dimanche 16 octobre 2016

USA: Voyage dans les Plaines, au temps des Indiens / 2

Après le premier épisode, http://augustinmassin.blogspot.fr/2016/09/usa-voyage-dans-les-plaines-au-temps.html , repartons auprès des Indiens des Plaines et apprenons-en un peu plus sur leur mode de vie. 
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La culture du cheval et du bison
Chevaux et armes à feu jouèrent le rôle de catalyseur. Il est difficile de déterminer précisément à quelle date les divers groupes indiens devinrent des cavaliers, mais on sait que certaines bandes apaches possédaient des chevaux dès 1630, et peut-être même avant. L'usage du cheval entraîna de changements radicaux. Dans les Plaines du Sud, par exemple, les Kiowas adoptèrent une hiérarchie sociale fondée sur la possession des chevaux, et l'idée de propriété acquit soudain une toute autre signification. Pour beaucoup d'Indiens la transition fut rapide, mais n'alla pas sans heurts. Ainsi, redoutant une dégradation de leur statut social, les femmes cheyennes pourraient avoir résisté au développement d'une culture fondée sur la chasse. Agricultrices et propriétaires de la terre, elles contrôlaient l'essentiel de la production et donc l'économie de leur société, rôle qu'elles perdirent lors du passage à une culture du cheval et du bison dans laquelle les hommes dominaient la production. Les Nez-Percés furent même parmi les rares Indiens à procéder à un élevage sélectif, qui aboutit à la création de la fameuse race de chevaux appaloosa, aisément reconnaissables à sa robe tachetée. En un temps relativement court, les Indiens des Plaines passèrent de la stupeur terrifiée à la vue des premiers chevaux, à une maîtrise totale de l'équitation, et certains en vinrent même à nier qu'il y avait eu un temps où ils ne connaissaient pas le cheval. Les Indiens des Plaines avaient accru la capacité à se rassembler en grand nombre l'été venu, pour chasser le bison ensemble et célébrer certaines cérémonies tribales, puis à se disperser au retour de l'hiver afin de se mettre à l'abri et de disposer des pâturages nécessaires à leurs troupeaux de chevaux. Le cheval avait une importance capitale pour des groupes comme les Commanches, les Kiowas et les Dakotas. À tel point, que certains auteurs considèrent que ces groupes ne devaient pas être considérés comme des chasseurs de bisons, mais plutôt comme des éleveurs de chevaux nomades.



Même si le calendrier des activités dépendaient également d'autres facteurs (migrations des bisons, impératifs spirituels et mythes cosmologiques), de nombreux groupes se scindaient en unités plus restreintes (bande, clan, famille) pendant la majeure partie de l'année pour pouvoir fournir à leurs chevaux le fourrage vert dont ils avaient besoin, surtout l'hiver quand l'herbe se faisait rare. Au début de l'été, lorsque l'herbe était suffisamment haute et abondante pour supporter le pacage intensif des grands troupeaux de chevaux, ils se regroupaient en unités plus importantes (bande, tribu).
Contrairement à ce qui se passait dans d'autres régions où les chevaux étaient la propriété de la communauté-habituellement du clan-, les Indiens des Plaines avaient opté pour la propriété individuelle. Certains marquaient leurs chevaux en leur incisant une oreille. Chacun gardaient ses favoris près de son tipi, et les Mandans les logeaient même à l'intérieur de leurs huttes. De jeunes garçons surveillaient les troupeaux quand ils paissaient loin du campement. Les hommes organisèrent des courses de chevaux avec paris associés. Habituellement, les chevaux n'étaient pas ferrés, mais leurs sabots étaient durcis selon différentes méthodes. Devenus indispensables aux Indiens des Plaines, le cheval devint source de convoitise et d'envie. Aussi, le vol de chevaux devint l'une des principales causes de conflits intertribaux. Chez les Crees, il conférait du prestige. Plus le raid était audacieux, plus on en tirait des honneurs. Les chevaux avaient une grande valeur. Ils étaient un signe extérieur de richesse et de statut social; individus et groupes étaient jugés en fonction de l'importance de leurs troupeaux. Ainsi, les Assiniboines devinrent célèbres en tant que voleurs de chevaux et furent respectés au vue de la grandeur de leurs troupeaux. Mais, en 1830, affaiblis par les années d'affrontement contre les Dakotas et les Pieds-Noirs, ils étaient incapables de se procurer des montures. Chassant à cheval, les Indiens des Plaines pouvaient tuer un peu plus grand nombre de bisons et d'autres animaux qu'à l'accoutumée. Donc, ils pouvaient troquer davantage de peaux avec les négociants contre des couvertures, des perles, des couteaux, des haches, des chaudrons, des fusils et du vermillon pour se peindre le corps. La chasse étant plus facile et plus rapide, les hommes disposaient de plus de temps pour la guerre et la décoration de leurs armes, leurs tipis et leurs vêtements. Moyen de transport, moteur de l'économie, monnaie d'échange, symbole de statut social, le cheval eut une incidence considérable sur les modes de pensée des Indiens des Plaines, et modifia leurs conceptions du monde, leurs pratiques religieuses, leurs moyens et leurs habitudes de subsistance et jusqu'à leurs traditions et leurs idéologies guerrières.


L'importance du cheval dans les nouvelles sociétés indiennes des Plaines était indéniable mais, que dire de la place du bison :
«Pour nous, le bison était plus qu'un animal. Il était la substance même de la vie. Des organisations portaient son nom, et les hommes-médecine comptaient sur ses pouvoirs... On donnait son nom à des enfants... [et] aucun animal n'offrait autant à notre peuple» First Boy, un Assiniboine.


