samedi 28 janvier 2017

"Petit Lexique des guerres de religion d'hier et d'aujourd'hui" / 5

28/01/2017
Extraits de l'ouvrage d'Odon Vallet*, intitulé: "Petit Lexique des guerres de religion d'hier et d'aujourd'hui", Albin Michel, 2004.
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* Odon Pierre Maurice Marie Vallet, né le 3 septembre 1947 à Paris 8e, est un spécialiste français des religions.



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Napoléon
Le sabre et le goupillon
Le général de Gaulle ne l'aimait guère parce qu'à la fin de son règne, il l'avait laissé la France plus petite qu'il ne l'avait trouvée à ses débuts. Et pourtant les évêques l'ont encensé comme si ses conquêtes étaient des guerres saintes.


Mgr de Boisgelin (1), archevêque de tours, le compare à Cyrus : comme l'empereur perse avait rebâti le Temple (de Jérusalem), l'empereur français rétablit l'Église (catholique) après les persécutions de la Terreur. Selon Mgr de Belloy (2), archevêque de Paris, Napoléon, «l'homme que Dieu a choisi, est précédé par l'ange des conseils de Dieu... Ce n'est pas seulement la victoire qui marche devant son char, c'est la modération qui le conduit. Et Dieu qui tient son cœur dans sa main l'incline vers la paix. C'est pour ainsi dire sur le champ de bataille de Marengo que le héros français, touché des plaies de l'humanité, médite le rétablissement de la religion et l'œuvre de pacification générale».

La dite pacification fit un million de morts dans les armées françaises (au combat ou maladie).

En 1803, Mgr Zaepfell, évêque de Liège, promet les «trésors des grâces» de Dieu aux «guerriers français, les élus du dieu des armées». Dix ans plus tard, après la bataille de Lutzen, Mgr Belmas, évêque de Cambrai, affirme : «La victoire que vient de remporter l'Empereur prouve qu'il est encore le protégé de Dieu, qu'il n'a point cessé d'être l'homme de sa droite». Et Mgr de La Tour d'Auvergne, évêque d'Arras, ajoute : «Grâces immortelles vous soient rendues, ô mon Dieu! Napoléon, restaurateur du culte de nos pères, est véritablement l'homme de votre droite! C'est le lion de la tribu de Juda qui se bat au nom du Seigneur pour défendre la maison de Jacob».

Ces comparaisons bibliques sont fort intéressantes car elles montrent que l'épiscopat français n'était pas (encore) contaminé par l'antisémitisme. Et ces louanges s'adressent à un chef d'État qui, par le Concordat (3) en 1801 reconnaît le catholicisme comme religion prépondérante en France : « la religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France » (article 1). Partisan de la paix religieuse et de la guerre de conquête, Napoléon favorisait la parfaite alliance du sabre et du goupillon.

Mais les défaites militaires contraignirent les évêques à de brusques abjurations et à de rapides conversions. Mgr De Mandolx, évêque d'Amiens (17 décembre 1804 - 14 août 1817), louait en janvier 1814 le «glorieux empereur» et dénonçait en mai de la même année «l'insatiable ambition d'un seul homme», «les fureurs de sa haine et de sa vengeance», «l'hydre si funeste à l'Europe», «sa puissance fondée sur l'injustice, acquise au prix du sang et des larmes de tant de millions d'hommes».

Avec la Restauration de Louis XVIII (4)  et des Bourbons, les évêques purent donc célébrer l'«Auguste frère du roi».

Napoléon Ier loué par les évêques, a été l'oppresseur de Pie VII (5). Les relations entre l’Église et le Premier Empire se détériorent brutalement après le refus du pape de prononcer le divorce entre Jérôme Bonaparte et Élisabeth Patterson en 1805. «Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur; tous mes ennemis doivent être les siens», écrit-il au pape le 13 février 1806. Le souverain pontife fut emprisonné par ce dernier et ses États furent annexés. Le pape réagit en excommuniant le monarque. Napoléon Ier passa outre et il nomma son fils Napoléon II (6) en lieu et place du pontife.


Non-violence
Un concept écologique
La religion a engendré la violence et la non-violence comme elle a créé le diable et le bon dieu.

