mercredi 27 juin 2018

L’ascenseur social en panne en Allemagne

Par : Florence Schulz
translated by Claire Guyot 

Commentaire : (...) "  l’importance de la « redistribution des richesses entre classes sociales », sans laquelle « la stagnation sociale va empirer »." Serait-ce le retour en grâce des idées de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht?😏

 




Les ministres des Affaires sociales européens tentent de se mettre d’accord sur les droits sociaux et le marché du travail. Mais l’origine sociale continue de peser fortement sur la carrière professionnelle en Allemagne, malgré son système social développé. Un article d’Euractiv Allemagne.

Six générations, c’est la durée nécessaire en Allemagne pour qu’une famille à faible revenu progresse jusqu’au revenu moyen. Dans les pays scandinaves, cette même ascension prend autour de trois générations.

Dans une nouvelle étude, l’OCDE dresse un triste tableau de l’égalité des chances dans les pays d’Europe occidentale. L’Allemagne, qui dispose pourtant d’un système de sécurité sociale développé et d’une éducation gratuite, n’est pas épargnée : la règle y reste celle de la reproduction sociale, ceux nés pauvres restant pauvres et ceux nés riches restant riches.

Réunis à Luxembourg la semaine dernière, les ministres des Affaires sociales européens ont abordé la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, ainsi que l’égal accès au marché du travail. Des avancées sont également attendues sur le socle européen des droits sociaux. Mais le fait que les opportunités de travail soient encore fortement dépendantes de l’origine sociale, même dans un pays riche comme l’Allemagne, ternit les réjouissances.



L'équilibre vie professionnelle/vie privée divise l'UE
Plus de 300 organisations et un groupe d’eurodéputés appellent les ministres de l’Emploi à accorder leurs violons, afin de commencer les négociations sur la future directive sur l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée.


Un système scolaire divisé et des mini-jobs sources de barrières sociales
Parmi les 20 % des plus faibles revenus au sein de la population allemande, presque 60 % ne sortent pas de leur tranche de revenu. Presque chaque second enfant d’un manager devient lui-même manager. Au haut de l’échelle des revenus, 74 % de ceux gagnant le plus ne voient pas leur revenu diminuer. Des tendances qui, bien que se retrouvant dans d’autres États membres d’Europe centrale, tiennent aussi à des facteurs propres au système allemand.
« Je trouve ces résultats alarmants, mais peu surprenants », déclare Sabine Zimmermann, présidente du comité pour la famille, les personnes âgées, les femmes, la jeunesse, et porte-parole de la gauche sur la thématique du marché du travail au Bundestag. « Les enfants sont bloqués dans le système scolaire allemand, en étant catégorisés dans des types d’écoles séparés à l’âge de 10 ans. »
Plus tard, dans la vie professionnelle, les choses ne s’arrangent pas, en raison du nombre croissant de contrats à durée déterminée, de petits jobs et d’emplois temporaires sur le marché du travail allemand. Selon des déclarations du gouvernement en octobre 2017, 3.2 millions de personnes ont plusieurs emplois en Allemagne.
« Le travail temporaire divise notre société entre des travailleurs de première classe et des travailleurs de seconde classe. Cela devrait être aboli », insiste Zimmermann. Selon l’OCDE, les conditions de travail précaires compliquent la progression de carrière, la poursuite de multiples emplois rendant plus difficile l’épanouissement professionnel.

Une meilleure redistribution de la richesse
Face à ce constat, que faire ? « Des mesures de long terme et de court terme sont nécessaires pour assouplir les structures sociales », explique Michael Förster, responsable de l’étude à l’OCDE.
Ce qui signifie en mesures concrètes une réduction des taxes sur les travailleurs à faible salaire, plus d’incitations pour le plein emploi, et une réforme de l’impôt sur l’héritage pour atténuer la concentration du capital.
Dans le même temps, sur le long terme, d’importants investissements dans l’éducation de la petite enfance, des journées d’école complètes, un assouplissement du système scolaire tripartite et une réduction du chômage de longue durée sont nécessaires.
Le gouvernement de coalition allemand s’est engagé à investir massivement dans l’éducation et la politique familiale. La semaine prochaine, il souhaite finaliser son « paquet familial », d’une valeur de 9.8 milliards d’euros et qui comprend une hausse des allocations pour enfants.
À partir de 2019, une loi sur le travail à temps partiel régulera la réinsertion sur le marché du travail. Si ces efforts vont dans le bon sens selon Förster, l’expert insiste sur l’importance de la « redistribution des richesses entre classes sociales », sans laquelle « la stagnation sociale va empirer ».
Entre autres, les ministres des Affaires sociales de l’Union ont défini la semaine dernière leur ligne commune quant aux propositions sur des règles européennes minimales pour le congé parental et une meilleure coordination des systèmes de sécurité sociale. Avant que le socle européen des droits sociaux n’ouvre la voie à l’égalité des chances sur le marché du travail, beaucoup reste à faire.




La Commission se réveille sur l'Europe sociale
Critiquée pour son manque d’action sur le dialogue social européen, la Commission se prépare à inverser la tendance avec plusieurs initiatives, dont le Paquet égalité qui sera dévoilé mi-mars. 




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire