mercredi 4 avril 2018

Énergie : les pièges de l’idéologie

par Loïk Le Floch-Prigent
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À vouloir professer une certaine idéologie écologiste, le débat sur l’énergie se retrouve depuis quelques années dans un déni de réalité désarmant. La loi sur la « transition énergétique » se révèle inapplicable tandis que chaque coup de froid fait trembler les responsables du réseau électrique.
On se gargarise d’avoir voté une autre loi sur l’arrêt de l’exploration des fossiles et de vouloir réduire la part du nucléaire dans la production française tandis que l’on prépare mondialement une augmentation de la production de gaz et que nous nous réjouissons de voir notre industrie nucléaire en Chine et peut-être bientôt en Inde.

Quel diagnostic pour quelles décisions ?


L’écologie politique et ses histrions a perdu le goût pour l’écologie tout court et pour le concret. On a droit de rêver, on se doit d’avoir une vision de l’avenir surtout quand on veut faire de la politique, mais le diagnostic de la situation de la France, de l’Europe et du monde est un préalable à la prise de position sur les orientations à donner et donc les investissements à réaliser.
Les mauvaises décisions conduisent à une augmentation des coûts et donc de la charge sur tous les contribuables et les consommateurs.
Les changements brutaux comme celui que tentent d’opérer les technocrates baignant dans l’idéologie écologiste sont très coûteux pour la collectivité et si l’on va faire souffrir toute une population il faut définir le but à atteindre et le chemin pour y parvenir.
« Une révolution dont on ne connait pas encore le point d’atterrissage » et la foi dans « le sens de l’histoire » n’ont aucune raison de recueillir l’adhésion populaire le jour où la note d’électricité double ou triple et où les délestages apparaissent les jours de grand froid.
La remise à niveau du carburant diesel sur l’essence et la volonté d’interdire le diesel dans certaines agglomérations est une charge supplémentaire pour une population déjà ébranlée par les interdits qui se multiplient et les coûts qui augmentent de toutes parts.
Il faut de vraies raisons pour faire ce tête à queue et se préparer à vivre des conséquences difficiles. L’avenir décrit avec des piétons et des vélos se mêlant à des transports en commun surpeuplés est peu compatible avec l’augmentation de la durée de vie et donc les déplacements d’une grande partie de la population vieillissante.


S’appuyer sur les installations amorties


En ce qui concerne les investissements énergétiques, notre intérêt économique en tant que pays est de conserver le plus longtemps possible les installations amorties et de préparer l’avenir avec du matériel issu de l’industrie nationale pour conserver autant que faire se peut une certaine indépendance de notre consommation.
Notre hydraulique est, à cet égard, fondamentale, elle concerne 12% de notre production électrique, et nous sommes en train d’abandonner l’industrie correspondante (aujourd’hui à General Electric, demain on ne sait pas !) et de mettre le bazar dans la propriété des installations sous prétexte européen.
Notre thermique est de grande qualité, il s’est adapté aux nouvelles normes d’émissions, et nous sommes en pointe pour la transformation « écologique » des centrales charbon avec un mélange avec des résidus ligneux.
Cycles Combinés à Gaz et Centrales charbon peuvent continuer à assurer les « pointes «  en particulier lorsque le vent est absent et le soleil aussi. Nous avons raté industriellement le tournant solaire et éolien, désormais aller plus loin serait suicidaire tant que nous n’avons pas rebâti une production locale, c’est bien ainsi que nous avions raisonné pour installer 58 réacteurs nucléaires sur notre sol.
On vient de s’apercevoir que les appels d’offres des éoliennes en mer sont obsolètes, c’est-à-dire reposant sur des données anciennes avec l’utilisation de matériels du passé !
Normal, nous n’avons pas généré d’industriels nationaux dans ce secteur. Arrêtons le massacre et orientons -nous vers l’avenir, des éoliennes flottantes loin du rivage pour accueillir plus de vent régulier et obtenir de meilleurs rendements et donc un coût satisfaisant.
Enfin nos centrales nucléaires sont amorties, gardons les tant que l’ ASN nous assure de leur pertinence et préparons le futur comme le font les grands pays émergents , Chine et Inde, ce n’est plus la peine de dire que le nucléaire et le gaz sont le passé, c’est l’avenir des deux plus grands pays du monde.

Ne pas nier les réalités énergétiques


L’idée que l’économie circulaire, une diversité de sources d’énergie permettant que certains producteurs soient aussi consommateurs est effectivement « enthousiasmante » mais elle ne résiste aujourd’hui ni aux réalités économiques, ni aux chiffres de la demande en énergie de la population actuelle.
C’est une orientation souhaitable que de permettre aux particuliers de faire des installations solaires et aux agriculteurs de réaliser des méthaniseurs, mais les délais, les importations nécessaires et les productions envisagées ne résolvent pas le problème de la demande des grandes concentrations urbaines, les métropoles du pays.
Il en est de même dans tous les pays qui n’ont pas encore de réseaux électriques, on peut résoudre rapidement des problèmes locaux pour des consommateurs pas trop exigeants sur la régularité, mais pour les conurbations ce sont les solutions « classiques » qui sont et seront mises en œuvre.
C’est le gaz qui va permettre à l’Afrique de s’électrifier dans un futur proche, même s’il faut aussi utiliser au mieux leur soleil dans les zones qui ne connaitront des interconnexions que beaucoup plus tard.
Le modèle énergétique de demain, on ne peut en parler qu’après un diagnostic précis, pour la France, pour l’Europe et pour le reste du monde pays par pays.
Ensuite il faut définir la priorité car les objectifs présentés par les idéologues sont de fait contradictoires pour « demain » , on ne peut pas « en même temps » ne pas trop gonfler la facture énergétique des ménages et concilier les quatre urgences, dérèglement climatique (bas carbone), suppression des fossiles, réduction du nucléaire, développement des renouvelables (solaire, éolien et méthanisation).

Investir dans l’avenir


L’hydraulique est bizarrement exclue. La France a raté le premier train des renouvelables, inutile de casser la tirelire pour importer du matériel du passé, regardons l’avenir, le solaire va connaître des révolutions, le stockage de l’énergie aussi, les éoliennes flottantes vont se répandre, les hydroliennes fluviales sont en phase de mise au point, il y a une grande quantité d’initiatives, de recherches, de développements prometteurs dans notre pays, n’investissons pas dans le passé mais dans l’avenir et en attendant gérons au mieux nos acquis et ne balançons pas par-dessus bord des investissements amortis qui font la France d’aujourd’hui .
L’écologie c’est la science du vivant, des vivants, de la vie. J’ai montré récemment que dans le projet d’éoliennes en mer du cap Fréhel on oubliait le vivant, la faune, la flore et les humains, pour satisfaire une idéologie.
Il est important que la véritable écologie, celle qui doit préserver la vie, les humains comme la biodiversité, ne soit pas mise au rebut pour la satisfaction de quelques rêveurs qui ont perdu le sens des réalités.

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