mercredi 12 juillet 2017

Une analyse critique du scénario Négawatt (2ème partie) : La génération spontanée de biomasse, une solution d’avenir

http://imposteurs.over-blog.com
par Ailanthus Invictus
27/12/2011

2de partie : La génération spontanée de biomasse, une solution d’avenir
Comme nous l’avons vu précédemment, une surestimation de 20% « suffit » pour faire rentrer les chiffres de la production ligneuse solide dans les contraintes de leur scénario négaWatt. Les promoteurs du scénario vont se montrer autrement plus inventifs en ce qui concerne la biomasse liquide, c’est-à-dire les végétaux et déchets animaux permettant de produire du méthane, le pivot de leur bouquet énergétique.

Le scénario négaWatt ne présente que le sommet de l'iceberg, pour connaître le programme de la FPH pour l'agriculture il faut consulter le scénario Afterres2050. Relier les deux documents permet de décrire le fond de la démarche et donne une meilleure idée du niveau d'irréalisme du scénario négaWatt.
Il y a-t-il un agronome pour sauver la France ?
N’y allons pas par quatre chemins, le programme d’ Afterre 2050 et de Négawatt pour l'agriculture est totalement inapplicable que ce soit au niveau social, économique et agronomique. Les auteurs ont prévu de restructurer totalement l'agriculture. Le programme est aussi ambitieux qu'hallucinant :

*Diviser par deux la production de viande,
*Convertir 50% des surfaces en agriculture biologique (AB) et le reste en agriculture écologiquement intensive (AEI)
*Dégager 5 à 8 millions d'hectares pour la biomasse
*Produire jusqu'à 6 « productions » en simultané sur la même parcelle

La conversion du conventionnel en AEI ne pose pas de problème et déjà en partie engagé dans le monde agricole. Pour rappel, l’ AEI permet de maintenir voir d’améliorer les rendements en s’appuyant sur trois piliers : la rotation culturale, la réduction du travail du sol voir le semis direct et la plantation de couvert en intercultures. Au niveau mondial on compte 3 hectares en semis direct dont 2 en AEI à proprement parler pour 1 hectare d’ AB. La surface de semis direct totale est d’environ 120 millions d’hectare et double tous les dix à quinze ans. En France le ratio est similaire, de l’ordre de 4ha d’ AEI pour 1ha d’ AB. Cette forme d’agriculture n’est pas médiatisée, les produits qui en sont issus ne font pas l’objet de valorisation commerciale particulière. Des réseaux très actifs d’agriculteurs assurent sa promotion (magasine TCS, festival du non labour et du semis direct, association BASE). Les agriculteurs l’adoptent car elle permet de réduire les coûts, de gagner du temps et d’améliorer la productivité de leur sol. Elle n’interdit ni les engrais, ni les produits phytopharmaceutiques ni les OGM.

La viande, la martingale des écologistes

L’idée de diviser par deux la production de viande est une preuve de l'ignorance totale des auteurs pour la réalité agricole : les zones d'élevages correspondent à des contraintes agronomiques (sols non labourables) ou socio-économiques locales (petites surfaces). Avant d'affirmer qu'on peut diviser par deux la production, il faut prouver que ces terres pourraient produire autre chose dans des conditions satisfaisantes. Les auteurs se gardent bien d'expliquer comment ils vont décider qui continue à travailler son cheptel et qui va au pôle emploi. Diviser l'élevage par deux c'est supprimer un grand nombre d'exploitations. On peut supposer que les auteurs visent les élevages de monogastriques hors sols dans des régions en excédant d'azote. Pour autant rien ne prouve qu'une meilleur répartition de ces élevages sur le territoire entraînerai la moindre réduction du cheptel, d'autant plus si les producteurs biologique ont besoin de fumier.

