vendredi 2 juin 2017

L'argent des Mulliez planqué chez les 3 Suisses

Droit à la ville
Harry Cover
29 mai 2017 



 



Tout ce que touchent les Mulliez se transforme en or... avec un petit coup de pouce du contribuable. Le maire (LR) de Croix, Régis Cauche, semble marcher main dans la main avec la bourgeoisie locale et ses meilleurs ambassadeurs : la famille Mulliez. Une version locale du « président des riches » qui laisse les abords du canal de la Marque à la prédation de la famille multi-milliardaire.

La famille Mulliez a depuis longtemps établi ses quartiers à Beaumont, sur une vaste zone arborée et discrète de la métropole qui s’étend le long du canal de la Marque, à cheval sur Croix et Villeneuve d’Ascq. Beaumont, un quartier où le taux d’ ISF est parmi les plus élevés de France, abrite le creuset historique de la famille Mulliez, ses résidences et ses sièges sociaux. Outre les différentes maisons du clan disséminées çà et là, on y trouve, chemin de la Vacquerie, la demeure du patriarche Gérard Mulliez, fondateur d’Auchan. Juste à côté des quelques hectares qui composent la propriété, l’imposant siège d’Auchan laisse flotter les drapeaux des pays dans lequel il est implanté. Plus loin, le siège de Chronodrive ferme la perspective. Cet ensemble cerné par le bois de Warvamme – également propriété de la famille – s’est agrandi avec l’acquisition de la clinique du Parc et du château de la Fontaine qui héberge les réceptions de la multinationale. La clinique est rasée en 2014 pour accueillir le dernier bijou de la famille, la banque Accord (ou Oney Bank), mastodonte hyper moderne qui occupe un espace de 700 mètres de long sur le boulevard.
La famille Mulliez constitue une association familiale (AFM) qui autofinance ses projets plutôt que recourir aux banques ou aux marchés financiers, se redistribuant au passage les bénéfices qui lui servent à s’agrandir.

Tapis rouge pour diamants blancs
Les Mulliez peuvent compter sur la mairie de Croix pour sortir le tapis rouge à leurs opérations foncières. En 2011, les 6 ha du centre aéré Georges-Pompidou sont déclarés « vétustes » et fermés au public contre la volonté des habitant.es. La vétusté des lieux est largement contestée par l’opposition municipale et le comité de sauvegarde du parc Croix-Beaumont. Sans surprise, c’est la famille Mulliez qui a fait acquisition du terrain dans le but d’y construire des maisons individuelles et une maison de retraite. Pour calmer les esprits, la mairie a concédé la reconversion d’un hectare en parc. Les élus de d’opposition soulignent que « la mairie a négocié la vente des terrains sans passer par un appel d’offre » pour le plus grand bonheur de Maxime Mulliez. C’est que les deux larrons se connaissent bien. Avant de devenir maire de Croix, Régis Cauche était directeur de Mondial Relay (les points relais colis), une filiale des 3 Suisses alors détenue à 45 % par la famille Mulliez. Cette transaction pour le moins amicale était-elle pour lui une façon de faire un cadeau à ses anciens patrons ?

Les Diamants blancs, la maison de retraite qui doit sortir de terre en lieu et place de l’ancien centre aéré, s’inscrira dans la continuité des autres maisons de retraites du groupe Les Orchidées, propriété de l’ AFM. Représentés par son vice-président Maxime Mulliez, Les Diamants blancs sont destinés à être un havre de paix au cœur d’un des quartiers les plus riches de France. Au programme, « balnéothérapie, marche nordique ou restaurant gastronomique (…) répondant aux besoins de personnes âgées de 75 à 90 ans en relative bonne santé ». Peu probable que ces infrastructures profitent aux ancien.nes ouvriers et caissières d’Auchan, dont les revenus – et accessoirement l’espérance de vie – sont plus faibles.

