jeudi 24 mars 2016

Bisontins (Besançon): Gougnafiers! Tous à la marche silencieuse; samedi 26 mars 2016, 11H30

Par Jean-Louis Legalery
Blog: Here, There and everywhere 
24 mars 2016

Petits arrangements entre amis, mépris de la démocratie et insultes. Résultat, Besançon, ex-capitale régionale, qui n'a plus rien, n'aura plus, non plus, de tribunal de commerce, contrairement à la promesse du président de la République, parce que le maire de Dijon, son ami de longue date, ne veut pas ! Na !

« Gougnafiers », pluriel de « gougnafier », terme familier et populaire dont on ne trouve trace ni dans le Littré, ni dans le Robert, ni dans le dictionnaire étymologique Bloch et Warburg, mais dans le TILF, Trésor Informatisé de la Langue Française, création du CNRS. La définition est la suivante: « Individu sans valeur, qui ne sait rien faire de bien ». Les exemples d’utilisation de « gougnafier » sont rares. Tout au moins trouve-t-on dans Guignol’s band de Céline (1944) une trace de « gougnafe »: « On serait né fils d'un riche planteur à Cuba Havane par exemple, tout se serait passé bien gentiment, mais on est venu chez des gougnafes, dans un coin pourri sur toutes parts, alors faut pâtir pour la caste et c'est l'injustice qui vous broye ». L’origine est plus incertaine, peut-être commune avec goujat, dont le premier sens est rustre ; peut-être à rapprocher de « gougnafiasse », littéralement un goinfre, ou de « gougne », une prostituée. Avec une telle terminaison, « gougnafier » aurait pu être l’infinitif d’un verbe du premier groupe, mais la première personne du pluriel, nous gougnafions, aurait été phonétiquement embarrassante. Donc qui donc a bien pu tirer de l’anonymat un vocable aussi inélégant que difficile à prononcer et ridicule, puisqu’en le prononçant on ressent inévitablement l’envie de cracher, ne serait-ce que pour se débarrasser d’un tel son?

La réponse est simple: Il s’agit du ci-devant maire de Dijon, François Rebsamen. Ça ne vous dit rien ? Mais si ! Voyons ! L’éphémère ministre du chômage, qui, voyant arriver le boulet des élections régionales et considérant que la tête de liste socialiste semblait sinon compromise du moins hautement dangereuse pour lui et son élection bien davantage encore, a mis en chantier la tristement célèbre devise « Courage ! Fuyons ! » et s’est replié sur « sa » ville de Dijon, dont il repris la mairie. À ce stade, un petit rappel s’impose. Lorsque l’actuel président de la République et son très irritable premier ministre, Monsieur 5% à la primaire socialiste, décidèrent sur un coin de bureau à l’Elysée du remodelage des régions, au mépris de toute concertation et de tout fonctionnement démocratique, il devenait évident que Dijon serait le futur centre régional et que Besançon, capitale de la Franche-Comté, disparaîtrait corps et âme et que les bisontins et, plus généralement les francs-comtois, seraient les dindons de cette triste farce. Les deux conspirateurs décidèrent, donc, dans un immense élan de générosité que la tête de liste socialiste serait Marie-Marguerite Dufay, présidente sortante de la région de Franche-Comté, et que Besançon, qui voit, depuis des années, tout ou presque lui échapper ou fuir vers la Bourgogne, comme son université par exemple, aurait un lot de consolation avec le maintien du tribunal de commerce. La décision fut même confirmée par la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, entre deux poèmes. Mais c’était sans compter les habitudes nées des compromis à l’arraché, en fin de soirée ou de nuit de congrès socialiste.

François Rebsamen se précipita à l’Élysée. Fort de son amitié de longue date avec François Hollande, alias le pépère-à-sa-julie, également appelé l’Ami Mollette en raison de sa capacité à mettre en œuvre rapidement la synthèse permanente « Fort avec les faibles et faible avec les forts », céda immédiatement et, au mépris de tous ses engagements — pratique à laquelle il est, depuis 2012, rompu, dans tous les sens du terme — accepta que le tribunal de commerce revînt à Dijon. L’histoire aurait pu s’arrêter là, et elle aurait déjà été assez sinistre comme ça, mais c’était sans compter cette fois avec l’invraisemblable arrogance du maire de Dijon, qui, lors d’une réunion avec les patrons bourguignons (c’est bon de pouvoir compter sur ses véritables amis…), se permit l’incroyable luxe d’ironiser sur ces culottés de bisontins, qui avaient eu l’outrecuidance et l’extravagante audace de demander le maintien du tribunal de commerce, en les traitant de « gougnafiers ». Manque de chance pour François Rebsamen, une journaliste du Bien Public, quotidien dijonnais, était dans l’assistance ! Et donc, le résultat est une double peine pour les bisontins, dépourvus de tout et insultés, et personne n’a, à ce jour, pu entendre les protestations de Marie-Guite Dufay. Passons sur l’inculture de François Rebsamen qui, de toute évidence, n’a pas dû grandir avec les albums d’Hergé, car il aurait pu avoir cours à « bachi-bouzouk », « ornithorhynque », « bois-sans-soif », « paltoquet », ce qui n’aurait nullement atténué sa faute et sa bassesse mais aurait, au moins, été drôle.


Samedi 26 mars, tous les « gougnafiers », c’est-à-dire « les individus sans valeur, qui ne savent rien faire de bien », bref, dans l’esprit du maire de Dijon, tous les bisontins et tous les francs-comtois sont invités à manifester silencieusement sur l’Esplanade des Droits de l’Homme devant la mairie de Besançon, à 11h30, avec un brassard noir, pour déplorer la fin d’une capitale régionale et dénoncer le mépris et l’arrogance.


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