Les auteurs n'ont manifestement pas conscience des changements du monde agricole qui accompagne la montée en puissance de l'agriculture de conservation et biologique, alors même qu'ils se prétendent promoteurs de ces formes d'agricultures. L'élevage est plus souvent réintroduit dans les fermes qui s'engagent vers ces formes d'agriculture durable ou sans chimie: produire son propre engrais organique, valoriser des cultures fourragères intéressantes dans les rotations, recycler directement des déchets d'exploitation, vendre des produits à plus haute valeur ajoutés, les agriculteurs ont beaucoup de bonnes raisons de remettre des animaux dans leurs exploitations.
http://www.agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/tcs_47_champagne_moutons.pdf

Ils ignorent aussi un autre fait agronomique basique : les élevages font partie des agrosystèmes, aucune civilisation n’a existé avec un système sans animaux. Trois raisons essentielles expliquent cette cohabitation : ils fournissent une force mécanique, produisent des fumiers nécessaires à la fertilisation des terres et peuvent valoriser des ressources alimentaires non comestibles, que ce soit du fourrage ou des déchets agricoles. L’introduction d’élevage n’entraîne pas forcément une réduction de la disponibilité alimentaire pour les humains : la rotation de Norfolk est l’exemple historique le plus connu. Cette rotation a permis de faire repartir à la hausse la production agricole en Angleterre à la sortie du Moyen Age en réintroduisant des cultures destinés aux animaux dans de système où les troupeaux étaient cantonnés aux près communs. Les ruminants pouvaient valoriser les trèfles et la navette fourragère, ces cultures avaient une influence très positive sur le rendement des cultures de céréales qui suivaient et permettait d’éviter les jachères. Le système produisait plus d’aliments végétaux et animaux qu’une rotation classique sans productions de fourrages.

Les auteurs partent du principe qu'il faut 4 à 10 protéines végétales pour produire une protéine animale. Il serait utile de leur fournir des données mises à jour, les poulets et les porcs ont des taux de conversion protéique de 2 à 3 pour 1, certains poissons omnivores (carpe pour rester dans le local) arrive à fixer plus de 50% des protéines absorbées. Élevés en étang, ils sont même capables de produire plus de protéines que ce qu'on leur donne dans l'aliment, en consommant du zooplancton totalement indigeste pour les humains. L’étang comme pivot du recyclage des déchets d’élevages intensifs traditionnels ou moderne est un système courant en Asie et qui se développe en Amérique du sud. Le climat métropolitain français est malheureusement moins favorable à ce système, mais c’est surtout la faible habitude de consommation de poisson d’eau douce qui empêche le développement de cette filière.

Les auteurs s'appuient sans doute sur le discours dominant, relayé par les organisations végétariennes ou animalistes pour critiquer la production de viande, accusée d'arracher le pain de la bouche des somaliens, de polluer nos campagnes et le tout en fournissant des aliments nocifs aux pauvres consommateurs occidentaux. Le problème est que les alternatives alimentaires n'ont pas forcément un impact environnemental inférieur. L'étude plus fine des régimes alimentaires montrent que l'avantage en termes de bilan carbone d'un régime végétal est loin d'être évident et systématique. La raison est simple : les aliments sont moins riches en énergie et moins digeste, il faut manger plus.
http://www.inra.fr/content/download/29748/371732/version/2/file/duALIne_Chap3Etude_nov2011.pdf

Les protéines végétales n'ont pas un profil d'acides aminés qui correspond exactement à nos besoins, pour se passer de viande, même partiellement, certaines protéines végétales (le blé par exemple) ne valent qu'une demi-protéine animale. Les végétaliens consomment 20 à 35% de protéines en plus par rapport à des omnivores ( les auteurs ont ignoré ce ratio), pour remplacer la viande il faudra produire environ 25% de protéine végétale en plus que ce que prévoit une simple parité.

Réduire le cheptel c'est réduire la consommation de viande. Hors notre cerveau de singes chasseurs est conditionné pour favoriser la viande, sans méthode coercitive il sera difficile d'empêcher la consommation de viande, notamment des plus riches. Diviser par deux la consommation de viande globale, la méthode la plus simple est d'augmenter radicalement le prix. Le problème c'est que la réduction de consommation sera très mal répartie, divisée par 4 pour les pauvres et maintenue voir augmenté pour les plus riches. Il sera nécessaire d'instaurer un rationnement, aussi bien à la consommation qu'à la production. Le dernier épisode de rationnement en France, date de la seconde guerre mondiale.

Seuls les plus riches pourront se nourrir correctement
Le second point montre l'absence totale de considération que les auteurs ont pour la réalité agronomique et économique. Le bio ne fera jamais 50% des surfaces en France. Avec un prix de l'électricité et du chauffage multiplié par deux, on se demande bien quels ménages vont pouvoir se payer des aliments 30 à 50% plus cher. Avec les investissements prévus dans les logements, les ménages modestes n'auront pas grande chose à la fin du mois. C'est un des objectifs cachés du scénario : la décroissance forcée. La décroissance entraînera chômage, pauvreté et explosion des inégalités.

Réduire les troupeaux aura aussi un effet direct sur la productivité de l' AB : ils dépendent totalement de l'engrais organique, diviser par deux les cheptels et multiplier par 20 la surface AB va diviser par 40 la disponibilité d'engrais organiques. Un autre phénomène pourrait toucher l' AB : dispersées dans une SAU conventionnel les parcelles bio sont « couvertes » par les traitements des autres agriculteurs. Cet effet serait très fortement réduit si la moitié de la surface n'est plus sous protection. Il est possible que les rendements du bio s'effondrent et s'approchent de plus en plus des rendements de l'ère préindustrielle, c'est à dire environ 1/8 du rendement moderne. Dans ce cas les aliments AB seront encore plus rares et plus chers, les risques de crises alimentaires ne pourront être écartés.

Regarder en arrière n'a jamais permis de résoudre de nouveaux problèmes
Il n'y a pas de miracle possible, sans chimie, ni génétique, ni engrais, l'agriculture produit beaucoup moins. Résoudre des problèmes nouveaux en regardant en arrière est le meilleur moyen de prendre le mur de la réalité en pleine face. Il n'est en aucun cas souhaitable de développer l'agriculture biologique à cette échelle. Elle n'est même pas une forme d'agriculture durable, c'est une création dogmatique qui a avant tout un intérêt commercial, elle produit des aliments beaucoup plus coûteux et qui n'apporte aucun gain environnemental ou sanitaire par rapport à l’ AEI.

On pourrait notamment citer Lucien Séguy, agronome au CIRAD et qui travail sur l’ AEI au Brésil depuis plus de trente ans :

« Ce n’est pas une agriculture bio. Mais c’est pourtant une agriculture plus bio que celle bio ! Dans les SCV (semis direct sous couvert végétal) on remet la biologie au cœur de la relation sols-cultures, elle en est le moteur. Dans l’agriculture bio, on laboure les sols. Avec le changement climatique, on observe des pluies de types de tropical avec des intensités extrêmement élevées. Le labour a comme conséquence que tout le sol part dans la rivière sous une pluviométrie comme celle-là. C’est quoi cette agriculture biologique qui est capable de perdre son sol en deux ou trois pluies ? »
http://www.ffem.fr/jahia/webdav/site/ffem/shared/ELEMENTS_COMMUNS/U_ADMINISTRATEUR/5-PUBLICATIONS/Biodiversite/SCV.pdf

L' AB est aussi incompatible avec l'agriculture de conservation, le travail sous couvert nécessite l'usage raisonné d'herbicide, ce qu'elle interdit. L' AB consomme plus de fioul que l 'AEI et exige plus d'intervention mécanique pour combattre les adventices. Cette intervention consomme la matière organique du sol et rend obligatoire les jachères ou l'incorporation de composts exogènes. L'utilisation de couvert est très risquée sans béquille chimique, les techniques simplifiées sont possibles en AB, une vrai démarche de semis sous couvert est quasi impossible. L 'AEI s'adapte à toute les conditions pédo-climatiques, il suffit d'inventer et de mobiliser des connaissances, en AB les dogmes écologistes réduisent de façon drastique les possibilités, la solution est donc de diluer les problèmes avec le travail du sol.

En plus de favoriser la dégradation des sols et la consommation d’énergie fossile de nombreuses cultures AB reposent sur l'usage du cuivre qui stérilise les sols à long terme. L'usage du cuivre ne pourra pas continuer et certaines cultures AB comme la vigne et la pomme de terre seront impossibles dans quelques décennies, aucune alternative biologique crédible n'est connue.

Gagner de l'espace, annexer le Benelux?
Les promoteurs d’ Afterres 2050 comptent libérer 5 à 8 millions d'hectares pour la biomasse, en profitant de la réduction de la production de viande. Cette ambition est totalement démesurée si on étudie en détail les contraintes agronomiques et alimentaires :

Situation actuelle :



Source :http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATnon10206&reg_id=0


Le nouveau visage de l'agriculture française serait le suivant :


Le gain en terme de SAU serait en théorie de 3.6 millions d'hectares de terres arables et 2,9 millions d'hectares de prairies, c'est n'est pas du tout le ratio avancé par Négawatt mais ça reste un gain. Sauf que les auteurs ont oublié un énorme détail : en AB, ça produit moins, parfois beaucoup moins, surtout en céréales, oléagineux et protéagineux.

L'Inra donne des chiffres de perte de rendement dans le rapport Ecophyto R&D :


Ces chiffres donnent une idée du rendement réel de l’agriculture biologique. Le décrochage des rendements est bien réel : certaines cultures voient leur rendement divisé par 4. Les rendements sont relativement constants en agriculture conventionnelle ou de conservation, en AB les risques de perte de récolte ou d’accident sont plus présents et expliquent les larges échelles pour certaines productions.

On peut néanmoins remarquer que le maïs, plante particulièrement critiquée par les écologistes, est la seule céréale à supporter la conduite biologique avec une perte de rendement acceptable. Des rendements de 60 quintaux en AB sont courant. Cela démontre une fois de plus la pertinence de la production de maïs en France, plante robuste, bien adaptée au changement climatique et qui dépend moins de l’apport de la chimie que les céréales à pailles traditionnelles.

Les surfaces nécessaires pour maintenir la production alimentaire tout en respectant la parité entre l’ AB et l’ AC sont les suivantes:


Source : http://www.inra.fr/content/download/21819/305895/version/3/file/EcophytoRD-Synthese-20janv10-web.pdf

Ces chiffres permettent de revenir à la réalité et elle n'est pas réjouissante pour les promoteurs du scénario : la réduction de l'élevage est insuffisante pour dégager des surfaces et convertir la moitié en AB. Ce n'est pas 5 à 8 millions d'hectares qui seront libérés, mais bien 0.98 millions d'hectares qu'il faudra ajouter aux terres arables. Il ne reste donc que 1.92 millions d’hectare de prairies permanentes libérées, et rien n’indique que celles-ci sont aptes à recevoir des cultures classiques.

Le dernier point, faire six « productions » par sur la même parcelle, ne convainc par les auteurs eux-mêmes, faire 8 productions en cinq ans est possible (mais avec de l'élevage), mais six productions différentes en simultanée ça devient n'importe quoi.

http://www.agriculture-de-conservation.com/8-recoltes-en-5-ans.html?id_mot=15

On se demande si les auteurs ont compris que les plantes avaient besoin de lumière pour produire, et que jusqu'à présent on ne peut pas contrôler le soleil. Additionner des productions qui auront besoin de lumière au même moment ne fera que réduire la part exploitable pour chacune, et donc le rendement d'aliment et biomasse.

La graine est pour l'Homme, la plante pour le sol, principe de base de l'agriculture à respecter

L’œuvre fictionnelle la plus marquante des auteurs du scénario est leur proposition de destruction de la fertilité des sols avec trois idées susceptibles de provoquer effondrement pur et simple du système agricole :

  • Exporter un quart des résidus de culture
  • Planter des cultures intermédiaires sur les 2/3 des terres (pour les convertir en biomasse méthanisable)

Récolter 20% de l'herbe des prairies pour la méthanisation
Ces propositions sont cauchemardesques au plan agronomique, on se demande si les auteurs n'ont tout simplement pas compris le concept de matière organique dans le sol. Plusieurs décennies de travail mécanique du sol intensif ont eu raison d’une partie du stock de matière organique de nos sols agricoles (il manque en moyenne 2 points de matière organiques) et de nombreux agriculteurs ont dû changer leurs pratiques pour éviter la catastrophe. Exporter les pailles est un facteur de risque supplémentaire pour la santé de nos sols agricoles, compte tenu de leur état, c’est une proposition irresponsable.

L'exportation des résidus de culture est un jeu dangereux et peu pratiqué. D'abord il ne concerne que les céréales à paille, les autres résidus de culture ne sont pas récupérables, il est donc faux d’annoncer que 25% des résidus de cultures seront récupérés. Les sols les moins sensibles peuvent exporter au maximum 10 à 20% des pailles et à condition d’accueillir au moins 50% de céréales à paille dans la rotation. Tous les sols ne sont pas aptes à une telle spoliation, les sols sableux ou battant par exemple ne supporte pas ce traitement : il faut au contraire les charger en matière organiques pour leur donner des caractéristiques agronomiques favorables. Si on prend en compte le passif des terres arables françaises, exporter les pailles est la meilleure méthode pour continuer à dégrader le potentiel agronomique de nos sols. Les auteurs ont omis de prendre en compte les exigences de leur propre scénario : la part des céréales à paille doit être réduite, notamment au profit des légumineuses et des légumes, qui ne laissent pas de résidus. L’assolement en céréales à paille sera largement inférieur à 50% et rendra de fait impossible l’exportation de résidus en dehors des besoins de litières pour les animaux.