La pensée indienne a théorisé, vers le VIe siècle avant J.-C., la notion de non-nuisance (ahimsâ) comme premier devoir de l'être humain. «D'abord ne pas nuire» (primum non nocere), telle est la maxime des médecins occidentaux qui offrent des similitudes avec la non-nuisance. Car la pire nuisance est le meurtre (nocere est issu d'une racine indo-européenne nek désignant l'acte de tuer).

Mais la non-nuisance indienne englobe tous les êtres vivants. Elle justifie le régime végétarien des brahmanes hindous et des moines bouddhistes (pour la plupart d'entre-eux).

La non-violence serait une réponse aux sacrifices sanglants des brahmanes et au risque de disparitions des espèces. La vache sacrée est d'ailleurs une création «écologique» : elle nourrit par son lait et son beurre, soigne par son urine, utilisée dans la médecine ayurvédique (7) et chauffe par sa bouse (un combustible qui évite la déforestation).

La non-violence serait aussi une réponse aux sacrifices sanglants des guerriers. L' Édit 13 mentionne un terrible massacre perpétré durant une guerre de conquête (au Kalinga) par les troupes d'Ashoka (8). Le remord de cette tuerie serait d'ailleurs à l'origine de la «Conversion» de l'empereur au bouddhisme (ou, du moins, à ses principes de non-violence).

Paradoxalement, la non-violence fut, sinon inventée, du moins répandue par deux «guerriers» du VIe siècle avant J.-C., le Jina et le Bouddha, considérés comme les fondateurs du jaïnisme et du bouddhisme. Au lieu de combattre leurs adversaires extérieurs, ils luttèrent contre leur ennemi intérieur. À la différence du moine-soldat qui prie en temps de paix et tue pendant la guerre, le Jina et le Bouddha voulaient instaurer une paix perpétuelle par l'extinction (nirvâna) des convoitises.

Gandhi, né dans le Gujarat, État fortement influencé par le jaïnisme, popularisa la non-violence dans le monde moderne. Mais toute règle souffre des exceptions et le bouddhisme a justifié la légitime défense contre le jaïnisme a des adeptes dans l'armée indienne.


Philistins
Les vaincus d'une guerre sainte
Ils ont donné leur nom à la Palestine et furent les pires ennemis d'Israël. Ce nom apparaît sur une inscription égyptienne datant du pharaon Ramsès III (9), évoquant des «peuples de la mer» venus de Grèce, de Crète, de Sicile ou de Toscane. Ces peuples guerriers, possédant des chars et maîtrisant le fer, mirent un terme à la civilisation des Hittites (en Turquie) et à celle de Mycènes (en Grèce et en Crète). Mais les Philistins ou Pelishtim, ne purent vaincre les Hébreux dont le combat fortifia l'unité d'Israël.

Les Philistins capturèrent l'Arche (d'Alliance), contenant les rouleaux de la Loi. Ils préférèrent rendre ce talisman de la victoire à Israël, car la précieuse Arche avait déclenché une épidémie de tumeurs dans leur armée. Tel est, d'après la Bible, la plus vieille arme bactériologique.

Pour renforcer sa puissance militaire, Israël fortifia son régime politique en remplaçant les juges par les rois dont le premier fut Saül. Celui-ci hérita de la tâche de libérer le pays de la pression des Philistins. Ce qu'il réussi fort bien, avec l'aide de David qui terrassa Goliath, le champion des Philistins. Un exploit qui fit fuir l'ennemi et assura la victoire aux hommes de Saül. Mais après quelque temps, les Philistins s'étant repris, Saül dut de nouveau rassembler ses hommes. Dans l'incapacité de découvrir la volonté de Dieu, il partit consulter la sorcière d'En-Dor et fut surpris par une communication avec Samuel (10) qui lui apparut. Il fut alarmé des paroles de Samuel et les hommes d'Israël prirent la fuite devant les Philistins. Désespéré face au désastre qui tombait sur son armée, il se jeta sur son épée. Les Philistins trouvèrent Saül et ses trois fils (dont Jonathan) gisant sur le mont Guilboa. Ils lui tranchèrent la tête, les dépouillèrent de leurs armes et les firent parader dans le pays philistin.

