés parfois Cheyennes à moitié Sioux), les Cheyennes du Nord et les Arapahos du Nord; puis ils signèrent avec les Yanktonais et plus tard, certains Assiniboines. Durant les années 1840, 7 000 Oglaglas et Brûlés gagnèrent Fort Laramie et la haute vallée de la North Platte, pour se rapprocher des troupeaux. Les Pawnees voulurent récupérer leur territoire, mais affaiblis par les différentes épidémies, ils durent s'enfuir pour éviter les raids de leurs ennemis. Plus tard, le gouvernement américain les obligera à retourner dans la vallée de la rivière Loup, où de nouveau, ils seront les victimes des raids lancés par les Lakotas et les Cheyennes. Les Métis canadiens s'invitaient sur le territoire des Yanktonais (à l'est du Missouri), tuant des milliers de bisons pour leurs peaux qu'ils vendaient aux agents de la Baie d' Hudson. Grâce à l'alliance signée avec les Lakotas, qui les libéraient, les Yanktonais purent résister dans un premier temps, puis finirent par s'opposer aux Métis. Cheyennes et Arapahos, libérés eux aussi  par l'alliance avec les Lakotas, poursuivirent leurs objectifs : maintenir les Pawnees dans les basses vallées de la Platte et de la Loup et se défendre efficacement contre les Crows. De plus, vivant de part et d'autre du cours supérieur de la North Platte, une des principales voie d'accès à l' Extrême-Ouest, Cheyennes et Arapahos avaient un grand besoin de stabilité intertribale pour s'adapter au flux croissant d'immigrants qui traversaient les Plaines. En 1837, 4 000 Assiniboines sur les 8 000 vivants, étaient morts de la variole et les survivants souhaitaient la paix. Plus de guerriers en nombre suffisant pour mener à bien des raids de vengeance ou pour se défendre, Ils finirent par se scinder en deux groupes : un qui fit la paix avec les Yanktonais et l'autre avec les Gros-Ventres, les ennemis héréditaires.

Dans le Sud, les problèmes étaient plus complexes, mais à partir de 1840, les groupes nomades se décidèrent à essayer de faire la paix entre eux. Les Cheyennes du Sud avaient pour but de se procurer davantage de chevaux, d'accéder plus facilement aux territoires de chasse situés au de la rivière Arkansas, de mettre un terme à la guerre qui les opposaient aux Kiowas, depuis 1837, suite à un raid meurtrier kiowa kaitsenko mené par le brillant leader Satank. 48 Cheyennes de la Bow String Society avaient été tué, dévêtu et scalpé. Une année plus tard, cherchant à se venger, un parti de guerriers cheyennes comprenant le jeune Black Kettle (futur chef célèbre) attaqua un grand campement kiowa à Wolf Creek. Les Cheyennes tuèrent une cinquantaine d'hommes et de femmes, mais ne réussirent pas à s'emparer du campement et perdirent deux de leurs leaders, Gray Thunder et Gray Hair, et un certain nombre de guerriers importants. Aussi, faire la paix permettait aux Cheyennes de se procurer des chevaux en commerçant avec les Kiowas, et de lancer des raids contre les Pawnees, leurs ennemis jurés qui, en 1830, s'étaient emparés du sac contenant les flèches sacrées. De leur côté, les Kiowas voulaient pouvoir accéder plus facilement à Bent's Fort, poste de traite situé sur l'Arkansas (Sud-Est du Colorado) en territoire cheyenne. Les Arapahos n'avaient plus très envie de combattre les Kiowas, surtout depuis la dernière épidémie de variole qui, avait décimée leur population. Le désir de paix des Comanches découlait de la menace grandissante de la toute jeune république du Texas (28e État de l'Union en 1845). Les Comanches Penatekas, maîtres des raids fructueux contre le Texas, avaient subi un revers majeur à San Antonio en  mars 1840. 12 leaders penatekas, dont le grand Mugara (Esprit-Qui-Parle) et 53 guerriers, tous avec femmes et enfants, s'étaient présentés dans la capitale texane pour parler de paix. Lors de la réunion avec les autorités texanes, dans la Maison du Conseil (Council House), une violente échauffourée avait éclaté. Les 12 leaders avaient été tués et les Texans avaient capturé la plupart des autres Comanches. Ce fut un choc et un outrage  qui avaient causé une grande tristesse et provoqué des raids de représailles audacieux. Si les Comanches voulaient faire la guerre aux Texans, ils devaient faire la paix avec les Cheyenne. Le résultat fut un grand conseil de paix tenu sur les bords de l'Arkansas, plusieurs kilomètres en amont de Ben's Fort. 5 000 Indiens et plus de  8 000 chevaux se trouvèrent rassemblés là. Les leaders de chacune des tribus (Comanches, Cheyennes, Kiowas Apaches Kiowas) conclurent un pacte d'amitié solide quoiqu'incomplet.

