mercredi 4 novembre 2015

Climathon, semaine 44 : France Télévisions, des paroles et des actes

Publié le 4 novembre 2015 dans Environnement
Par Benoît Rittaud (et le jury du climathon)

La COP21 se rapproche, la propagande climatique s’intensifie !





À présent que la COP21 est dans moins d’un mois, vaincre au Climathon devient de plus en plus difficile, tant les innovations de propagande climatique ont été nombreuses depuis le début de l’année. France Télévisions l’a bien compris, en mettant en œuvre ce qui est sans doute le moyen de propagande le plus abouti: Faire un exemple en virant un journaliste ayant exprimé ses doutes sur la politique climatique.

Philippe Verdier, responsable du service météo de France Télévisions et auteur du livre Climat investigation (Ring, 2015), vient donc d’être licencié pour opinion climatique non conforme. Il était grand temps. Comment accepter en effet qu’un journaliste fasse une enquête dont les conclusions ne vont pas dans le sens voulu par le pouvoir ? En lourdant un mal-pensant, France Télévisions fait ainsi coup double: Elle se débarrasse d’un élément susceptible de lui valoir à terme un blâme, tout en signifiant très clairement à tout autre rebelle potentiel ce qu’il en coûte de s’attaquer au Camp du Bien. Une excellente chose de faite, donc, qui aura mécaniquement l’avantage collatéral de renforcer le consensus pré-COP21 au sein de la rédaction de France Télévisions. La Pravda télévisée d’État télévision publique neutre et indépendante remporte donc haut la main le titre de vainqueur de la semaine 44 du Climathon, tout en prenant date pour le titre de Champion d’Automne qui se jouera à la fin du mois.


Les accessits




Visiblement un rien jaloux du coup de maître de France Télévisions, Daniel Schneidermann s’est fendu d’un article presque équivoque dans Libération, dans lequel il déplore l’éviction de Philippe Verdier. Le jury a un instant craint de voir le journaliste défendre la liberté d’expression de son confrère: Heureusement il n’en est rien. Daniel Schneidermann ne redoute en effet que l’ « effet Streisand » à craindre de ce coup d’éclat. Une fois son ressentiment vidé, le chroniqueur de Libération en revient ensuite aux fondamentaux de la propagande de la grande époque. Comme la France n’est pas la Russie soviétique, Daniel Schneidermann ne peut certes pas proposer la Sibérie comme lieu du goulag, mais l’idée de base d’un séjour de redressement par le travail dans un camp situé aux confins du monde et du froid n’en demeure pas moins explicite:

Mais alors, que faire [contre Philippe Verdier] ? Des solutions existent. La chaîne pourrait lui trouver une nouvelle affectation, par exemple, en vertu de ses compétences, le nommer envoyé spécial permanent dans l’Arctique ou l’Antarctique.

On reconnaît là la patte drôle et impertinente d’un journaliste qui, par ailleurs, évite soigneusement tout mot de compassion pour un confrère qui vient de perdre son emploi pour délit d’opinion. Que Stéphane Foucart en prenne de la graine.

Le Centre National de la Recherche Scientifique publie cette semaine dans son journal un long pensum article intitulé « Climat: L’heure de vérité ». Faisant fi des vingt COP passées, le sous-titre annonce : « Le point sur les enjeux de cet événement sans précédent ». Il est vrai qu’aucune des vingt premières éditions ne s’est tenue dans le Pays des Lumières, ce qui explique sans doute leur échec.