Jusqu'à la fin des années 1830, bisons et Indiens des Plaines vécurent relativement en harmonie (mais pas en équilibre parfait), les Indiens ne tuant que les bisons dont ils avaient besoin. L'usage du cheval transforma la chasse au bison en une sorte de sport. Ce genre de chasse exigeait de l'adresse (diriger sa monture seulement avec les genoux) et du courage (galoper au près du bison, éviter ses coups de corne) et tout jeune Indien des Plaines éprouvait une immense fierté le jour où il tuait son premier bison.


L'hiver, dans le Nord, les chasseurs utilisaient des raquettes. Desservis par leur poids, les bisons s'épuisaient ou s'enlisaient facilement dans la neige. Les Crees aimaient pousser les bisons vers un lac ou une rivière gelée sur lesquels ils glissaient, tombaient et ainsi, devenaient plus vulnérables. À la belle saison, certains jeunes guerriers profitaient de la traversée d'une rivière par un troupeau de bisons, pour le rejoindre à la nage, sauter sur une proie et lui trancher la gorge. Il arrivait qu'un chasseur solitaire, ou deux ou trois d'entre eux revêtent des peaux de bison ou de loup et parviennent ainsi, en rampant contre le vent, à s'approcher à portée de flèche du troupeau sans donner l'éveil.


Les principales chasses étaient des entreprises collectives organisées durant l'été, des évènements tribaux majeurs, précédés et suivis de cérémonies élaborées résultant d'un mélange complexe d'habitudes pratiques et de rituels religieux. Quand les bisons étaient en vue, que les préparatifs étaient terminés et que l'on avait choisi une méthode de chasse, il ne restait plus qu'à passer à l'action. Le crieur, ou héraut, en grande tenue, parcourait le campement à cheval pour annoncer la présence du troupeau. Les membres de la «police» du campement galopaient dans tous les sens, assignant à chacun sa place, et prévenant les mères de famille de surveiller leurs enfants, surtout les garçons un peu trop fougueux. Si le troupeau était signalé loin du campement, une procession se formait sur le champ. Les femmes démontaient les tipis, les transformaient en travois qu'elles chargeaient aussitôt, et prenaient place dans la colonne. Loin devant, les éclaireurs surveillaient la progression du troupeau de bisons. Selon la tribu, venaient en tête de la colonne, ceux qui étaient en charge de la pipe sacrée, les membres du conseil, les porteurs de chemise, les détenteurs du bâton-bison sacré, ou d'autres personnages importants-en tenue d'apparat avec plumes, franges et perles- dont les objets-médecine magiques devaient garantir une chasse fructueuse. Suivaient les leaders tribaux-eux aussi en tenue d'apparat- qui précédaient une cohue de femmes, d'enfants, d'hommes trop malades ou trop âgés pour participer à la chasse, de chiens et de chevaux tirant les travois, tous sous la surveillance de la société des guerriers qui faisait office de «police». Chaque chasseur utilisait une lance et des flèches portant sa marque et sa couleur afin de revendiquer les animaux qu'il avait tués. Après la chasse, le soir venu, un rituel élaboré s'organisait, composé de danses, de chants et d'agapes, et destiné à remercier les esprits et à leur dédier le produit de la chasse. Si le campement de chasse se trouvait en territoire ennemi, le séjour était plus bref et se passait sous haute surveillance (sentinelles et éclaireurs).


Du fait de ces déplacements incessants, les contacts intertribaux s'accrurent à partir des années 1750, favorisant la diffusion de pratiques cérémonielles, de croyances, de particularités sociales et économiques. Comme la puissance et les ressources de certains groupes croissaient alors que d'autres groupes étaient sur le déclin, les alliances se nouaient et se dénouaient, pour des raisons d'ordre défensif ou pour mettre en commun des territoires de chasse. Cette nécessité d'acquérir de nouveaux territoires de chasse pouvait être aussi cause d'affrontements qui pouvaient aller jusqu'à la guerre. Cependant, les Indiens des Plaines ignoraient les conflits prolongés et les armées permanentes, du moins jusqu'au milieu du XIXe siècle. Les batailles rangées entre tribus étaient rares mais, elles existaient. Par exemple, les Lakotas, dès leur arrivée sur les Plaines, chassèrent les Cheyennes des Black Hills. Un demi-siècle plus tard, un millier de guerriers lakotas mis en déroute une bande importante de Pawnees qui chassait le bison le long de la Platte, sous la conduite de Sky Chief. Environ cent cinquante hommes, femmes et enfants furent tués au cours de cette attaque. En revanche, les vengeances personnelles, les questions de gloire et d'honneur individuels, les désirs de se procurer des chevaux provoquaient des affrontements réguliers sporadiques. En conséquence, les peuples des Plaines étaient perpétuellement sur la défensive.


L'art de la guerre changeait avec les années. Il évoluait en fonction des développements, historiques et environnementaux. Au début, les peuples des Plaines combattaient à pied, tribu contre tribu. Deux groupes de guerriers se faisaient face, criant des insultes et décochant des flèches. Il s'en suivait une mêlée générale. Avec l'avènement du cheval, les jeunes guerriers comprirent très vite que de petits groupes pouvaient lancer des raids éclairs contre des campements ou village ennemis, sans espoir de conquête, mais pour voler des chevaux ou se couvrir de gloire. Un jour, Black Chief, un Skidi Pawnee qui avait perdu l'estime de son peuple, se rendit seul jusqu'à un village crow, éloigné de plus de trois cents kilomètres, tua deux hommes, une femme et un enfant, préleva leur scalps, vola un cheval et rentra chez lui. Les scalps et le récit de son expédition lui firent regagner l'estime de son peuple. La guerre des Plaines ne respectait ni sexe, ni âge. Avec la prolifération des armes à feu, les raids vengeurs devinrent de plus en plus risqués et certains peuples (les Crees des Plaines, etc.) y renoncèrent. En revanche, la multiplication des chevaux entraina la multiplication des vols. Ce qui eut pour effet de développer des comportements caractéristiques de l'art de la guerre : perfidie, ruse, méfiance, audace et bien entendu, promptitude à fuir si nécessaire. Un ensemble de cérémonies et de rituels faisaient également parti de ces caractéristiques. Dans chaque combat, il y avait une partie religieuse, aussi, chaque guerrier cherchait à obtenir l'aide de son esprit gardien en célébrant un certain nombre de rituels, avant et après les raids (habillement, peinture, amulettes, talismans personnels). Si doute de l'efficacité, le guerrier renonçait à participer au raid. Ainsi, en 1867, ayant négligé les messages de sa médecine, le fameux chef de guerre cheyenne Roman Nose (Woquini, Sautie, la Chauve-Souris) fut parmi les premiers à trouver la mort, lors d'un raid.


