samedi 24 février 2018

La transition des épithètes

http://lemontchampot.blogspot.fr
23/02/2018

Le Ministère de la Transition écologique et solidaire vient de publier le suivi de la "Stratégie Nationale Bas Carbone" (SNBC)

Ce qui permet d'avoir enfin un retour sur les effets de l'effort collectif considérable visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES), exprimées en équivalent CO2 (CO2eq).

Les moyens mobilisés :
Il en ressort, en premier lieu, que la plus grosse partie du financement de cette politique provient de la contribution au service public de l'électricité (CSPE), c'est à dire d'une taxe sur la facture d'électricité, payée par tous*, sans distinction de taux, contrairement à l'impôt qui est proportionnel aux revenus.
(*à l'exception des tarifs spéciaux accordés aux plus précaires)


 Source Suivi des recommandations "transversales" (sic) de la "stratégie bas carbone"

Cette répartition de la principale charge financière de cette stratégie relève d'une curieuse acception de l’épithète "solidaire" accolée au nom du Ministère.  
Avec 5,68 milliards d'€, c'est le secteur qui supporte la plus forte hausse en 2017.

La cible :
En second lieu, cette cible "prioritaire", qu'est donc la production d'électricité, ne représente, avec une trentaine de MtCOeq par an, selon RTE, que moins des 2/3 du secteur de production d'énergie (dont raffinage) qui ne constitue lui même que 11 % des émissions, selon le rapport du Ministère.


L'efficacité de la stratégie :
 Pour couronner le tout, la stratégie employée pour décarboner ce secteur se révèle strictement inefficace.
D'une part pour la raison qu'on ne tond pas un œuf, et que le parc électrique français n'avait pas attendu la "Stratégie bas carbone" pour n'émettre quasiment pas de CO2, grâce à 77% de production nucléaire et plus de 10% d'hydraulique.

Selon l'Observatoire de l'industrie électrique, la production nucléaire a progressé de 50% entre 1990 et 2011.

Source Observatoire de l'Industrie électrique

Expliquant la réduction logique des émissions depuis cette date de référence.

D'autre part, il convient de mentionner que la période 2011/2013 correspond au remplacement de l'usine d'enrichissement d'uranium Eurodif par l'usine G.Besse 2, dont la consommation de 60 MW, est 50 fois inférieure à celle des 3000 MW d' Eurodif à qui les 3 réacteurs du Tricastin étaient dédiés.
Et que la libération, pour la consommation nationale, de ces 3 réacteurs, correspond à la chute des émissions en 2014.

Le graphique du rapport de la "Stratégie bas carbone", ci dessous, montre cette évolution.
Ainsi que les 3 années consécutives d'augmentation des émissions qui ont suivi, (la 3ème (2017) figurant en jaune dans les prévisions), qui ont donc marqué les effets de notre "stratégie bas carbone".
La prévision de hausse ayant hélas été confirmée par le bilan électrique 2017 de RTE.



Les effets différés de cette stratégie 
Le Ministère ne croyant pas lui même à l'efficacité de sa "stratégie bas carbone", aucune amélioration n'est attendue sur son graphique avant ... 2028 !

Comme si on avait la moindre idée de ce que les fantastiques progrès technologiques nous réservaient comme surprise dans 10 ans !

Et surtout comme s'il était acquis que l'intermittence de production des énergies dites "renouvelables" serait encore soutenable d'ici là.
Car leur l'épithète "durable" de leur développement caractérise précisément leur incapacité à durer lorsque le soir ou le vent tombe.
Et aujourd'hui déjà, les restructurations du système électrique vers des smart grids "intelligents", règles d'effacements de consommation,  ou nouvelles dispositions sur l'indispensable et problématique stockage électrique, entrainent des coûts démesurés, et de nouvelles règles de marché que vient notamment de dénoncer la Commission de régulation de l'énergie (CRE) qui rappelle que "l’ambition européenne doit être en phase avec les réalités techniques du fonctionnement des réseaux".
Dans son communiqué de presse elle dénonce le fait que "les mesures harmonisées sur l’équilibrage pourraient avoir un coût prohibitif pour le gestionnaire de réseau de transport et de ce fait peser sur la facture du consommateur français sans bénéfice avéré". 

"Bas carbone", "novateur", "intelligent", "responsable", "durable", "citoyen", "participatif", "solidaire" ..., autant d'épithètes autoproclamées haut et fort qui dénoncent leur vacuité avec la même emphase maladroite que celle de "démocratique" lorsqu'elle est accolée à République.

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