Quelques années plus tard, la guerre entre le Mexique et les États-Unis (1846-1848), puis la ruée vers l'or de la Californie (1849) marquèrent pour les Indiens des Plaines le début d'une période de bouleversements. Quand, en 1846, Stephen Watts Kearny, un officer capable et expérimenté, conduisit ses troupes jusqu'à  Santa Fe, à travers  les Grandes Plaines, les leaders des peuples du Sud furent surpris. Kearny fit halte à Bent's Fort où les Indiens présents purent voir ses 1 700 soldats, ses 20 000 chevaux et mules, ses dizaines de chariots bâchés qui s'étiraient sur plusieurs kilomètres le long de l'Arkansas. Yellow Wolf, le chef cheyenne, et d'autres Indiens s'inquiétèrent en constatant l'énormité de la présence blanche, et en réalisant qu'ils ne pourraient fournir aucune réponse adéquate à ce problème.

Plus au nord, 45 000 émigrants en route vers la Californie empruntèrent la vallée sablonneuse de la Platte au cours de l'été 1849. A la fin de cette migration estivale, la vallée était dénudée et poussiéreuse. Les arbres avaient été coupés, chevaux, mules et bœufs avaient rasé l'herbe. Les milliers de Mormons qui avaient emprunté la rive nord pour gagner le Territoire de l'Utah, avaient encore accru les dévastations.

Toujours plus nombreux, les Blancs faisaient fuir le gibier et détruisaient les sols où les Indiens avaient l'habitude d'extraire des racines comestibles. Au début des années 1850, l'utilisation intensive de la piste de Santa Fe, pour gagner le Nouveau-Mexique, et de la piste de l'Oregon, qui remontait la vallée de la Platte, partageait désormais les Grandes Plaines en trois, perturbant les migrations des troupeaux de bisons, et l'existence des Indiens des Plaines.

Les États-Unis avaient besoin d'une nouvelle politique indienne. Des prairies de l' Ouest du Minnesota aux collines du Centre du Texas, les Blancs s'avançaient en foule vers les Plaines, laissant de moins en moins de place aux Indiens. En outre, les vastes territoires récemment conquis sur le Mexique devaient être colonisés, ce qui signifiaient plus de militaires, de muletiers, de rouliers, de cultivateurs, d'éleveurs traversant les Plaines du Sud ou s'y établissant, et qu'il fallait construire des postes militaires. Divers projets avaient vu le jour dans les années 1840. C'est celui de Luke Lea, commissaire aux Affaires indiennes, qui fut retenu en novembre 1850; il proposait que les peuples nomades des Plaines, «nos tribus les plus sauvages», comme il les appelait, soient «placées là où ils pourraient être contrôlés», sur un territoire permanent «d'étendue limitée, aux frontières bien définies». Le Congrès vota pour ce projet et, en février 1851, l' Indian Appropriation Act entérinait une politique de regroupement et débloquait un budget de 100 000 dollars pour négocier une série de traités.

Thomas Fitzpatrick fut chargé d'appliquer cette nouvelle politique. Connu des Indiens sous le nom de «Broken Hand» (Main Cassée), il invita un grand nombre des peuples de chasseurs de bison à un «grand conseil» près de Fort Laramie (actuellement au Wyoming). À l'été 1851, près de 10 000 Indiens (le plus grand rassemblement connu à ce jour) appartenant à neuf groupes tribaux différents répondirent à cette invitation. Craignant le vol de leurs grands troupeaux de chevaux, Comanches et Kiowas avaient préféré décliner l'invitation.