La victoire contre les Philistins transforma, selon la Bible, l'État de David en un vaste royaume englobant les territoires actuels de la Syrie et de la Jordanie. Elle aboutit aussi à une centralisation du culte à Jérusalem dans le Temple construit, d'après la Bible, par le fils de David, Salomon. Tous ces récits bibliques de la guerre contre les Philistins ne sont confirmés par aucune source extérieure.

À s'en tenir aux récits bibliques, la guerre contre les Philistins est le premier affrontement entre un peuple indo-européen (les Philistins) et un peuple sémitique (les Hébreux). C'est aussi un conflit entre une puissance maritime et un pays d'agriculteurs (comme Caïn) ou d'éleveurs (comme Abel). Les Phéniciens (11) occupaient la côte libanaise et les Philistins la côte israélienne, leurs cités se trouvant près du rivage méditerranéen, entre Gaza et Tel-Aviv.

À la fin du XIXe siècle, les juifs d'Europe émigrèrent en Terre promise et s'installèrent sur le littoral de leurs antiques ennemis. Ils eurent bientôt à affronter les Palestiniens qui ont empruntés leur nom aux Philistins mais qui affirment plutôt descendre des Cananéens, peuple sémitique rival d'Israël. Les deux peuples parlaient la même langue et avaient les mêmes dieux. Les découvertes archéologiques menées par Israël Finkelstein dans les années 1990, tendraient à prouver que le pays de Canaan ne fut pas en fait conquis militairement, mais que l'apparition des premières communautés israélites sur les hautes terres intérieures, vers 1200 avant J.-C., est le résultat d'une transformation interne de la société cananéenne.


Saint-Barthélemy
Crime politique ou guerre de religion?
«Sire, j'ai reçu l'ordre, sous le sceau de Votre Majesté, de faire mourir tous les protestants qui sont dans ma province; je respecte trop Votre Majesté pour ne point croire ces lettres supposées; et si Dieu ne plaise, l'ordre ait véritablement émané d'Elle, je la respecte aussi trop pour lui obéir».

Cette missive est adressée au roi de France Charles IX (12) par Gaspard de Montmorin-Saint-Hérem, gouverneur d'Auvergne. Elle se situe après le massacre de protestants à Paris (nuit du 23 au 24 août 1572) , tuerie qui se poursuivit en province jusqu'en octobre, avec une intensité plus ou moins grande selon le zèle des autorités et la furie des habitants.

Le seul problème est que cette lettre n'a jamais été écrite par son auteur supposé. Elle émane en réalité de Voltaire (13)  qui prêta ces propos à un fonctionnaire humaniste du XVIe siècle pour mieux illustrer sa lutte contre l'arbitraire royal dans la France du XVIIIe siècle.

La Saint-Barthélemy est un symbole éternel de l'arbitraire qui semble interdire toute analyse dépassionnée en dressant face à face l'innocence et la cruauté, les gens de bien et les hommes du mal. Gaspard de Montmorin avait sans doute un noble cœur : averti des troubles parisiens, il aurait mis les réformés en prison pour les protéger de la foule. Et le conseil de la ville de Clermont prit aussi, dès le 29 août, des mesures pour prévenir la justice expéditive et la vengeance privée.

Pourquoi la Saint-Barthélemy est-elle devenue, en France, l'archétype des violences religieuses? Parce qu'elle respecte les trois règles de la tragédie classique : unité de temps, de lieu et d'action. En quelques heures sombres de notre histoire, en pleine nuit parisienne, des milliers d'«hérétiques» moururent par la volonté d'un seul ou d'une seule, d'un jeune roi (Charles IX) ou d'une ex-régente, Catherine de Médicis (14).

Mais le jeune roi avait d'abord cherché à se concilier le parti huguenot grâce à la paix de Saint-Germain. Après une troisième guerre entre catholiques et protestants de 1568 à 1570, qui voit la défaite des protestants à Jarnac, l’assassinat de leur chef, le prince de Condé, en 1569 et la nomination d’Henri de Bourbon (futur Henri IV) comme chef des protestants, le traité est signé le 8 août 1570 au château royal de Saint-Germain-en-Laye et enregistré au Parlement le 11 août 1570. Signé entre le roi Charles IX et l’amiral Gaspard de Coligny (15), il accorde aux protestants une liberté limitée de pratiquer leur culte dans les lieux où ils le pratiquaient auparavant ainsi que dans les faubourgs de 24 villes (2 par gouvernement). Il octroie aux protestants quatre places fortes de sûreté La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité pour deux ans. De plus, les protestants sont admis aux fonctions publiques et Catherine de Médicis, mère de Charles IX, donne en mariage sa fille Marguerite de Valois à Henri de Bourbon.

La Saint-Barthélemy est l'œuvre de monarques sans scrupules et non de croyants fanatiques. C'est un crime politique plus qu'une guerre de religion. Après la balance, Catherine choisit le glaive et s'allie aux ultra catholiques du duc de Guise (16) pour contrer l'influence de l'amiral huguenot Coligny sur son fils préféré. Le 22 août 1572, peu après le mariage d'Henri de Navarre (futur Henri IV), Charles de Louviers, seigneur de Maurevert, qui avait abattu le chef calviniste Vaudrez de Mouy en 1569, tira sur Coligny depuis une maison appartenant aux Guise. Charles IX se rendit au chevet du blessé, lui promettant justice. Mais l’assassinat de tous les chefs protestants fut alors décidé. Coligny fut achevé dans son lit, à coups de dague et son corps fut jeté par la fenêtre dans la cour par Charles Danowitz. Il est ensuite transporté au gibet de Montfaucon où il est exhibé, pendu par les pieds.

En ce temps-là, on appliquait le principe cujus regio ejus religio (telle région, telle religion). Mais la dimension internationale n'est pas absente de la Saint-Barthélemy : le parti catholique voulait s'allier avec l'Espagne et le parti protestant avec les Pays-Bas et l'Angleterre.

La portée continentale de cet horrible massacre nous rappelle que l'œcuménisme est inséparable de l'unité européenne.


Sikhs
Le poignard et le turban
Une religion guerrière est-elle toujours violente? Telle est la question posée par les sikhs dont le dixième et dernier gourou, Govind Singh (1766-1708), déclara : «Le sabre est Dieu et Dieu est le sabre».

La réponse n'est pas simple tant les sikhs multiplient les contrastes. Leur religion est virile : les hommes portent la barbe, les cheveux longs, enfermés dans un turban, un caleçon long, le Kachh, symbole de chasteté mais aussi sous-vêtement pour le combat et un poignard au côté, le Kirpan, symbole de résistance au mal. Ils ajoutent à leur nom le surnom «lion» (singh). Le surnom pour les femmes est «kaur». À noter, que tous les «singh» ne sont pas sikhs. Leur ville sainte se nomme Amritsar, du nom d 'Amrit (nom de l'eau bénite utilisé lors de la cérémonie de baptême).

Mais les sikhs ne sont pas misogynes et leurs femmes sont appelées ardhangi (la meilleure moitié). Elles sont les égalent des hommes et peuvent lire en public et psalmodier le livre sacré (Âdi Granth). Ses 1 430 pages furent compilées en 1604 par Gurû Arjan (5e successeur de Gurû Nanak): il prend alors le nom d'Âdi Granth. Puis il est complété en 1705 par Gurû Gobind Singh qui y ajoute les hymnes mystiques de son prédécesseur et père, Gurû Tegh Bahadur. Peu avant sa mort en 1708, Gurû Gobind Singh intronisa le Sri Gurû Granth Sâhib comme son seul et unique successeur, qui est donc l'autorité spirituelle suprême des Sikhs. Le Gurû Granth Sâhib est entièrement rédigé en gurmukhî.

Pour comparaison, cette faculté a été refusée aux femmes catholiques jusqu'au concile de Vatican II (1962-1965).

Les sikhs ne reconnaissent pas les castes, ainsi par exemple, les convives peuvent se mélanger à table sans crainte d'être «contaminés» par des gens de rang inférieur.

Les sikhs rejetant les castes, constituent des recrues idéales pour l'armée indienne : ils représentent 2% de la population indienne et plus de 10% des effectifs militaires.

