jeudi 28 juin 2018

Production d’électricité : quelques textes pour l’été...


 Le débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie est désormais terminé. Au-delà des questions diverses beaucoup de « cahiers d’acteurs » ont été rédigé. Ceux d’EDF, de la société française d’énergie nucléaire et de l’association sauvons le climat sont intéressants, mais forcément suspects de partialité pronucléaire. Je préfère donner ci-dessous des extraits, centrés sur l’électricité, des cahiers de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies, organismes compétents et impartiaux.
Académie des sciences

Un constat pessimiste 
La loi sur la transition énergétique d'août 2015 (LTECV) fixe l’objectif de réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre en 2050 par rapport à 1990 avec un objectif intermédiaire de - 40 % en 2030. L’Accord de Paris issu de la COP 21 prévoit la neutralité carbone à partir de 2050. Cet engagement a été ratifié par la France. Or, si l’on regarde les indicateurs pertinents, on constate que nous sommes en retard sur les ambitions de la France exprimées à la fois dans la loi sur la transition énergétique et par la COP 21. Ce retard est perceptible aussi bien sur les objectifs de réduction de consommation d’ énergie finale que sur la diminution de l’empreinte COde notre production énergétique. 
Les raisons de ce décalage sont multiples mais tiennent principalement au manque de clarté des politiques à mener et au manque de réalisme des moyens à mettre en oeuvre. Dans l’état actuel du débat, nos concitoyens pourraient être conduits à penser qu’il serait possible de développer massivement les énergies renouvelables comme moyen de décarbonation du système énergétique en se débarrassant à la fois des énergies fossiles et du nucléaire. Ce n’est malheureusement pas le cas.
L’énergie électrique représente pour la France 25 % du total de la consommation d’énergie finale. En France, la production de cette énergie est largement décarbonée du fait du nucléaire (72 %) et de l’hydroélectricité (12 %). La consommation électrique augmentera dans le futur et il est donc indispensable de veiller à garder décarbonée la production d’énergie électrique.
Si les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire…) sont par nature décarbonées, certaines (éolien et solaires) sont intermittentes, leur utilisation doit donc prendre en compte la nécessité de l’équilibre à tout instant du réseau. Sans solutions économiquement acceptables pour le stockage de l’électricité, le remplacement du nucléaire en France par des énergies renouvelables conduira à la remontée des émissions de CO2. Il est donc indispensable d’accroître les recherches permettant d’envisager un stockage massif de l’électricité.


La production d’électricité 
Dans un avenir proche et à moyen terme, il y a une véritable contradiction à vouloir diminuer les émissions de gaz à effet de serre tout en réduisant à marche forcée la part du nucléaire. En réalité, de nombreuses études montrent qu’en absence de stockage massif de l’électricité, la part totale des énergies renouvelables dans le mix électrique ne pourra pas aller très au-delà de 30-40 % sans faire croître de manière concomitante les émissions de gaz à effet de serre, sans mettre en péril la sécurité de la fourniture d’électricité et sans conduire à un coût exorbitant de l’électricité. Des scénarios réalistes et cohérents doivent dire clairement que le tout renouvelable n’est pas possible à moyen terme. Ils doivent indiquer une trajectoire raisonnable vers une solution énergétique dans laquelle l’énergie nucléaire aura sa place dans les prochaines décennies si l’on veut maintenir une électricité décarbonée.
Académie des technologies 

Objectifs et champs de la programmation pluriannuelle
La loi sur la transition énergétique d'août 2015 (LTECV) fixe l’objectif de réduire de 75% les émissions de gaz à effet de serre en 2050 par rapport à 1990 avec un objectif intermédiaire de -40 % en 2030. Le Règlement sur la « répartition de l’effort »européen, qui reste à approuver par le Conseil européen fixe des objectifs analogues. Cependant l’accord de Paris issu de la COP 21 prévoit la neutralité carbone à partir de 2050. Cet engagement, ratifié par la France, est sensiblement plus sévère que les objectifs français et européens, sauf à développer des puits de carbone. Le dossier du maître d’ouvrage ne donne pas d’indication sur les perspectives 2050 ni sur les stratégies permettant de parvenir à la neutralité, alors que pourtant une stratégie énergétique doit se développer dans le temps long et porter sur tous les vecteurs énergétiques. 
1. Il est fondamental de clarifier l’objectif français. En effet, en l’absence de toute solution crédible de stockage inter-saisonnier de l’électricité (les solutions Power to Gas évoquées ont un coût très élevé), l’objectif de neutralité conditionne les stratégies de long terme incluant, alternativement ou en combinaison le développement des bioénergies dont le biogaz, du vecteur gaz avec séquestration du carbone (CCS), du vecteur H2 et le maintien d’une part de nucléaire.
2. le débat public est fortement axé sur l’électricité, déjà largement décarbonée en France. Une attention insuffisante nous parait portée aux vecteurs non-électriques, qui représentent plus des 2/3 des consommations finales.
3. la transition énergétique aura un coût de quelques milliers de milliards d’euros d’ici 2050, soit l’ordre de grandeur d’une année de PIB ; elle mobilisera une fraction importante de la capacité d’investissement française. Pour être supportable, et conserver la compétitivité du territoire France, il importe que les décisions soient prises avec un souci constant d’optimisation économique et de minimisation de la charge fiscale. Ces termes sont singulièrement absents du dossier du maître d’ouvrage. En l’absence de considérations économiques, la transition énergétique, bien loin d’être facteur de croissance peut se révéler un frein.

