lundi 19 février 2018

Méthanisation : quand les agriculteurs fournissent l'énergie du futur

par Rosalie Lafarge


Commentaire : résumons : en tant qu'exploitant agricole, le gouvernement m'encourage à installer sur mes terres des Pv, éoliennes et autre méthaniseur. Dans ces conditions, peut-on m'appeler encore "agriculteur"?
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Juste avant l'ouverture du salon de l'Agriculture ce week-end, le gouvernement devrait annoncer des mesures visant à encourager la filière de la méthanisation, pratique qui consiste à produire de l'énergie à partir des déchets organiques. Un coup de pouce que certains agriculteurs n'ont pas attendu pour se lancer.

Avec 15 000 tonnes de déchets, une unité de méthanisation permet d'alimenter 700 foyers en électricité. © Xavier Granet/Evergaz

Les agriculteurs seront-ils les fournisseurs d'énergie de demain ? C'est tout l'enjeu de la méthanisation, une filière encore peu développée en France mais en laquelle croit le gouvernement. De nouvelles mesures sont attendues cette semaine pour encourager le développement de cette méthode qui recycle les déchets organiques (des résidus d'origine végétale ou animale - le fameux pet des vaches, emblématique du méthane décrié dans la pratique de l'élevage agricole). Une technique qui séduit déjà certains éleveurs même s'ils demeurent peu nombreux.
À Saint-Nicolas-du-Tertre dans le Morbihan, à quelques mètres des 2 400 porcs de l'exploitation familiale, Vivien Texier a fait installer une énorme cuve, alimentée en permanence, par du lisier, mais aussi des boues agricoles, des graisses alimentaires, des résidus de céréales, de légumes... Tout ce qui est organique peut fermenter dans le digesteur, cette cuve pleine de bactéries qui vont consommer les déchets et produire du biogaz.

La ferme alimente 700 foyers en électricité
les 15 000 tonnes de déchets traités chaque année chez les Texier permettent d'alimenter 700 foyers en électricité. Et l'éleveur récupère aussi de l'engrais naturel, grâce à des matières qui, avant, étaient souvent épandues dans les champs : "C'était un peu du gaspillage : la matière finira toujours épandue, mais on en extrait d'abord l'énergie."
"On est fiers de dire qu'on produit de l'électricité avec des déchets" explique l'exploitant : "Nous, agriculteurs, on a un rôle à jouer parce qu'on a les capacités de le faire." Capter le méthane permet de plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de limiter les frais de traitement des lisiers.
Et ce ne sont pas les seuls avantages d'après le père de Vivien, Bernard-Pierre Texier : "Le problème de lisier de porc, c'est qu'il y avait les odeurs. C'est quand même agréable de ne plus embêter les voisins."

Ne pas produire au détriment de l'alimentation
Malgré tous ces avantages, la filière peine à se développer. Des freins administratifs et financiers, analyse Frédéric Flipo, cofondateur d' Evergaz, l'actionnaire majoritaire de l'unité de méthanisation : "En Allemagne il y a 9 000 unités de méthanisation contre 600 en France, alors que l'on a un potentiel agricole au moins comparable et une industrie agro-alimentaire qui est très performante et qui génère aussi beaucoup de côté, soit d'autant de matière première pour nous."
Une technique qui semble totalement bénéfique mais dont les dérives inquiètent les défenseurs de l'environnement. Marion Sevaz, coordinatrice du réseau Energie chez France Nature Environnement (FNE), émet quelques réserves : "La méthanisation ne doit pas ralentir la démarche de prévention des déchets organiques. On ne va pas produire des excédents de déchets juste pour créer plus d'énergie. On est en retard sur le développement des énergies, il ne faut pas le faire au détriment de l'environnement et de la préservation de la biodiversité."

Pour FNE, il faut absolument adapter la taille des unités de méthanisation à celle des élevages pour ne pas tomber dans les travers allemands. Chez nos voisins, par endroit, on cultive uniquement pour produire du biogaz au détriment de l'alimentation.

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