Conformément à son rôle de caution de très haute rigueur scientifique, le journal du CNRS enchaîne dans un style d’une grande retenue: « De fait, l’urgence est simplement totale » puis « si rien n’est fait, le climat de notre planète pourrait totalement déraper d’ici à la fin du siècle ». C’est ensuite aux Cataclysmes Infernaux de faire leur entrée en lice avec la terrifiante montée des flots de « 3,3 mm par an contre 1 à 2 durant les derniers millénaires » (le jury du Climathon fait comme si aucun lecteur ne pouvait déduire que la conséquence minimale de cette dernière phrase était une montée des océans de vingt centimètres par siècle sans aucune contribution anthropique depuis l’Antiquité). Vient ensuite du classique qui fait toujours plaisir:

Enfin, les océans s’acidifient à un rythme sans équivalent depuis 300 millions d’années du fait de la dissolution du CO2 excédentaire dans les eaux de surface des océans. Avec des conséquences mal connues, mais inquiétantes sur les êtres vivants.

En clair: On ne sait pas, mais ce sera sans doute terrible et il est même probable que cela se révèle encore pire que ça.

Ce texte interminable très fouillé évoque ensuite les modèles climatiques, sans oublier de mettre en exergue les deux « auxquels contribue le CNRS », et donc que le monde entier nous envie. Nous avons encore droit aux projets pharaoniques ambitieux de réduction de « 80 à 95 % » de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays de l’Union européenne d’ici à 2050. Enfin, l’article élargit la perspective en nous rappelant à nos devoirs de bonne moralité climatique. C’est le Très Grand Savonarole Hervé Le Treut lui-même qui élève le débat à ce niveau:

Cela ne peut pas se résumer à des gestes verts, même importants, comme fermer le robinet pendant que l’on se lave les dents.

La France Éternelle peut décidément s’enorgueillir de disposer d’un organisme scientifique dont le journal a de quoi faire pâlir d’envie le reste du monde.

Alors que les négociations pré-COP21 préfigurent un bide intégral se poursuivent et que l’affaire Philippe Verdier fait plutôt moche dans le tableau, la charge contre les climatosceptiques continue. Un nettoyage au Karcher pour effacer ces importuns revenus par le soupirail infâme du monde réel s’imposait. Emmanuelle Cosse avait bien entendu toutes les compétences pour mener à bien cette charge, toute en retenue et en nuance. Avec sa délicatesse coutumière, la doucereuse patronne d’EELV a ainsi comparé les climato-sceptiques aux:

négationnistes du sida qui disaient dans les années 1990 que le sida n’existait pas.

Jugeant sûrement que les plus timorés risquaient de ne pas bien saisir le message, elle en a aussitôt remis une petite couche lyrique, franchissant joyeusement le point Godwin:

Aujourd’hui, il y a des gens qui meurent à cause du dérèglement climatique. (…) Ces discours climatosceptiques sont en réalité des négationnistes du climat.

L’ancienne activiste d’Act Up doit regretter les temps heureux où elle pouvait allègrement  tartiner tout un chacun de faux sang en le traitant d’assassin, mais évidemment, avec du faux CO2, ce serait moins drôle. Il ne reste donc que les insultes, mais en bonne démocrate, elle reconnait à Philippe Verdier le droit d’écrire un livre. Elle est trop bonne. Enfin, « extrêmement inquiète » pour la COP21, la pauvre choute craint qu’on soit « à deux doigts d’un échec ». Il faut dire que

Ce n’est pas simplement un petit accord entre politiques qui se joue. C’est de savoir si oui ou non on se donne les moyens de sauver notre planète d’ici 100 ans.

Au vu de sa réussite dans les « petits accords entre politiques » au sein de son propre parti, on peut comprendre sa crainte sur la réussite d’un accord à l’échelle mondiale.

Ouest-France nous alerte sur le climat insoutenable du Golfe à l’horizon 2100. Rassurons tout de suite les lecteurs de l’Ouest: Bien que ce ne soit pas précisé dans l’article, il s’agit bien du Golfe Persique et non du Golfe Normand-Breton a priori plus préservé, au moins sur ce siècle. Il faut dire que l’heure est grave. Une étude Américaine pointe que

si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, des pics de chaleur humides pourraient dépasser la limite supportable à l’homme d’ici la fin du siècle.

Et attention: C’est la limite pour « un homme en bonne forme dans un milieu extérieur bien ventilé » qui risque d’être franchie.

Au-delà de ce seuil, le corps ne peut pas se rafraîchir et la survie en extérieur d’individus mêmes jeunes et en bonne santé est sérieusement menacée.

Voilà qui ne devrait pas rassurer les joueurs de l’équipe de France de football qui seront chargés d’aller défendre nos couleurs lors de la coupe du monde 2022 qui se déroulera au Qatar. Certains y trouveront une bonne raison d’imiter leurs prédécesseurs de celle de 2010 en Afrique du Sud: En restant dans le bus climatisé.

Les chercheurs précisent également que ces pics pourraient « avoir un impact important sur les rituels du Hajj » à la Mecque et que ces rituels « vont probablement devenir dangereux ». Sachant que des bousculades ont provoqué la mort de plus de 750 personnes au pèlerinage de 2015, on ne peut être qu’inquiet à l’idée de ce que les auteurs de cette étude entendent par « devenir dangereux »…

Toujours dans l’ouest de la France, France 3 Bretagne nous interpelle avec un titre sous forme d’oxymore: « Le réchauffement climatique s’annonce frais ». Après une lecture attentive, il ressort que, d’après des spécialistes des océans réunis à Brest (ce n’est pas précisé mais c’est a priori « une conférence de l’Académie des Sciences Européenne, l’Eurasc, qui rassemblait des spécialistes renommés, auteurs des rapports du GIEC »), le Gulf Stream, courant océanique qui nous protège de l’air froid de l’Arctique, va ralentir sous l’effet du réchauffement climatique, ce qui va conduire à l’arrivée d’air plus frais et donc à un refroidissement. C’est ce que confirme un des intervenants qui nous rassure en précisant qu’il ne faut tout de même pas « s’attendre à voir des ours blancs au large de Brest ». Dommage.

On peut tout de même reprocher à France 3 de ne pas avoir joué collectif en prévenant ses confrères qu’il va falloir ranger les tongs et sortir les moumoutes en France pour les prochaines années. En effet, la télé publique régionale met ainsi Libération quelque peu en porte-à-faux : Faisant fi du ralentissement du Gulf Stream, le quotidien persiste en effet à vouloir affoler sensibiliser les populations sur le réchauffement en cours avec un article intitulé « Climat : Ça se réchauffe près de chez vous ». Dans cette version locavore de la peur, innovation par rapport à son registre catastrophiste habituel, Libération tente de convaincre ses lecteurs que ça n’arrive pas qu’aux autres. Après avoir annoncé qu’« au cours du 20e siècle, la température moyenne annuelle en France a augmenté d’environ 1°C », le journal se lance dans un descriptif long et rébarbatif détaillé de l’apocalypse en cours dans les régions françaises. Flore, faune, humains, planète: Tout le monde en bave. Les scientifiques ont même constaté l’augmentation des cas de diarrhée en Vendée, en Charente-Maritime et en Gironde: C’est dire l’ampleur du drame. Au passage, les agriculteurs seront peut-être surpris d’apprendre que « le changement climatique a d’ores et déjà des effets dévastateurs sur l’agriculture », alors que la France vient de battre une nouvelle fois son record de production de blé en 2015 avec 40,4 millions de tonnes récoltées. Sûrement un coup du Gulf Stream.



Commentaire: Quand on découvre les résultats du sondage IFOP sur «les français et la COP21»  http://augustinmassin.blogspot.fr/2015/11/sondage-ifop-cop21-energies.html, nous voyons à quel point la majorité d'entre eux se fout de cet événement (ayant d'autres préoccupations quotidiennes) et que tout ce tintamarre de nos gouvernants et de leurs «domestiques» autour de cet événement est à minima ridicule, pour rester poli.

«C'est à la fin du bal que l'on paye les musiciens»


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