Devant les invasions musulmanes, gurkhas (17) et sikhs adoptèrent au XVIe siècle deux stratégies opposées :
-Les gurkhas changèrent de région (migrant du Rajasthan vers le centre du Népal) et gardèrent leur religion (l'hindouisme).
-Les sikhs restèrent dans leur région (le Pendjab) et changèrent de religion en créant le sikhisme, syncrétisme d'islam et d'hindouisme : les sikhs croient au dieu unique comme les musulmans et à la réincarnation comme les hindous.

Autant que les imans chiites, les gourous sikhs ont suscité le culte des martyrs par leur mort héroïque. Persécutés par les empereurs moghols, ils restèrent fidèles à leur idéal de fraternité universelle. Hérétiques pour les musulmans, renégats pour les hindous, les sikhs n'ont jamais pu trouver leur place dans une Inde multiculturelle et revendiquent la création d'un État qui leur serait réservé, le Khalistan, pays de la Khalsa (les Élus). Leur mouvement pour l'indépendance a été durement réprimé pendant les années 1980 et 1990.

En juin 1984, le Premier ministre de l'Inde, Indira Gandhi (18) déclencha l'opération l'opération Bluestar. L'armée indienne passa outre le caractère sacré du Temple d'Or à Amritsar, le lieu de prière principal des sikhs. Sous les ordres de Jarnail Singh, les militants armés qui s'y étaient réfugiés furent massacrés en même temps que des milliers de personnes innocentes. Indira Gandhi mit en avant le caractère guerrier traditionnel des sikhs et leur aspiration sécessionniste afin de faire accepter par l'opinion publique le fait que l'opération était inévitable. Le 31 octobre 1984, elle fut assassinée par ses deux gardes du corps sikhs. Il s'ensuivit plusieurs jours d'émeutes et de troubles à l'encontre de la communauté sikh, faisant plusieurs centaines de morts.

Tel est le bilan assez équilibré des vertus guerrières et des penchants violents des sikhs. Ceux-ci les assument avec fierté même s'ils engendrent toujours une certaine crainte. Et pourtant, comme les jaïns, ils ne hiérarchisent pas le genre humain. Et ils lavent les impuretés des hommes et des femmes dans les bassins sacrés de leurs temples, largement ouverts à l'étranger au nom de l'universelle fraternité.


Suisse
La foi n'est pas neutre
La Suisse espère en Dieu toujours. Oui, mais quel Dieu? L'hymne national helvétique ne le précise pas. Redoutables fantassins selon César, les Helvètes adoraient les dieux du panthéon gréco-romain sans oublier les divinités proches-orientales. Ils rendaient donc un culte à Minerve, Artémis, Isis, Osiris et Sérapis, Cybèle et Dionysos. On vénérait aussi Mithra, dieu des guerriers et des taureaux.

Devenus chrétiens, les Helvètes eurent à subir une domination nobiliaire et cléricale. Montagnards indépendants, ils affrontèrent les comtes d'Empire et les princes-évêques. La Confédération helvétique s'est formée contre le Saint-Empire romain germanique et le pouvoir pontifical, c'est-à-dire contre l'alliance du trône et de l'autel (1291- pacte fédéral). Paradoxalement, le pays qui fournit la garde suisse du pape est celui qui a le plus lutté contre l'Église catholique.

