lundi 23 janvier 2017

Renouvelables : la désinformitude

https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com
par Rémy Prud’homme
Publié le 21 janvier 2017

 Commentaire: "Une femme dort. Elle triomphe. Elle n'a plus à mentir. Elle est un mensonge des pieds à la tête... "
Jean Cocteau ( 1889-1963)
php

Le semaine du 16 au 20 janvier a été marquée en France par une vague de froid, et donc par une augmentation de la demande d’électricité. La ministre de l’Environnement a déclaré le 18 janvier : « aujourd’hui, l’éolien et le solaire vont produire l’équivalent de 8 réacteurs nucléaires ». Elle s’appuie sur cette « constatation » pour conclure qu’il y a trop de nucléaire en France. Sa petite phrase est un gros bijou de désinformation. Elle mérite d’être analysée avec soin dans les écoles d’administration et de journalisme où l’on enseigne le mensonge (pas pour préparer nos élites à le pratiquer, bien sûr, mais pour mieux les en protéger). Cette déclaration, brève comme un tweet de Donald Trump, est en effet un bel exemple de la combinaison d’au moins trois techniques de désinformation.

La première est le mensonge simple. Un réacteur nucléaire de 1,2 GW produit en 24 heures 29 GWh. Le 18 janvier, l’éolien et le solaire ont produit 125 GWh. Chacun peut le vérifier en deux clics sur le site de RTE (qui, félicitons-le, publie la production de chaque filière pour chacune des heures de l’année). Nos renouvelables ont donc produit ce jour-là autant que 4,3 réacteurs. Transformer 4,3 en 8, ce n’est pas arrondir, c’est tricher. Mais pourquoi la ministre se gênerait-elle ? Elle sait qu’aucun média ne se donnera la peine de vérifier, et que tous reprendront son affirmation – ce qui s’est effectivement produit. Mais ceci n’est qu’un début, et l’art de la désinformation va bien au-delà du mensonge grossier.

La deuxième technique est le mensonge par sélection. Elle porte ici à la fois sur le choix du jour, et sur le choix du moment. La ministre donne un chiffre (faux, on l’a vu) pour le mercredi 18 janvier. Ce fut, du point de vue des renouvelables, le meilleur jour de la semaine. Une présentation plus honnête considérerait tous les jours de la semaine : on y verrait que la production des renouvelables a été en moyenne égale à celle de 3 réacteurs.

Surtout, le problème posé par une vague de froid est évidemment celui des pointes de la demande, et de la façon d’y faire face. Les chiffres significatifs se rapportent à la production des renouvelables à ces heures-là, pas à celle de la journée toute entière. Ils sont également disponibles sur le site de RTE. La production des renouvelables aux heures de pointes (qui ont eu lieu à 19 heures quatre des cinq jours de la semaine considérée), a été en moyenne égale à celle de 2,9 réacteurs nucléaires. Ça aurait pu être bien pire. A 19h en janvier, la production d’électricité solaire est toujours égale à zéro. En fait, nous avons eu cette semaine-la la chance d’avoir du vent, et donc une production éolienne assez soutenue.

La troisième technique de désinformation est le mensonge par omission. La ministre écarte toute référence au coût des filières qu’elle compare : cachez-moi ces euros que je ne saurais voir. Les installations solaires et éoliennes installées en France ont coûté un peu moins de 50 milliards d’euros. Selon la Cour des Comptes, les installations nucléaires ont coûté 83 milliards (en euros constants de 2010). Aux heures de pointe de la semaine les 50 milliards investis dans les renouvelables ont produit en moyenne 3,5 GWh, et les 83 milliards investis dans le nucléaire 56 GWh. Il fallait tout juste 10 fois plus d’investissement dans les renouvelables que dans le nucléaire pour produire la même quantité d’électricité.

La ministre, qui méprise sans doute les ingénieurs autant que les comptables, se garde bien de mentionner la durée de vie des investissements qu’elle compare. Celle d’un investissement éolien ou solaire est d’environ 25 ans. Celle d’un investissement nucléaire est d’au moins 50 ans. Prendre en compte ce détail divise simplement par deux l’intérêt relatif du renouvelable. Au total, on a – au service de la bonne cause – une affirmation carrément fausse, deux choix arbitraires ou indéfendables, et deux omissions grossières. Ignorance ou cynisme ? On ne sait pas (et on ne sait d’ailleurs pas lequel des deux serait le

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire