lundi 19 décembre 2016

Suisse: la Banque Nationale Suisse (BNS) prise en flagrant délit de crime climatique

http://www.lecourrier.ch
Philippe Bach
Vendredi 16 décembre 2016

La politique de placements de la Banque nationale suisse (BNS) aux seuls États-Unis fait quasiment doubler les émissions de CO2 de notre pays. Il s’agit d’une double catastrophe: pour le climat, tout d’abord, mais financière ensuite, car ces investissements ont fait perdre de l’argent à la BNS. Cette conclusion explosive est contenue dans un rapport 1 réalisé par le bureau South Pole Group pour le compte de l’association des Artisans de la Transition. Un prolongement de la RevueDurable, basée à Fribourg, et qui vise à initier des actions militantes ou citoyennes sur le terrain pour fait dégonfler la bulle carbone.

Les chiffres sont accablants. La BNS possède une fortune de quelque 640 milliards de francs; environ 10% de ces avoirs sont placés aux États-Unis; et sur ces fonds, 10,8% – soit 6,6 milliards de francs – sont investis directement dans l’industrie fossile.

Ce seul portefeuille, qui représente environ 9% des avoirs de la Banque nationale, fait doubler les émissions de CO2 de la Suisse. «Si le reste des placements financiers de la BNS a une intensité carbone comparable, la banque de tous les Suisses serait responsable de dix fois les émissions du pays», résument les auteurs du rapport. Une politique irresponsable sur le plan climatique. De part ses placements aux États-Unis, notre banque centrale favorise à l’échelle internationale un réchauffement climatique jugé catastrophique par les experts et situé entre 4 et 6 degrés.

Le rapport tord le cou à une réponse convenue de la BNS qui justifie cette politique néfaste par des impératifs de rendement. Or, selon les calculs des auteurs de l’audit, un désinvestissement de ces gros pollueurs aurait permis de générer davantage de revenus. L’établissement a en fait perdu 4 milliards en s’obstinant à investir dans des fonds détenant des titres comme ExxonMobil ou American Electric Power (responsable à lui seul de 2% des émissions de CO2 des États-Unis).

Les auteurs du rapport recommandent donc au Conseil fédéral et aux Chambres d’exiger une modification de la politique de placement de la BNS. Une telle politique de désinvestissement de la bulle carbone est tout à fait possible, un pays comme la Suède, par exemple, tente de mettre sa politique monétaire en conformité avec ses engagements pris durant la COP21.

Rêvons un peu: à quand un geste aussi volontariste des autorités suisses?

1  www.artisansdelatransition.org


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