vendredi 19 janvier 2018

La route solaire normande produit deux fois moins d’électricité que prévu

Énergie
Jean-Gabriel Marie
Posté le 16 janvier 2018 par Pierre Thouverez

Commentaire :  Nous remercions qui pour cette nouvelle gabegie? Mme Royal. Est-ce que le "complément de revenu" pour la société exploitante est prévu dans le contrat comme par exemple pour ... l'éolien?
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409 et non pas 767 kWh par jour en moyenne. Les experts se sont donc trompés dans leurs estimations.

Il y a environ un an le site officiel du ministère de l’écologie annonçait que la route solaire de Tourouvre en Normandie allait produire 17963 kWh par jour. Avant de se rétracter, rabaissant la production quotidienne à 767 kWh. Soit 23 fois moins. Le journal Le Monde faisait écho de ce correctif le 22 décembre 2016.
Mais la production dans le monde réel est plus basse. Cette route (340 kW) très médiatisée a produit concrètement 409 kWh par jour en moyenne durant l’année 2017, soit 149,4 MWh pendant les 365 jours en question rapporte Le Moniteur dans un article mis en ligne le 22 décembre 2017, soit exactement un an après celui du Monde. Autrement dit, en équivalent pleine puissance, elle a fonctionné une heure et douze minutes chaque jour.
Le facteur de charge est ainsi de 5% pour la route solaire, contre 12% pour le solaire photovoltaïque classique en Normandie et bien davantage dans le sud du pays. Chaque mètre carré de route solaire normande (elle a une surface de 2800 mètres-carrés) délivre 0,14 kWh par jour en moyenne, de quoi alimenter une ampoule de 70 W pendant 2 heures.
Un foyer français standard consomme en moyenne 12,8 kWh par jour, ce qui correspond à un peu plus de 91 mètres-carrés et à une longueur d’un peu moins de 33 mètres de route normande. La consommation électrique intérieure française étant de 470 TWh par an (470 milliards de kWh), il faudrait un kilométrage vraiment conséquent pour y répondre.

409 kWh, c’est 53,3% de 767 kWh, et 51,8% de 790 kWh, autre chiffre théorique de productible dont faisait écho Le Monde. Colas retient à présent dans sa communication le chiffre de 53% et espère parvenir à atteindre à l’avenir 85% de l’objectif théorique initial, c’est à dire progresser d’un facteur 1,6. Le facteur de charge passerait alors, si tout va bien, de 5% actuellement à 8%, ce qui resterait un tiers en deçà des 12% du solaire photovoltaïque classique en Normandie.

Autrement dit le concept de route solaire, au mieux fera perdre « seulement » 33% du productible des cellules photovoltaïques comparativement au solaire standard, et dans le monde réel, en 2017, avec une route toute neuve, il en a fait perdre 58,3%. What way ? Dans un contexte global de pression croissante sur les ressources en matières premières (notamment sur les métaux), est-ce vraiment une voie à suivre ?
Aux latitudes plus ensoleillées que celle de la Normandie la production de la route devrait être plus élevée…Sauf que les cellules photovoltaïques sont très sensibles à la température, tant au niveau rendement qu’au niveau de leur durée de vie. Une route en plein soleil, cela peut chauffer beaucoup, jusqu’à faire fondre l’asphalte. Enchâssées dans la route les cellules solaires manquent d’aération pour limiter leur échauffement. Le projet de route solaire sur une rocade marseillaise annoncé (vidéo) quand Ségolène Royal était au Ministère de l’écologie semble d’ailleurs avoir été mis de côté. Tout comme le projet sur une route nationale bretonne.

Si la durée de vie de cette route expérimentale est de 15 ans et en prenant comme référence l’année 2017, elle délivrera au total 2,2 millions de kWh. Le coût d’investissement de cette route étant de 5 M€, cela correspond à 2,27 euros le kWh. Et à environ 5 euros le kWh si au final cette route dure 7 ans, ce qui est possible compte-tenu des contraintes physiques qu’elle doit subir, notamment le passage des véhicules mais aussi les variations thermiques ainsi que les effets des orages. En 12 mois 5% des dalles ont déjà dû être remplacées.
Des problèmes d’étanchéité au niveau des joints, dont l’usure prématurée n’était pas prévue par les experts, sont apparus, ce qui est particulièrement problématique pour un système électrique.
Le coût du kWh issu des grandes centrales solaires au sol est aujourd’hui inférieur à 0,07 euro en France. Celui des ombrières photovoltaïques de parking est inférieur à 0,12 euro.

EDF a annoncé vouloir investir 25 milliards d’euros à partir de 2020 et jusqu’à 2035 pour un plan solaire de 30 gigawatts occupant 250 kilomètres-carrés, soit l’équivalent de moins de 3% de la surface de la Corse. Il s’agit de centrales solaires classiques.

Une route solaire a été installée en Chine par un concurrent de Colas. Elle mesure deux kilomètres de long, contre un pour la française. Elle aurait coûté 2,2 millions d’euros (2,7 M$) et 374€ le mètre-carré, ce qui est très élevé mais presque 5 fois moins cher que la route normande, selon différents médias anglo-saxons dont Slate.
Le coût des panneaux solaires ainsi que celui de la main d’œuvre pour les installer sont en Chine plus bas qu’en France. Une petite partie des panneaux photovoltaïques de la route solaire chinoise a déjà été arrachée par des voleurs.

*Article édité le 19 janvier 2018 afin d’intégrer la perspective de progression de 53% à 85% du productible de la route solaire normande.

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