Maintenir un haut niveau de sécurité d' approvisionnement
Risques de défaillance du réseau électrique
a) Les conséquences de défaillances du réseau ne se résument pas à des inconforts passagers (« pas de courant à la maison », comme lors d’une coupure locale), mais conduisent à des :
 - pertes de production importantes ; on estime à plus de 10 milliards d’euros par jour la perte totale du réseau pendant 24 heures ;
- problèmes de sécurité potentiellement graves (services de santé ; télécommunication, etc. )
En outre, les énergies intermittentes, non capables d’assurer le synchronisme, ne sont pas non plus en mesure de contribuer aux plans de reprises. Un réseau largement alimenté par des moyens intermittents sera plus long à reprendre en cas de black-out total. Il serait donc gravement erroné de réduire les marges prises dans les études de sécurité du réseau. Cela irait à l’encontre des désirs profonds de la société, qui souhaite protection et sécurité personnelle.
b) Sous- et surestimation des perspectives de la demande ne sont pas des risques symétriques: on ne peut pas remédier à la sous-estimation, sauf à construire dans l’urgence des turbines à combustion. En revanche la surproduction peut s’exporter, si la construction d’interconnexions a été anticipée.
c) Seul le scénario Ampère nous paraît admissible.
Il comporte cependant trois défauts :
- Anticipation de l’arrêt de centrales nucléaires (électricité décarbonée) avant leur fin de vie technico-économique, pour investir dans d’autres moyens décarbonés mais intermittents
- Nécessité de réaliser de très fortes interconnexions, dont l’acceptation par le public sera difficile
- Les excédents de production de notre territoire coïncideront souvent avec ceux de nos voisins, rendant vaines les hypothèses d’exportation formulées dans le dossier du maître d’ouvrage.
Un scénario alternatif de déclassement moins rapide des réacteurs actuels paraît raisonnable, d’autant qu’il serait au bénéfice de l’Etat actionnaire.

Pendant le débat, il y a eu beaucoup de controverses sur les coûts comparés du nucléaire et des renouvelables. À ce sujet je vous cite la lettre de Géopolitique de l’Électricité :
Hier, 20 juin 2018, le Président de la République a déclaré que les six projets français de parcs éoliens en mer "étaient confirmés". Il s'agit de ceux de Saint Saint-Nazaire , Courseulles, Fécamp, Saint-Brieuc, le Tréport et Yeu-Noirmoutier. L'ensemble devrait constituer une puissance installée de l'ordre de 3 000 MWe.
Une éolienne ne fonctionne pas continuellement à sa puissance nominale , mais suivant la force  du vent. Le parc éolien marin allemand de Bard Offshore 1, de 400 MWe, considéré comme particulièrement performant "produit jusqu'à 1,5 TWh par an". ( D'après son site web).. Race Bank, le très récent parc éolien marin britannique de 573,3 MW "pourrait produire 1,9TWh/an" (Cf. "Connaissances des énergies").
Admettons que les six parcs français égaleront ces bonnes performances. En ce cas, ils pourraient, presque,  produire 10TWh/an.

"Le coût initial pour l'Etat était de 40 milliards d'euros, contre 25  milliards désormais" (Les Echos, 21/6/2018). Auquel s'ajoutera la prise en charge .par RTE du raccordement au réseau: deux cent millions d'euros pour chacun des six parcs. Ce qui amène la facture totale à 26,5 milliards d'euros pour une production annuelle maxima de l'ordre de 10TWh.
Les investissements pour les centrales thermiques ou hydrauliques conduisant à cette production annuelle sont beaucoup plus faibles. Arrêtons-nous aux investissements relatifs à la centrale nucléaire EPR de Flamanville considérés comme très élevés. Leur montant  probable est de 10,5 milliards d'euros. La production escomptée est également de 10 TWh.
La durée d'exploitation  d'un EPR est de soixante ans. Celui d'un parc éolien terrestre est en moyenne de 20 ans.. En mer, les vents sont plus réguliers, mais l'ambiance marine est moins favorable à la pérennité des matériels. Il est peu vraisemblable que la durée d'exploitation dépasse la moitié de celle de l' EPR.

Le parc éolien français a donc un coût remarquablement élevé: plus du double de l'EPR de Flamanville pour une production similaire et une durée de vie deux fois moins élevée.

Lionel Taccoen

Le dernier texte concerne le climat . C’est un extrait du futur rapport du GIEC, tel qu’il a « fuité » dans la presse :

Si les émissions continuent au rythme actuel, le réchauffement climatique dépassera les 1,5 °C d’ici à 2040, selon une première version fuitée du rapport du GIEC.
Les gouvernements peuvent encore respecter les objectifs de réduction des émissions fixés dans l’accord de Paris mais seulement via des transitions « rapides et de grande ampleur » dans l’économie mondiale », indique un projet de rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
« Selon un certain nombre d’études scientifiques publiées récemment, de nombreuses preuves montrent désormais que les risques de changement climatique sont bien moindres lorsque la hausse de température est limitée à 1,5 °C, par rapport à une hausse de 2 °C. Cela vaut pour les dégâts économiques globaux, la perte de biodiversité, l’impact sur la santé de la pollution de l’air générée par les combustibles fossiles, la montée du niveau de la mer, et bien d’autres aspects de société et de nature »
Enfin par curiosité, l’origine du méthane atmosphérique
 
Dernière nouvelle : EDF et GE se préparent à construire 6 EPR en Inde !

Bonnes vacances à tous !

C’est l’occasion de mentionner que l’ EPR d’ Olkiluoto a terminé le chargement de son combustible. On peut aussi rappeler que le fameux surcoût de Flamanville, les 7 milliards dont France 5 a fait ses choux gras, représentent moins de 2 ans de subventions à l’éolien et au photovoltaïque. Ce n’est pas une excuse mais une mise en perspective …

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