Les Indiens des Plaines pensaient que le plus important était de revenir d'un raid sans avoir perdu un seul homme. Il n'y avait pas dans les tactiques l'acceptation délibérée de pertes pour arriver à ses fins.


Wooden Leg, un guerrier cheyenne, expliquait qu'il y avait «de fréquentes réunions des sociétés de guerriers...au cours desquelles les chefs échangeaient des idées à propos des méthodes de combat». Et il ajoutait que quand «une guerre générale était envisagée, [les] chefs se mettaient d'accord sur un plan».


Toute fois, dès que le combat commençait, «c'était chacun pour soi. Il n'y avait ni rassemblements ordonnés, ni mouvements coordonnés, ni d'avancer ou de se replier». Chaque guerrier agissait à sa façon, et «chacun ne se préoccupait que de lui-même, à moins de devoir aider un ami». Les honneurs guerriers menaient à la chefferie. Les guerriers victorieux étaient les héros de la tribu et, dans certaines communautés, ce modèle héroïque fut institutionnalisé au point que, le bien-être individuel et l'intérêt du groupe en dépendant, l'idée s'imposa que la guerre était la fin en soi, la grande «affaire de la vie».


Washakie, le chef shoshone, se rappelait : «étant jeune, j'aimais beaucoup la guerre. Quand ma tribu était en paix, il m'arrivait de partir seul à la recherche d'un ennemi...J'ai tué un grand nombre d'Indiens».


Une femme Pawnee disait à son fils Lone Chief : «Si je vis assez longtemps pour te voir devenir un homme et partir en expédition de guerre, je ne pleurai pas en apprenant que tu as été tué au combat. C'est ce que doit faire un homme : combattre et être fort».


Saukamappee, un vieux chef piegan, qui était né Cree, disait : «Nous aimions beaucoup la guerre... [et] même nos femmes nous encourageaient à la faire, et nous ne pensions qu'à rapporter des scalps pour chanter et danser».


Roman Rose, le chef de guerre cheyenne, chevauchant à la tête d'un millier de guerriers, s'avança seul pour venir narguer une colonne de troupes fédérales. Ils tirèrent sur lui. Son cheval fut tué mais il s'en sorti indemne (1865). Les guerriers aimaient agir de la sorte, de manière exubérante et avec brio.


Les bisons se raréfiant et les Indiens étant de plus en plus nombreux sur des territoires de plus en plus réduits, la concurrence devint plus acharnée. Les peuples les plus touchés par la raréfaction du gibier eurent tendance à se diviser en petites bandes vivant principalement de vol et de maraude. De nouvelles alliances intertribales furent conclues. En 1840, après avoir tenu un grand conseil en aval de Ben's Fort, sur les bords de la rivière Arkansas, Comanches, Kiowas, Cheyennes et Arapahos entretinrent des rapports moins hostiles et encouragèrent leurs jeunes guerriers à vivre en paix les uns avec les autres, et à s'attaquer à d'autres ennemis. À la suite de quoi, Buffalo Hump, un chef de guerre comanche, très intelligent, lança des raids en profondeur contre le Mexique. D'autres peuples, comme les Pawnees, les Apaches Lipans et les Crows, se retrouvèrent isolés et exposés aux attaques de plusieurs ennemis.


La présence des Blancs provoqua d'autres changements. Les négociants fournissaient fusils et munitions et, encourageaient les rivalités, mais les missionnaires s'efforçaient d'établir la paix en prêchant les valeurs du christianisme. À partir des années 1860, les Indiens des Plaines avaient un ennemi de plus : les Blancs, qui étaient de plus en plus nombreux sur leurs territoires. Tous ces changements déclenchèrent un cycle de guerre, de revanche et de paix. Ainsi, les hostilités pouvaient être suspendues pour diverses raisons: faire du troc, fumer une pipe entre ennemis jurés dans la cabane d'un négociant, tout en se racontant leurs exploits respectifs, se faire faire son portrait (Buffalo Bull's Back Fat, le digne leader pied-noir) assis pendant des heures en compagnie de guerriers ennemis, Crows, Assiniboines, Crees et Ojibwés, chacun montrant les scalps attachés aux coutures de leurs chemises et de leurs jambières, tout cela dans la maison de Georges Catlin, le peintre.


La guerre était aussi à l'origine d'une certaine mixité ethnique. Les femmes capturées lors des raids se mariaient dans la tribu de leurs ravisseurs et donnaient le jour à des «sangs mêlés». En 1832, à la tête d'une forte troupe de guerriers, Rotten Billy, le célèbre leader crow, sema la terreur dans un village piegan et captura plus de deux cents femmes et enfants. Sous la contrainte ou par adoption, captives et captifs piegans firent désormais partie intégrante du groupe. Non seulement ils accrurent sa puissance numérique, mais les femmes apportèrent avec elles leurs contes, leurs mythes et leurs pratiques religieuses. De nombreux leaders étaient les fruits de cette mixité : Saukamappee (chef piegan) était à l'origine un jeune adolescent Cree; Washakie (chef shoshone) était, étant jeune, un villageois des tête-plate comme son père. À vingt ans, il rejoignit les Bannocks avant de s'établir chez les Shoshones, le peuple de sa mère; Woman Chief (chez les Crows), étaient une Gros-Ventre avant sa capture et son adoption par les Crows. Elle fut tuée par son ancien peuple. Ainsi, il s'ensuivit une accélération de l'homogénéisation des caractéristiques culturelles des peuples des Plaines commencée dans les années 1750.


Beaucoup des institutions des Plaines n'étaient ni figées, ni stables. Ces institutions manquaient de structures rigides, et étant donné le peu de temps dont disposaient ces peuples pour s'adapter à de nouveaux éléments importants, cette situation n'a rien de surprenant. Quant à savoir si ces pratiques et institutions auraient fini par se stabiliser, nous ne le saurons jamais pour la simple et bonne raison qu'un peu plus d'un siècle seulement après le début du processus, les Indiens des Plaines se retrouvèrent vite à vivre sur des réserves et que leur mode de vie traditionnel du s'adapter à nouveau, sous la pression de la culture blanche vainqueuse et dominante, avant de refaire surface au XXe siècle.


Associée à la disparition du bison et aux effets destructeurs des maladies d'origine européenne, la vie sur la réserve a modifiée radicalement le mode de vie (statut, richesse, rang). Songeant à ces évènements, Waheenee (Buffalo Bird Woman), une Hidatsa disait : «les bisons et les cerfs queue noire ont disparu, et nos coutumes indiennes ont presque disparu aussi». Pretty Shield, une Crow, se souvenait : «notre monde était différent avant la disparition du bison». Richard Irving Dodge, qui vivait parmi les Indiens des Plaines, a écrit qu'ils étaient, «habituellement et universellement, les gens les plus heureux que j'aie jamais rencontrés. Ils profitaient au maximum du moment présent... [et] ne se souciaient pas de ce que leur réservait l'avenir». Sur leurs réserves, les Indiens des Plaines durent s'adapter à un mode de vie sédentaire, très éloigné de celui des sociétés de cavaliers et de chasseurs de bisons qu'ils avaient créées et qui, malgré quelques variations (Nord et Sud, prairie et hautes plaines, groupes ethniques) étaient parvenues à un haut degré d'homogénéité culturelle.


Économie et culturelle matérielles
Au début, du moins, l'idée de produire pour produire était étrangère aux Indiens des Plaines; de même que l'accumulation des richesses considérée comme une bonne chose. La journée se partageait avec un temps pour la chasse aux bisons (quelques heures) et un temps pour des activités de loisirs – davantage que leurs homologues blancs. Tant que les bisons abondaient, un bon chasseur pouvait en tuer suffisamment en quelques heures afin que sa famille ait de quoi se nourrir pendant plusieurs semaines. Les femmes avaient elles aussi une existence moins difficile que celle de leurs homologues blanches. Elles tannaient les peaux, les coupaient et les assemblaient pour confectionner des vêtements ou des tipis, travaillaient la terre et assumaient les corvées de campement. Elles étaient propriétaires des tipis et disposaient des fruits de leur labeur.


Durant la période des premiers contacts, chevaux et armes à feu acquirent vite, aux yeux des Indiens des Plaines, une très grande valeur d'échange, et se répandirent donc relativement rapidement d'un groupe à l'autre. Dès 1720, les Pawnees et les Otos utilisaient des mousquets français contre les soldats espagnols dans l'ouest du Nebraska. En 1759, les Taovayas (Pawnees Picts) de la confédération wichita disposaient d'armes à feu et d'un stock important de poudre et de balles pour attaquer les troupes espagnoles le long de la Red River. Le cheval eut un impact encore plus important. Il facilita grandement les déplacements, révolutionna la chasse aux bisons et fit entrer les Indiens des Plaines dans un cycle de guerres sporadiques, une succession de raids et de contre-raids. Grâce à cet animal majestueux, les chasseurs qui arpentaient péniblement les Plaines et les horticulteurs, qui cultivaient les fonds de vallées boueux devinrent vite des cavaliers émérites et redoutés, et ils purent élaborer un mode de vie équestre, flamboyant et unique en son genre.


Le cheval provoqua la modification des concepts économiques, et l'apparition de grandes différences de richesse et de prestige. Dans ce qui était autrefois des sociétés égalitaires, il suscita l'apparition de classes socioéconomiques basées sur la nouvelle richesse dont il était le symbole. Les pauvres, ceux qui ne possédaient qu'un ou deux chevaux, devaient marcher quand le campement se déplaçait. Les riches possédaient un grand nombre de chevaux —certains troupeaux individuels comptaient une centaine de têtes ou même davantage. Ils avaient la possibilité d'acheter des privilèges cérémonieux, ou d'accroître encore leur position sociale en offrant quelques-unes de leurs montures (dot de mariage, etc.). La richesse était la preuve de la bravoure et du savoir-faire, car c'était le succès lors des raids et à la chasse qui permettaient de se procurer des chevaux, soit en s'emparant par la force, soit en les échangeant contre les os de bisons tués à la chasse. La richesse était aussi liée au statut social parce qu'il était possible d'améliorer sa position sociale en faisant preuve de désintéressement et du sens du partage. La réciprocité était de mise, ainsi le bénéficiaire des dons était l'obligé du donateur.