La légende de Guillaume Tell fit beaucoup pour l'indépendance de la Suisse. D'après la légende, au XIVe siècle l'empereur Albrecht aurait tenté de priver des libertés les habitants des trois vallées d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald. Les baillis (gouverneurs) qui représentaient l'autorité de l'Autriche, étaient de véritables tyrans. À Uri, le bailli, Herman Gessler, n'était pas connu pour sa compréhension et sa grande mansuétude. Walter Fürst d'Uri, Werner Staufacher de Schwyz, Arnold Melchthal d'Unterwald et dix amis de chacun, réunis au Rütli, jurèrent de rendre la liberté à leur pays. C'est alors que le bailli décida de vérifier la loyauté de son peuple. Sur la place publique d'Altdorf, il fit hisser son chapeau au bout d'une perche et exigea que chacun saluât à chaque passage son couvre-chef aux couleurs de l'Autriche. Personne n'osa braver l'ordre du bailli, sauf Guillaume Tell qui passait pour le meilleur arbalétrier du canton et qui refusa de saluer l'emblème. Il fut arrêté et conduit devant le bailli qui décida de ne pas le mettre immédiatement en prison mais de lui lancer un défi. Il ordonna qu'il place Walter, son fils, au pied d’un arbre, une pomme sur la tête, fit reculer le père de 100 pas et lui demanda de prouver qu’il était bien le meilleur arbalétrier du canton en transperçant la pomme. Dans un premier temps Guillaume refusa de s’exécuter mais il fut finalement contraint d’obéir. Il tira et transperça la pomme. Mais il avait gardé en réserve un second carreau, qu’il destinait au bailli, en cas d'échec. Lorsque celui-ci l'appris, il entra dans une colère noire et ordonna que Guillaume Tell et son fils soient enfermés dans la forteresse de Küssnach. Il fallait traverser un lac pour s'y rendre. Durant la traversée un orage violent éclata. Les bateliers implorèrent l'aide de Tell et le bailli ordonna qu’on le détacha. Guillaume réussit à faire accoster la barque, mais il prit son fils et ensemble, ils sautèrent sur le rivage en repoussant la barque vers le large. Aujourd’hui encore ce lieu est nommé le «saut de Tell». Un peu plus tard, il tendit une embuscade au bailli Gessler et le tua du carreau promis. La nouvelle de l´action héroïque de Guillaume Tell se répand vite. Pour certains, cet acte de rébellion mena à la création de la confédération suisse.

La légende de Guillaume Tell et de ses exploits semblent avoir été transposés d'anciennes légendes pas du tout suisses. Dans un texte, écrit au XIIe siècle par le moine Saxo Grammaticus, intitulé Gesta Danorum (Geste des Danois), on y trouve en effet les aventures d'un arbalétrier du nom de Tolke qui fut mit en demeure de devoir transpercer une pomme juchée sur la tête de son fils.

La Suisse est devenue un État neutre depuis la défaite de Marignan (1515) face aux troupes de François Ier. Cette neutralité permettait au pays de ne plus être l'objet de guerres incessantes. Mais, les guerres intestines furent ranimées par les conflits religieux. La Réforme gagna rapidement la Suisse par l'alliance des pasteurs et des bourgeois. L'hostilité aux évêques et aux seigneurs permit des accords entre conseils municipaux et communautés chrétiennes. Certains cantons refusèrent le protestantisme, et prirent les armes. Le pays se divisa. À la bataille de Kappel (19), ils mirent un frein à l'expansion de la Réforme. Pendant trois siècles, une  barrière religieuse coupera la Suisse en deux.

Cette barrière ne fut levée qu'en 1848, après la guerre du Sonderbund (du 3 au 29 novembre 1847). Les différentes tensions (religieuses et politiques) entre cantons suisses amenèrent, en 1844, sept cantons conservateurs à majorité catholique (Uri, Schwytz, Unterwald, Lucerne, Zoug, Fribourg et le Valais) à s'unir dans une coalition politique et militaire (Sonderbund). Les objectifs du Sonderbund étaient de s'opposer aux mesures centralisées et anticléricales prises par les cantons protestants et libéraux (Vaud, Genève, Berne, Zurich, Bâle, etc.), souvent plus riches que leurs homologues catholiques. L'armée fédérale, obéissant à la majorité protestante des élus du pays, vint à bout de la résistance catholique. Cette guerre pris fin avec la réédition du Valais en avril 1848. Elle fit une centaine de morts et aboutit à l'expulsion des jésuites." (...)

A suivre...

 Notes
1. Jean-de-Dieu Raymond de Boisgelin de Cucé, né à Rennes le 27 février 1732 et mort à Angervilliers, Seine-et-Oise, le 22 août 1804.
2. Jean Baptiste de Belloy, né le à Morangles et mort à Paris le . Évêque de Marseille, archevêque de Paris en 1801 et cardinal.Vers 1800, il invente le système de la percolation du café (auparavant infusé), en créant ainsi la cafetière.
3. Le concordat ou régime concordataire est le régime organisant les rapports entre les différentes religions et l’État dans toute la France à partir de 1801, jusqu'à ce qu'il soit abrogé de fait en décembre 1905 avec l'adoption de la séparation des Églises et de l'État, sauf en Alsace-Moselle où il est resté en vigueur malgré son rattachement (réintégration) à la France en 1919.
4. Louis Stanislas Xavier de France, né le 17 novembre 1755 à Versailles et mort le 16 septembre 1824 à Paris. Roi de France et de Navarre du 6 avril 1814 au 20 mars 1815 et du 8 juillet 1815 au 16 septembre 1824.
5. Barnaba Niccolò Maria Luigi Chiaramonti (en religion Gregorio), né le 14 août 1742 à Cesena (Romagne) et mort le 20 août 1823 à Rome. Moine bénédictin, prieur de la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, une des quatre basiliques majeures de Rome et évêque de Tivoli en 1782. Transféré à Imola et créé cardinal en 1785, il est élu pape le 14 mars 1800, et prend le nom de Pie VII.
6. Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, né le 20 mars 1811 au palais des Tuileries, à Paris, et mort le 22 juillet 1832 au palais de Schönbrunn, à Vienne. Fils et l'héritier de Napoléon Ier, empereur des Français, et de sa seconde épouse, Marie-Louise d'Autriche. Prince impérial, il est titré roi de Rome à sa naissance.
7. L'ayurveda est une forme de médecine traditionnelle originaire de l'Inde également pratiquée dans d'autres parties du monde. Elle puise ses sources dans le Véda, ensemble de textes sacrés de l'Inde antique.
8. Aśoka, né v. 304 av. J.-C. mort en 232 av. J.-C. est le troisième empereur de la dynastie indienne des Maurya.
9. Ramsès III a régné de -1186 à -1154, après un règne que les chroniques (papyrus Harris) indiquent avoir duré 31 ans et 41 jours. Il est le dernier grand souverain du Nouvel Empire.
10. Il est un personnage biblique dont l'histoire fait l'objet du Premier et du Deuxième livre de Samuel dans la Bible hébraïque ou Ancien Testament. Il est qualifié de prophète dans la Bible bien que son rôle soit plus proche de celui d'un juge, c'est-à-dire un chef guerrier au sens biblique. C'est lui qui désigne les deux premiers rois d'Israël, Saül, puis David.
11. Peuple antique originaire des cités de Phénicie, région qui correspond approximativement au Liban actuel. Aux yeux de leurs voisins, les Phéniciens étaient des navigateurs remarquables et audacieux, d'excellents marchands et artisans.
12. Charles IX, né le 27 juin 1550 au château royal de Saint-Germain-en-Laye et mort à 23 ans et 11 mois le 30 mai 1574 au château de Vincennes. Roi de France de 1560 à 1574.
13. François Marie Arouet, né le 21 novembre 1694 à Paris et mort le 30 mai 1778, id. Écrivain et philosophe.
14. Catherine de Médicis, née le 13 avril 1519 à Florence (République florentine) sous le nom de Caterina Maria Romola di Lorenzo de' Medici et morte le 5 janvier 1589 à Blois. Elle gouverne la France en tant que reine-mère et régente de 1560 à 1563.
15. Gaspard de Coligny, né le 16 février 1519 à Châtillon-sur-Loing et mort assassiné le 24 août 1572 à Paris, lors du massacre de la Saint-Barthélemy. Noble et amiral.
16. Henri de Lorraine, 3e duc de Guise, dit « le Balafré », né le 31 décembre 1550 à Joinville - assassiné le 23 décembre 1588, au château de Blois. Prince, homme politique et militaire.
17. Les Gurkhas sont des unités des armées britanniques et indiennes recrutées au Népal. Initialement, sous leur nom original, les Gorkhas étaient des membres du clan rajput Khasi de l'Inde du Nord, qui ont émigré du Rajasthan vers le territoire actuel du Népal, au XVIe siècle, chassés par les musulmans.
18. Indira Gandhi, née le 19 novembre 1917 à Allâhâbâd et morte le 31 octobre 1984, assassinée, à New Delhi. Première ministre de la République d'Inde de 1966 à 1977, puis de 1980 à sa mort.
19.Guerre de Kappel: Après la bataille de *Kappel (1529), une trêve s'instaura, mais la lutte repris en 1531, et l'issue de la seconde bataille de Kappel fut favorable aux catholiques.

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