jeudi 23 mars 2017

« Peser l’alternative entre nucléaire et énergies renouvelables »

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Par Jacques Treiner (Physicien, membre du Conseil scientifique du think tank The Shift Project et de l’Association Sauvons le climat)
23/03/2017

La lutte contre le réchauffement climatique, élément de la campagne présidentielle, oppose de façon manichéenne énergies renouvelables et nucléaire. 

(Photo : Des agents EDF travaillent dans une salle de contrôle simulée de la plus ancienne centrale nucléaire française de Fessenheim, le 14 novembre 2013.

La question de l’énergie a du mal à s’inviter aux débats de la présidentielle. Plus on se proclame de gauche, plus on adopte fermement le triptyque « fermer Fessenheim », « diminuer la part du nucléaire », « augmenter la part des renouvelables » – l’exception du Parti communiste confirmant la règle. Mais on peut réaliser le souhaitable (augmenter la part des renouvelables) sans s’encombrer de l’inutile (fermer Fessenheim) ni de l’infaisable (diminuer la part du nucléaire) !

En arrière-plan, cette constatation d’évidence : dans la mesure où, en France, la production d’électricité n’émet pas, à 95 %, de gaz à effet de serre, les secteurs prioritaires de la transition énergétique devraient être l’habitat et le transport, qui concentrent les trois quarts de nos usages de pétrole et de gaz.

« Fermer Fessenheim » 
L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est indépendante du pouvoir politique depuis 2006. Avec près de 500 agents, elle appuie ses avis sur les études de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, environ 1 800 collaborateurs). L’ASN émet trois types d’avis concernant le fonctionnement d’un réacteur : autorisation de fonctionner en l’état, autorisation moyennant travaux, interdiction de fonctionner. Fessenheim s’est trouvé dans le deuxième cas, et EDF a décidé d’effectuer les travaux demandés. « Fermer Fessenheim » ne s’appuie donc sur aucun avis défavorable de l’ASN quant au maintien de la centrale. La promesse de François Hollande résulte d’un marchandage purement politique qui date de la campagne de 2012. Pourquoi la reprendre aujourd’hui ?

Coût du démantèlement
« Réduire la part du nucléaire » : la France serait-elle « tout nucléaire » ? Non. Elle achète pour moins de 1 milliard d’euros d’uranium par an, mais pour 55 milliards de pétrole et de gaz. En énergie finale – celle payée par le consommateur – les produits pétroliers et le gaz représentent 60 %, l’électricité 25 %. Cette électricité est assurée majoritairement par le nucléaire (77 %), puis l’hydroélectricité (13 %), les centrales thermiques (5 %), l’éolien, le photovoltaïque et les déchets pour le reste. Cette structure du mix énergétique le rend très peu émetteur de gaz à effet de serre. Un kilowattheure (kWh) produit avec ce mix émet huit fois moins de CO2 qu’un kWh produit avec le mix allemand. Pourquoi « réduire la part du nucléaire » ? Du point de vue du CO2, on…

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