Les peuples des Plaines apprirent rapidement les règles du commerce à l'européenne, d'abord avec leurs voisins indiens (peuples installés à l'est des Plaines), puis directement avec des négociants blancs. Ce nouveau système économique modifia les usages de certains groupes semi-sédentaires : les Osages, sans abandonner l'horticulture, base de leur ancienne économie, consacrèrent de plus en plus de temps à la chasse et aux raids. À la fin du XVIIIe siècle, ils étaient devenus semi-nomades et ne passaient plus dans leurs villages riverains que le temps strictement nécessaire pour planter, récolter et faire du troc avec les marchands blancs; Pawnees, Poncas et Omahas choisirent de continuer l'horticulture, en vivant une partie de l'année dans leurs villages; mais le reste du temps, ils quittaient les huttes et leurs jardins pour gagner les hautes Plaines et chasser le bison. Les villages wichitas, dans le Sud, et les villages arikaras, hidatsas et mandans, dans le Nord, devinrent des centres de traite très actifs. Des bandes nomades s'y rendaient régulièrement pour y troquer des peaux de bisons et de castors, des plumes d'aigles, des griffes d'ours, des dents de wapitis, des chevaux et même des esclaves indiens, contre des armes à feu, des munitions, des outils en métal, des tissus, du tabac, du maïs, des haricots et bien d'autres marchandises. Si les peuples des Plaines réagissaient différemment à l'introduction des marchandises européennes dans ces «foires commerciales», les conséquences étaient partout significatives. Beaucoup acceptaient de nouveaux aliments et de nouveaux stimulants tels que le pain, le sucre, le café et l'alcool. D'autres nouveaux objets apparurent et remplacèrent les objets traditionnels : des ustensiles en métal, des briquets, des vêtements en tissu, des couteaux à lame métallique, des pointes de flèches en métal, des perles de verre (Europe), etc.


Les sources de nourriture sont plus faciles à identifier. Les Indiens des Plaines se nourrissaient principalement de viande de bison et quelques produits agricoles : maïs, tournesol, haricots et courges; mais ils consommaient aussi une douzaine d'espèces de baies et de fruits sauvages. Ils chassaient également d'autres gibiers que le bison : wapiti, cerf, antilocapre, ours brun, lièvre et gibier à plumes. Certains mangeaient de la viande de chien et de cheval, des grenouilles, des serpents, des tortues terrestres ou d'eau douce. D'autres mangeaient du poisson, mais pour quelques-uns, comme les Pieds-Noirs, les Comanches et les Crows, le poisson était tabou. Les Santees au Minnesota, les Pawnees et d'autres dans les Sandhills du Nebraska récoltaient le riz sauvage. Beaucoup mangeaient des tiges de chardon fraîches, des bourgeons de laiteron et les fruits du cynorhodon. En résumé, la nourriture était généralement abondante —du moins jusqu'aux années 1840. Chaque fois qu'un bison était tué, le chasseur et sa famille se rassemblaient autour de l'animal mort et lui ouvrait les veines pour boire son sang encore chaud. Tout en le dépouillant et le découpant, ils criaient, se querellaient et riaient avec leurs voisins. Tandis qu'ils travaillaient, a écrit Torn McHugh :

«La plupart des participants se régalaient de morceaux de choix qu'ils mangeaient encore crus et encore chauds […] dont le foie, les rognons, la langue, les yeux, les testicules, la graisse du ventre, des parties de l'estomac, les cartilages du museau, la moelle des os des pattes et les sabots des veaux pas encore nés [quand la femelle tuée était sur le point de mettre bas]».


Les femmes faisaient sécher tout ce qui n'était pas consommé sur-le-champ. Elles coupaient la viande-à contre-fil en tranches fines qu'elles exposaient au soleil sur des claies. Elles tranchaient les courges et les enfilaient sur de longues baguettes pour faciliter le séchage. Elles gardaient quelques épis de maïs entiers et étalaient le maïs égrené sur des peaux pour le faire sécher avant de le stocker dans des sacs. Elles transformaient une partie de la viande en pemmican. Elles commençaient par réduire en poudre des tranches de viande séchée, puis pétrissaient cette poudre avec de la graisse fondue, de la moelle, de la graisse des rognons, et une pâte faite de baies, de merises ou de prunes sauvages broyées avec des pépins et noyaux. Pour corser la saveur, elles ajoutaient parfois des fruits à écale avant de remplir avec cette mixture des sacs en peau, des boyaux ou des panses de bison qu'elles fermaient hermétiquement en utilisant de la graisse fondue. Le pemmican pouvait se conserver ainsi pendant des années. Les guerriers en emportaient quand ils participaient à des raids, et cela servait d'en-cas pour les enfants, mais c'était surtout la meilleure façon de constituer des réserves pour l'hiver, et dans le nord des Plaines, le pemmican devint une importante marchandise de traite.


Les Indiens des Plaines n'eurent guère de mal à assurer leur subsistance jusqu'au début des années 1840, mais les changements intervenus dans leurs modes de vie, et le déclin des populations de bisons consécutif au développement de la traite des peaux compromirent leurs chances de faire durer ces circonstances favorables. Les peuples des Plaines eux-mêmes contribuèrent à la dégradation de leur situation, car ils préféraient chasser des bisons femelles âgées de deux à cinq ans, supprimant ainsi un grand nombre de reproductrices. Quand à leurs troupeaux de chevaux, non seulement ils affectaient négativement la capacité des prairies et des hautes Plaines à nourrir des multitudes d'herbivores, mais ils transmettaient leurs maladies aux bisons. Pour compenser la diminution de leurs principales sources de nourriture, certains peuples comme les Comanches intensifièrent leurs raids au Texas, poussant de plus en plus souvent jusqu'au Mexique. Les nomades se tournèrent vers les horticulteurs, avec qui ils firent du troc ou contre lesquels ils lancèrent des raids, et fréquentèrent régulièrement les postes de traite qui commençaient à s'installer sur les Plaines.