Pour les Indiens des Plaines, le conseil en lui-même -le fait de se réunir- était l'essentiel, le traité était secondaire. Pour le gouvernement fédéral et ses représentants, c'était au contraire le traité, signé en fin de conseil, qui importait par-dessus tout; le conseil servant uniquement de préliminaire. Pour les Indiens, un conseil devait inclure certains agissements ritualisés : échanger des présents, fumer le calumet. Fumer le calumet, le rituel le plus ordinaire, était une façon de s'engager sur l'honneur à ne dire que la vérité pendant les discussions qui allaient suivre. L'échange de présents, quand à lui, servait de prélude au marchandage. Les Blancs au contraire, comme à Horse Creek, plaçaient sous bonne garde des montagnes de marchandises et s'en servaient pour soudoyer leurs interlocuteurs et précipiter les négociations, car tous les présents n'étaient distribués qu'après la signature du traité. Pour les Indiens, un conseil incluait invariablement des festivités et des danses. Même s'ils trouvaient cela idiot, ou du moins superflu, les représentants des Indiens finissaient par signer le traité, un texte qu'ils ne comprenaient (peut-être) pas et jugeaient (certainement) inutile, mais qu'ils savaient être important pour les Blancs, un rite de Blancs. Plus tard, des changements se produisirent, mais le recours au conseil demeura tout de même une institution diplomatique tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle.

À Horse Creek, les participants signèrent, le 17 septembre 1851, le traité de Fort Laramie. Cet accord reflétait parfaitement la volonté des autorités fédérales de regrouper les Indiens à l'écart des grandes voies de communication et d'établir la paix entre les différents groupes tribaux. Les Indiens reçurent des présents, des primes et des promesses, dont l'engagement de verser une rente annuelle de 50 000 dollars pendant cinquante ans (durée que le Sénat ramena à dix ans). Les 21 leaders, représentant huit groupes tribaux, qui avaient signé le traité, s'étaient engagés à ce que leurs guerriers n'attaquent pas les voyageurs, les convois de chariots et les diligences traversant leurs territoires. Mais, le plus important, était qu'ils avaient accepté que leurs territoires respectifs soient délimités. Les Lakotas avaient obtenu toutes les terres s'étendant au nord de la Platte et à l'ouest du Missouri. Mandans, Gros-Ventres et Arikaras s'étaient vu attribuer des territoires situés à l'est de la basse vallée de la Yellowstone, les Assiniboines devaient s'installer à l'ouest de cette même vallée, et les Crows à l'ouest de la vallée de la Powder. Cheyennes et Arapahos conservaient la partie occidentale des Grandes Plaines s'étendant entre la les rivières North Platte et Arkansas, et les Shoshones obtinrent par la suite des terres dans la région de la Wind River (actuel Wyoming). Pawnees, Omahas, Poncas, Otos et Missouris n'avaient pas été invité s par Fitzpatrick au grand conseil de Fort Laramie. Pour obtenir une paix durable, cette stratégie s'avérait risquée. Ces quatre peuples semi-sédentaires restaient toujours sous la menace de raids perpétrés par les Lakotas.

De plus, les Cheyennes, sous la conduite de leur chef Rides On Clouds, étaient toujours en colère contre les Pawnees, et plus particulièrement des Skidis, menés par leur chef Big Fatty (vol de leurs flèches sacrées survenu en 1830).