Étoile montante de la famille Mulliez, Maxime est le fils de Francky Mulliez (fondateur de Kiloutou) et frère de Franck Mulliez (administrateur pour Leroy Merlin et SA Agapes, qui possède Flunch, Pizza Paï, So Good, Les 3 Brasseurs...). Maxime Mulliez est un grand amateur de pierres précieuses : il est à la tête d’une dizaine de SCI (sociétés civiles immobilières) dont Rubis, Saphir, Agate et Émeraude. Il est aussi le fondateur de Déposit, dépôt-vente d’occasion qu’il a reconverti en Village de la Marque, rassemblement de boutiques en bordure de la Marque. Maxou répète l’opération et fonde un deuxième village au Recueil à Villeneuve d’Ascq. Avec sa SCI Émeraude, il y érige 17 logements pour personnes âgées. Grâce aux informations du clan Mulliez, les affaires vont bien : le fils prodigue est sur le point de doubler la surface de son premier village à l’entrée de la friche des 3 Suisses.



Rubis sur l’ongle

En 2014, le démantèlement des 3 Suisses assoit encore l’influence familiale sur la zone. Le groupe est alors scindé en deux entités : 3 Suisses International et Argosyn. Dans la première ne sont conservées que les activités peu rentables… l’AFM cède ses parts. Dans la seconde, détenue à 45 % par Mulliez, restent le foncier et les branches en bonne santé du groupe. Chacune de ces branches est tour à tour vendues : Bruneau (fournitures de bureau) à 100 millions d’euros en 2015, les bâtiments et terrains de Cofidis au même prix, et plus récemment, la société de recouvrement Contentia (33 millions d’euros de chiffre d’affaires) est cédée en juillet 2016.

Le partage du gâteau des 3 Suisses entre l’ AFM et le deuxième actionnaire (le groupe Otto) ouvre une friche de 12 ha entre Croix et Villeneuve d’Ascq (parking, stocks et terrains). Une partie est utilisée par le club hippique de Roubaix, lui même géré par une SCI dont Maxime Mulliez est membre. Argosyn construit quant à lui un quartier entier avec bien sûr plus-value à la clé sur les terrains et les bâtiments. Cet ambitieux projet s’inscrit dans le nouveau plan local d’urbanisme soumis à l’appréciation des élus de la MEL et des élus locaux dont Régis Cauche (maire de Croix) et Gérard Caudron (maire de Villeneuve d’Ascq). En décembre 2013, à la surprise générale, Régis Cauche vote contre le projet. En effet, le nombre de logements prévus est trop important au goût de ses électeurs, ce qui le met en difficulté à la veille des municipales. Gérard Caudron s’étonne de ce revirement : « Avec mon collègue Régis Cauche, très "actif" au départ sur ce dossier (…) on a eu de nombreuses réunions à tous les niveaux. » Il dénonce le « comportement du maire de Croix refusant de voter la convention d’objectifs juste avant les élections ». Bien que Gérard Caudron trouve lui aussi le nombre de logements déraisonnable, il était prêt à soutenir le projet censé donner une « perspective financière à l’entreprise » des 3 Suisses. Raté, c’est Argosyn qui empochera le magot.

Après les élections municipales, qui les confirment dans leurs postes, ce sont finalement 711 logements sur 12 ha qui sont prévus. Mais cette fois, Cauche, comme Caudron, se prononce en faveur du projet. Ah, la magie des lendemains d’échéances électorales... Étrangement, les doléances à la mairie de Croix ne concernent plus le nombre de logements, mais plutôt des questions auxiliaires telles que le stationnement, le trafic urbain, la hauteur des constructions et la non-concurrence avec les équipements sportifs de la ville. Exit la question de la surpopulation donc.

Sans perdre de temps, l’ AFM s’est portée acquéreuse du siège des 3 Suisses. Et La Voix du Nord de se réjouir : « Ça tombe bien, dans la "galaxie" Mulliez, il y a pléthore d’entreprises qui pourraient y poser leurs valises »... sur les ruines du deuxième groupe de vente par correspondance français ! Dans le Nord, les élites politiques, économiques et médiatiques sont toujours capables de faire passer un désastre pour une bonne nouvelle.

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