Le commerce avec les Blancs fut la cause de grands bouleversements : nouveaux aliments, outils, armes, ustensiles et équipements. De plus, les Indiens chassant intensivement pour commercer avec les Blancs, ils passaient beaucoup plus de temps hors de leurs campements et de leurs villages, d'autant qu'ils allaient de plus en plus loin trouver le bison. Parfois, ils s'absentaient durant des semaines, voire des mois. Les femmes devaient assumer seules l'organisation de la vie quotidienne et prendre toutes les décisions. En partie à cause de ces absences prolongées des hommes, quelques groupes décidèrent de changer de lieux de campement. Dans le nord des Plaines et en bordure des forêts canadiennes, certains avaient, dès la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle, établi des campements semi-permanents près des postes de traite et des forts construits par les Européens. Cette proximité assurait une certaine protection aux femmes et aux enfants quand ils restaient seuls. De plus, des mariages entre Indiennes et négociants blancs scellaient des alliances, tissaient des liens interculturels, et procuraient des avantages socioéconomiques mutuels. Dans le sud des Plaines, les fonctionnaires espagnols avaient encouragé les Indiens à s'installer près des missions (vallée du Rio Grande, Nouveau-Mexique). Au Texas, les Tonkawas et les Apaches Lipans établissaient rarement leurs campements à proximité des missions.


Les Indiens des Plaines disposaient de plusieurs moyens de transport. En hiver, certains groupes septentrionaux se servaient de traineaux à chiens. Les Métis du Canada utilisaient des charrettes à deux roues pour chasser le bison. Les Santees n'abandonnèrent leurs canoës qu'au XIXe siècle. Les peuples du bassin du Missouri, surtout les Arikaras, les Hidatsas et les Mandans, construisaient des «bull boats», ou coracles, embarcations rondes constituées d'une carcasse en bois de saule recouverte de peaux de bison encore fraîches, dont une à laquelle on laissait la queue. En séchant, les peaux se tendaient comme celle d'un tambour, et les coutures étaient étanchéifiées à l'aide d'un mélange de graisse de bison et de résine. On manœuvrait ces embarcations à la godille et pour éviter qu'elles tournoient, on attachait une dérive en bois flotté à la queue du bison. La plupart des groupes utilisaient des chiens dressés pour transporter des petites charges. Les charges les plus lourdes étaient confiées aux chevaux. Pour le harnachement, les peuples des Plaines avaient copiés les européens. Tous avaient adopté la bride et le mors, ou le hackamore, simple bride avait une boucle que l'on resserre sur le nez ou la mâchoire inférieure du cheval, et la plupart montait avec une selle faite d'un cadre en bois, sur laquelle était tendue une peau de bison. Par la suite, ils se procurèrent des selles fabriquées par les Blancs. Quand ils se servaient d'étriers, ils les fabriquaient en bois recouvert de peau crue. Pieds-Noirs et Crows utilisaient une croupière, qui empêche la selle de glisser vers le garrot.


Les habitations des Indiens des Plaines étaient de divers types. La plupart des peuples d'horticulteurs bâtissaient des huttes rondes en terre ou, comme les Wichitas, qui vivaient dans le Sud où les hivers étaient moins rigoureux, des huttes en forme de dôme, couvertes d'herbes. Toutes les huttes en terre étaient construites autour d'une structure centrale constituée de quatre à huit poteaux en bois; elles étaient vastes et confortables, duraient de sept à dix ans, ou plus, et abritaient une ou plusieurs familles. Arikaras, Mandans et Pawnees bâtissaient leurs huttes sur des fosses de soixante centimètres de profondeur environ, et la terre ainsi extraite leur servait pour leurs murs. Certaines huttes des Pawnees mesuraient plus de quinze mètres de diamètre. Celles des Mandans atteignaient vingt-cinq mètres de diamètre, voire plus grandes encore pour les huttes communautaires. Les Wichitas construisaient des huttes de moindre grandeur. Ils plantaient des perches en bois dans le sol, les courbaient vers le centre pour former une carcasse et les couvraient de bouquets d'herbe ou de paille disposés comme des bardeaux et maintenus en place par de fines baguettes fixées à la carcasse. Les Osages et, dans une moindre mesure, les Missouris, bâtissaient des huttes oblongues ou ovales. Ces huttes mesuraient de dix à trente mètres de long, sur cinq à sept mètres de large et trois mètres de haut, et elles abritaient plusieurs familles. Le dôme était recouvert de nattes, d'écorce et de peaux. La disposition intérieure devint, à peu de chose près, identique partout. Les Indiens réservaient des endroits particuliers pour le stockage de la nourriture, le bois de chauffage et les objets cérémoniels. Isolés par des rideaux, les lits étaient installés le long des parois, mais les anciens dormaient près du foyer central, placé sous le trou de fumée et environné par les ustensiles de cuisine. Les Mandans logeaient leurs chevaux favoris sous la hutte, dans un petit corral situé près de la porte. Cette organisation datait d'avant l'arrivée des européens. Le tipi, habitation des peuples nomades, subit des modifications après la venue des blancs. L'adoption du cheval, lui permit de devenir plus grand et plus élaboré. La plupart des peuples qui descendaient des montagnes de l'Ouest, Mescaleros, Jicarillas, Nez-Percés, Utes, Shoshones de l'Est l'adoptèrent lors des chasses saisonnières. Le tipi était une tente conique en peau, légèrement incliné du côté de l'ouverture, du côté opposé aux vents dominants, c'est-à-dire du côté du soleil levant. D'un diamètre de base de trois mètres cinquante à cinq mètres, il était léger, aisément transportable et facile à dresser. Il accueillait une famille et les femmes en étaient propriétaires. Les femmes qui vivaient dans les régions plutôt protégées, aux pieds des montagnes ou dans les vallées boisées (Arikaras, Pieds-Noirs, Comanches, Crows, Hidatsas, Mandans, Omahas et Sarsis) utilisaient quatre perches pour former la charpente de base. Puis, elles intercalaient d'autres perches pour compléter le faisceau. Celles qui vivaient dans les régions où le vent soufflait fort (Arapahos, Assiniboines, Cheyennes, Gros-Ventres, Kiowas, Apaches Kiowas, Pawnees, Poncas et Lakotas) préféraient utiliser une charpente de base constituée de trois perches seulement, ce qui donnait au petit faisceau formé par l'ensemble des extrémités supérieures des perches l'aspect d'une spirale. Les Crows utilisaient de très longues perches qui dépassaient largement le sommet du tipi. Les Cheyennes, entre autres, aimaient les tipis larges; d'autres, comme les Arapahos, préféraient les tipis hauts et étroits. Les Crows appréciaient les tipis non décorés, tandis que les Lakotas ornaient les leurs de dessins réalistes et géométriques. Ceux des Pieds-Noirs étaient couverts de pictogrammes représentant des animaux réels ou mythologiques, et une croix de Malte placée au sommet, du côté de l'Ouest, symbolisait l'étoile du matin. Les Kiowas eux aussi ornaient richement leurs «murs en rond». Les dessins, inspirés par des rêves ou des visions, étaient chargés de significations spirituelles. L'intérieur des tipis était relativement standardisé. La porte ouvrant à l'Est, les femmes plaçaient les lits au Nord et au Sud, contre la paroi. Elles fabriquaient les lits avec des peaux crues tendues sur des cadres fait de perches, ou déroulaient parfois les peaux à même le sol. En hiver, des peaux servaient de couverture. Sous les lits, elles rangeaient les réserves de nourriture, les ustensiles, les objets personnels enveloppés dans des sacs en peau. La place d'honneur était située du côté Ouest, face à l'entrée, et le foyer se trouvait un peu à l'est du centre, sous le trou de fumée. À la mauvaise saison les femmes doublaient l'enveloppe intérieure, du sol jusqu'à une hauteur d'un mètre cinquante, pour améliorer l'isolation. En été, pour favoriser l'aération, elles relevaient le bas de l'enveloppe de quelques dizaines de centimètres.