En 1853, les Indiens des Plaines du Sud signèrent le traité de Fort Atkinson. Fitzpatrick rencontra les Comanches et leurs alliés, Kiowas et Apaches Kiowas, à Fort Atkinson, sur les bords de l'Arkansas (actuellement Dodge City). L'accord fut signé le 27 juillet, dans de grandes difficultés. Il reprenait sensiblement les mêmes promesses que le traité de Fort Laramie : présents et primes; rente annuelle de 18 000 dollars pendant dix ans; autorisation accordée aux Blancs à emprunter la piste de Santa Fe et délimitation des territoires indiens. Conduits par Shaved Head, les Comanches promirent de rester au sud de la rivière Arkansas. Les Kiowas, conduits par Little Mountain et Satank, leur chef de guerre, et les Apaches Kiowas, conduits par Poor Wolf, acceptèrent de rester dans la région située à proximité de la rivière Arkansas et à l'ouest de la grande boucle, formée par ladite rivière. Tous s'engagèrent également à ne plus effectuer des raids vers le Mexique. Deux ans plus tard, les Pieds-Noirs signèrent avec Isaac Stevens, le gouverneur du Washington Territory, le traité de Judith, qui prévoyait le versement d'une rente annuelle de 20 000 dollars pendant dix ans et 15 000 dollars par an pour instruire les jeunes Pieds-Noirs dans les écoles construites par le gouvernement fédéral. Représentés par Lame Bull, Mountain Chief et Low Horn, pour les Piegans, Feather et White Eagle, pour les Bloods, et Three Bulls, pour les Siksikas, les Pieds-Noirs acceptèrent un territoire restreint autour du cours supérieur du Missouri, dans l'ouest du Montana actuel, l'installation de postes militaires, et le libre passage des voyageurs et des immigrants sur leurs terres. Crows et Shoshones invités, ne s'étaient pas déplacés. Pour les Pieds-Noirs, cette absence des Crows était importante. Seen From Afar, chef des Bloods, craignaient que le traité n'apportent pas la paix entre les Pieds-Noirs et leurs ennemis héréditaires. «Que les jeunes ne soient pas convaincus qu'ils ne devaient pas continuer à guerroyer contre les Crows». Si les leaders les plus âgés étaient désireux d'établir la paix, ils ne pourraient pas réfréner l'esprit de compétition des jeunes guerriers qui, pour améliorer leur position sociale, avaient besoin d'obtenir des succès à la chasse et à l'occasion de raids.

À partir de 1853, George W. Manypenny, le commissaire aux Affaires indiennes, avait commencé à négocier des traités restreignant la superficie des terres allouées à certains groupes tribaux dans le Nord du Territoire Indien (Kansas actuel) ou même prévoyant leur déplacement vers le sud (Oklahoma actuel). Signés avec les Delawares, les Iowas, les Kaskaslias, les Kichapoos, les Missouris, les Otos, les Shawnees, etc. Les «traités Manypenny» les dépouillèrent de six millions d'hectares. Leurs nouvelles réserves totalisant environ six cent mille hectares seulement. Ce fut la liquidation de la partie nord des Territoires Indiens.

Au milieu des années 1850, l'univers des Indiens des Plaines subissaient des changements dramatiques. Dans le Nord, les Ojibwés, chassés de la majeure partie du Wisconsin et du Minnesota, vers les forêts canadiennes du Manitoba, repoussaient les Crees en direction de l'ouest et harcelaient les Métis de la Rivière Rouge. Les quatre divisions des Santees regroupées sur une réserve, située dans la haute vallée de la rivière Minnesota (traité de Traverse des Sioux, 1851), repoussaient les Yanktons et les Yanktonais en direction du Missouri. Plus au sud, des évènements similaires se produisaient. Soumis à la pression des colons blancs, des groupes tribaux semi-sédentaires de l'Est des Plaines empiétaient sur les territoires des nomades de l' Ouest. Devenant de plus en plus difficile de trouver des bisons, de jeunes guerriers lançaient des raids contre leurs ennemis indiens et les Blancs. Ainsi, Pawnees et Lakotas continuèrent de s'affronter férocement et les autorités fédérales réagirent en ordonnant de nouvelles opérations militaires.

Au milieu des années 1850, les Indiens des Plaines se retrouvaient le dos au mur. Affamés et voyant leurs sources de nourriture s'épuiser, assaillis de toutes parts et confrontés à une présence blanche de plus en plus oppressante, mourants et décimés par des maladies mystérieuses, exaspérés, ils parcouraient leurs territoires de chasse, qui rétrécissaient comme une peau de chagrin, sans se soucier des limites, ni des frontières. L'U.S. Army, de plus en plus sollicitée par les colons, ripostait. Il s'en suivit une longue décennie de guerres qui allaient transformer les nomades chasseurs de bisons en résidents sédentaires de réserves gérées par le gouvernement fédéral. 

A suivre...

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