Les auteurs ne soutiennent pas l'idée que le retour au sol des boues de méthanisation supprime le risque de perte de matière organique, ce qu’affirment les promoteurs de la méthanisation. Je suis de leur avis, le processus de création de la matière organique doit avoir lieu sur la parcelle, si balancer de la lignine et des minéraux était la solution, ça se saurait. Cette ressource peut dont être complètement oubliée.

Le second point est une autre invention totalement délirante: il est concevable de planter des couverts sur les 1/3 des parcelles, ça parait difficile d'aller au-delà de 50%, certaines intercultures (par exemple entre un colza et un blé) sont trop courtes ou trop tardives (récolte de maïs grain durant l'hiver) pour développer un couvert. Mais le fond du problème n'est pas là, il est conceptuel.

Exporter la biomasse des couverts pour la méthanisation est un contre usage. Les couverts sont des interventions agronomiques, ils ont de multiples rôles:
  • Capter les restes de fertilisation
  • Fixer de l'azote atmosphérique 
  • Rendre disponible certaines formes de phosphore 
  • Lutte sanitaire (nématodes, champignons du sol) 
  • Protection contre les adventices durant la croissance du couvert 
  • Formation d’une couverte de matière végétale morte faisant écran aux adventices, réduisant l’évaporation et améliorant la biodégradation des molécules phytopharmaceutiques 
  • Fissurer le sol 
  • Nourrir les vers de terres qui entretiennent la structure du sol 
  • Libérer des glucides qui participent à la création d'une structure favorable du sol 
  • Tromper les limaces pour protéger la culture suivante (les limaces ont tendance à ne pas changer d'aliment)
Cette liste n'est pas exhaustive, des nouveaux rôles sont régulièrement mis en évidence ou recherchés, cette technique est encore jeune. Les couverts performants sont des mélanges qui permettent d'accomplir plusieurs de ces tâches. Récolter les couverts, même en restituant les déchets du méthaniseur, supprime l'essentiel des services qu'ils peuvent et doivent rendre. L'agriculture écologiquement intensive est un ensemble cohérent de techniques, dont les couverts intercultures forment un des trois piliers avec les rotations et la suppression du travail du sol.

La récolte des couverts pose aussi des problèmes pratiques à ne pas prendre à la légère, d'abord parce qu'ils atteignent leur maturité à des périodes peu favorables au passage d'engins lourds (automne et début d'hiver), ensuite certains couverts sont des successions d'espèces qui n'atteignent pas leur plein développement au même moment, ce qui réduit encore plus l'intérêt d'une récolte. Dernier point de blocage, certaines espèces très utilisées dans les couverts, comme la moutarde, ne sont pas forcément compatibles avec la production de biogaz de qualité à cause de leur richesse en acides aminés soufrés et en composés toxiques.

Cette ressource n'existe donc pas, c'est une pure invention des auteurs qui n'ont pas compris le rôle des couverts dans les systèmes agronomiques d'agriculture écologiquement intensive. C’est une erreur d’autant plus impardonnable qu’ils comptent convertir la moitié des surfaces en AEI, tout en violant un des trois piliers qui soutiennent cet ensemble de techniques. Encore une fois les auteurs s’emparent d’un sujet prometteur, l’ AEI, et tordent la réalité pour la faire rentrer dans le carcan de leur triple ambition : sortir du pétrole, du nucléaire et maintenir une société relativement confortable. L’ AEI va sans doute permettre de créer une agriculture durable, capable de nourrir la planète sans détruire l’environnement, mais elle ne pourra pas nourrir les humains et alimenter nos besoins énergétiques gargantuesques.