L'arc demeurait une arme de chasse indispensable, et une des principales armes de guerre. Ceux des Indiens des Plaines étaient en corne d'antilocapre ou en bois; généralement de l'«oranger des Osages» [Maclura pomifera] ou «bois d'arc», mais parfois du frêne, de l'orme, du saule ou du mûrier. Ils coupaient, refendaient, façonnaient, collaient le bois ou la corne à la longueur voulue; entre un mètre et un mètre vingt. Puis, pour les renforcer, les artisans du nord des Plaines, Pieds-Noirs, Cheyennes, Crows, Lakotas, Hidatsas et Crees des Plaines, entortillaient autour de l'arc de longs nerfs de bison prélevés de part et d'autre de la colonne vertébrale. Les cordes de ces arcs étaient faites de divers matériaux, principalement de nerfs de bison, mais aussi de lanières de peau crue, de fibres végétales tressées ou de boyaux d'ours. Certains artisans du Sud, employaient des lanières en peau d'écureuil. Il n'était pas facile d'obtenir de bonnes flèches. Une hampe tordue ou un empennage mal positionné pouvant rendre des flèches inutilisables, les Indiens soignaient tout particulièrement leur fabrication. Ils utilisaient des branches jeunes et bien droites, de groseillier, d'amélanchier, de merisier, de frêne, de bouleau, de cornouiller ou de saule; ou encore de jeunes cannes de bambou. Coupées à la longueur désirée, les futures hampes étaient ficelées en bottes et mises à sécher pendant une dizaine de jours, pendues près du feu. Puis, le fabricant de flèches entamait un long processus destiné à rendre les hampes bien droites et bien rondes. Pendant plusieurs jours, il se servait de ses dents, de graisse, de la chaleur du feu et d'un outil particulier: un os ou une corne dans lesquels était foré un trou d'un diamètre très légèrement supérieur à celui des hampes, et par lequel il les faisait passer sans cesse, dans un sens et puis dans l'autre. Après quoi, il les grattait pour obtenir le bon diamètre, les fuseler et les canneler; il les polissait et les peignait. Enfin, il collait l'empennage —de préférence des plumes de hibou, de chouette, de dindon ou de buse— et fixait la pointe qui, après l'arrivée des européens, étaient généralement en métal. En fait, à partir des années 1860, beaucoup d'Indiens ne se rappelaient plus d'avoir utilisé de pointes de flèches en pierre.

Leurs vêtements présentaient des variations sur des modèles de base, en fonction du climat, d'anciennes coutumes et des relations qu'ils entretenaient avec les européens. Les vêtements ordinaires étaient simples et dépourvus d'ornements, mais à l'occasion des fêtes les Indiens des Plaines revêtaient des tenues d'apparat. Au début du XIXe siècle, les contacts avec les blancs devenant de plus en plus fréquents, ils adoptèrent progressivement des vêtements et des couvertures en coton et en laine. En été, la tenue de base pour un homme se composait d'un pagne, de jambières et de mocassins. Il est possible qu'avant 1810, les Indiens du Nord n'est pas porté de pagne. Mais dans les années 1830, influencés par les européens, tous avaient adoptés cette pratique. En hiver, la tenue de base des hommes était essentiellement conçue pour protéger du froid. Elles comprenaient des couvertures en peau de bison, des bottes montant jusqu'au genou, en peau de bison avec le poil en dedans, et des chemises en peau de cerf, d'antilocapre ou de mouflon. La majorité des peuples du Nord portaient des moufles et des bonnets en castor durant les jours les plus froids. Par contre, même au cœur de l'hiver, les Crows ne mettaient pas de chemise, excepté lors de certaines cérémonies. Avec leurs tenues d'apparat colorées et richement ornées, les Indiens des Plaines arboraient diverses coiffures, dont les bonnets en forme de tête de bison, flanqués d'une paire de cornes, et des coiffes de guerre en plumes, très élaborées. Ils décoraient leurs chemises de guerre, qui couvraient le haut de leurs jambières, avec des perles, de petits bouts de métal, et parfois, les scalps de leurs ennemis. Les Comanches cousaient au col et aux manches des franges faites de lanières de peau de cerf ou de wapiti longues souvent de plus de trente centimètres. Les vêtements féminins changèrent eux aussi. Dans le Sud, avant l'arrivée des européens, les femmes se vêtaient d'un poncho et d'une courte jupe «portefeuille», tenue assez proche de celle des femmes aztèques. Par la suite, elles adoptèrent plus «la mode» des femmes blanches. Les Indiens des Plaines se paraient de colliers, de boucles d'oreille, de hausse-cols et d'autres bijoux dont certains indiquaient le rang de leur propriétaire. Les Tonkawas arboraient des ornements dans leurs cheveux, des boucles d'oreille et des colliers de coquillages, d'os et de plumes. Les guerriers apaches lipans perçaient de six à huit trous dans leur oreille gauche, et un ou plusieurs dans la droite, et quand ils revêtaient leur tenue d'apparat, ils passaient un anneau dans chaque trou. Pratiquement, tous les hommes épilaient leur barbe et leurs sourcils, y consacrant une bonne partie de leur temps libre. Beaucoup se peignaient le corps et le visage, généralement avec des piments rouges. Les Tonkawas se peignaient somptueusement en jaune, rouge, vert et noir et faisaient de même sur leurs chevaux. Les femmes Tonkawas dessinaient «des raies noires autour de leur bouche, sur leur nez, leur dos et leur poitrine. Sur la poitrine, ces raies étaient des cercles concentriques qui allaient du mamelon à la base du sein», disaient certains témoins. Ayant une signification, les peintures faciales étaient des créations personnelles, et nul ne pouvait les copier. La pratique du tatouage était loin d'être exceptionnelle. Tonkawas, Wichitas, Siouens du Sud, Hidatsas, Crows, Comanches, Crees des Plaines et Lakotas étaient tatoués. Les Tonkawas se faisaient tatouer tout le corps. Chez les Wichitas, hommes et femmes avaient le visage et le corps tatoués. En faisant tatouer sa fille pubère, un Wichita augmentait son prestige et celui de sa fille. La famille du père tatouait la jeune fille au milieu du front et sur la poitrine. Chez les Osages, les deux sexes étaient tatoués, mais les hommes n'obtenaient ce privilège que quand ils étaient devenus des guerriers et avaient accompli un exploit valeureux. Chez les Crees des Plaines, les femmes étaient tatouées seulement entre la lèvre inférieure et le menton, mais les hommes se faisaient tatouer la poitrine et les bras. Beaucoup d'Indiens des Plaines croyaient que leurs cheveux étaient en relation avec leur âme, et s'en occupaient donc avec un soin tout particulier. Pour les hommes comme pour les femmes, la coiffure favorite était la raie centrale avec les cheveux pendant de chaque côté de la tête. Les Crows laissaient pendre leurs cheveux dans le dos, parfois jusqu'au sol. Par la suite, ils adoptèrent les nattes, et certains coupèrent leurs cheveux court et les coiffèrent en arrière de façon à les faire tenir droits. Les guerriers Kiowas coupaient leurs cheveux courts du côté droit, afin de bien montrer leurs divers ornements d'oreille, et les laissaient pousser côté gauche, les attachant ou les entourant d'un lien. Les Apaches Lipans coupaient leurs cheveux au-dessus de l'oreille côté gauche, et les laissaient pousser côté droit, parfois presque jusqu'au sol, mais ils les attachaient et les remontaient de telle façon qu'ils descendaient rarement plus bas que l'épaule. Les Tonkawas se faisaient deux nattes, mais les Pieds-Noirs préféraient en faire trois. Pour les hommes, il existait au moins deux façons de se coiffer afin de se distinguer des autres. La première consistait pour quelques uns (Pawnees, Lakotas, Otos et Missouris) à se raser soigneusement les deux côtés de la tête en ne conservant qu'une crête centrale. A cette crête, certains ajoutaient un ornement fait de poils de la queue d'un cerf, de piquants de porc-épic et de crins de cheval. Par la suite, d'autres sociétés de guerriers, dans d'autres tribus, adoptèrent cet ornement comme un insigne cérémoniel. La seconde coiffure distinctive consistait pour certains jeunes hommes de divers groupes, à séparer une mèche de cheveux au sommet de leurs crânes et à la raccourcir. Les Omahas nattaient cette mèche, et y accrochaient des insignes rappelant leurs hauts faits d'armes. Les Lakotas la rallongeaient en attachant à son extrémité un petit rang de perles. Généralement, les femmes laissaient pousser leurs cheveux, traçaient une raie médiane, du front jusqu'à la nuque, et soulignaient cette raie avec un pigment rouge. Elles tressaient leurs cheveux en deux nattes ou les laissaient tomber sur leurs épaules en les maintenant en place avec un bandeau. Les Lakotas et d'autres indiennes, rallongeaient artificiellement leurs nattes à l'aide de cheveux humains ou de crins de cheval. D'autres les décoraient en y mêlant des textiles colorés ou en les entourant de lanières de fourrure de vison, de martre ou de loutre. Quelques femmes coupaient leur cheveux court, particulièrement quand elles étaient en deuil. Les styles de coiffure changèrent avec le temps, sous l'influence des autres groupes autochtones, puis des européens. Chevaux, armes à feu, coiffure et parures, le monde des Indiens des Plaines subissait les influences de la société blanche. En fait, le cheval avait contribué à créer la nouvelle culture des Plaines et depuis, les peuples de la région dépendaient des négociants blancs pour leur armement, leurs vêtements et leurs ustensiles de cuisine. Dès les années 1830, ils étaient devenus si envahissants que même les tenues d'apparat traditionnelles incorporaient des ornements fabriqués à la machine. Les Indiens des Plaines faisaient preuve d'un robuste optimisme. Bien qu'étant essentiellement traditionalistes, ils adoptaient aisément des objets nouveaux et étranges, enrichissant leur existence et facilitant leurs activités quotidiennes. 


À suivre...

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