La dernière ressource fantoche c'est l'herbe, normalement destinée aux ruminants. Les auteurs ont simplement oublié de prendre en compte les risques de sécheresse, d’autant plus que le changement climatique semble les rendre plus fréquents. Cette ressource ne sera pas disponible tous les ans, même en réduisant le cheptel. Il parait pour le moins hasardeux de construire un scénario de production d’énergie sur des ressources instables. Si l’éolien et le solaire sont intermittents, il est néanmoins possible d’avoir une bonne idée de leur production globale à l’année ou par saison. Cela ne sera pas le cas avec cette ressource dont la disponibilité sera parfois nulle. Si la forêt n’était pas exploitée à plus de 100% dans le cadre du scénario, il aurait était possible d’utiliser le bois comme variable d’ajustement...

Les deux autres ressources (déjection d'animaux et déchets divers) ne posent pas de problème particulier, si on suppose que les auteurs ont bien pris en compte leurs propres contraintes de réduction de cheptel, notamment des élevages hors sols dont les déchets peuvent être totalement récupérés, ce qui n’est pas le cas avec les animaux de pâtures. Il faut aussi signaler que le biogaz produit avec les déchets est de qualité médiocre (riche en hydrogène sulfuré qui forme rapidement de l'acide sulfurique) et nécessite de retraitements avant utilisation, notamment dans des turbines performantes mais fragile.

Le maïs, bête noire des écologistes, la seule solution
L’ambitieux programme de méthanisation de négaWatt repose forcément sur la mobilisation de vaste surface d'ensilage maïs. Les surfaces que les auteurs croient pouvoir libérer pour les cultures de biomasses permettraient effectivement d’atteindre les 153TWh : 2,75 millions d'hectares de bonnes terres en maïs biomasse suffirait.

Cette surface représente quasiment le double de la surface de maïs ensilage aujourd'hui cultivé pour les troupeaux. La réduction du cheptel pourrait plutôt dégager 0.5 à 0.7 millions d’hectare pour cette activité, soit au maximum 38TWh. Les contraintes du scénario ne permettent pas de libérer des terres aptes à recevoir cette culture : il faut des sols profonds, bien alimentés en eau ou de l’irrigation intensive. Il est difficile de dire s’il sera possible de mobiliser une telle surface en supprimant les contraintes du scénario Afterres2050 (pas de bio, consommation de viande libre pour le consommateur), la principale contrainte n’est pas notre marché national, mais les pays dont les populations dépendent de nos exportations de céréales (25M de tonne par an, dont 10M de tonne de blé panifiable pour la consommation humaine). Un bonne progression des rendements (c'est à dire la disponibilité totale des technologies modernes, y compris biotechnologique), un marché mondial bien fourni et une politique volontariste de réservoir d'eau pour l'irrigation peuvent permettre d'y parvenir. Comme avec la forêt il serait nécessaire de renoncer aux principes écolo-politiquement corrects sur lesquels s'engagent les promoteurs.

L'absence d'agronome parmi l'équipe « d’experts» à l'origine de ce scénario se fait cruellement sentir. Les auteurs du scénario s'en tiennent à leur ligne directrice : proposer un chiffre brut techniquement possible mais l'accompagner de contraintes écolo-politiques très sévères qui rendent utopique la réalisation de leur projet. Pour éviter de présenter clairement la seule source de biomasse crédible, le maïs ensilage, les auteurs ont inventé de toutes pièces des sources d’énergie inexistantes. Trois des cinq ressources de matière mathénisable sont respectivement largement surévaluées, inexistantes et irrégulières. Les auteurs du scénario ne détaillent par les apports respectifs des ressources qui sont censés permettre de produire les 143TWh annoncé pour la biomasse liquide. On peut supposer qu'il va manquer au moins la moitié de l'énergie annoncé soit 70TWh. Les terres qui sont censés être libérées pour des cultures biomasse sont aussi très largement surévaluées, pour maintenir la production alimentaire il faudra prendre des terres arables sur la surface de prairie et espérer que les rendements de l’ AB se n’effondreront pas à cause de la trop grande densité de parcelle AB et la plus faible disponibilité d’engrais organique.

A ce stade le bilan du scénario Négawatt est un déficit de 90 à 142TWh, soit 2,5 à 4 EPR (en équivalent PCI thermique). Si le reste du scénario est à l’avenant (ce que semble confirmer d’autres analyses http://www.sauvonsleclimat.org/etudeshtml/analyse-du-scenario-negawatt-2011/35-fparticles/943-analyse-du-scenario-negawatt-2011.html) , Négawatt est un scénario extrêmement dangereux et irresponsable, son application plongerait le pays dans une crise sociale, économique, alimentaire, énergétique et politique sans précédent.
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