jeudi 7 juin 2018

Suisse, éolien : «Alpiq fait peur au Jura»

https://www.lematin.ch
Par Vincent Donzé

Argent vaudois, vent jurassien!

Installer des éoliennes, c’est compréhensible pour sortir du nucléaire. À condition de les démonter quand le vent a mal tourné, sans faire payer la collectivité! Avec ses finances inquiétantes, le producteur vaudois d’électricité Alpiq l’admet volontiers, lui qui exploite trois éoliennes loin de Lausanne: l’inquiétude du député jurassien Jean-Daniel Tschan est légitime.

Qui financera la déconstruction? Alpiq assure que, pour le site du Peuchapatte, tout a été réglé par la constitution d’un fonds qui avait échappé au gouvernement jurassien. Soit. Mais qui dit qu’au lieu d’être déconstruites, les éoliennes ne seront pas reprises, ou remplacées par des investisseurs chinois, dont l’intérêt financier est encore plus éloigné des paysages jurassiens que celui d’une société vaudoise? Déjà qu’hier, ceux qui révisaient ces éoliennes venaient d’Autriche…

L’absence d’une vision globale se fait cruellement ressentir aux Franches-Montagnes. Elle divise tout un peuple, entre l’ancien militant qui encaisse une location pour une énergie renouvelable, et le politicien qui ne supporte pas le bruit et la vue des pales.

Cinq grandes éoliennes tournent actuellement dans deux parcs jurassiens: trois au Peuchapatte et deux à Saint-Brais. Mais quand il additionne, de Vaud à Soleure, les installations subventionnées déjà réalisées (15) et celles préavisées favorablement (336), le député Jean-Daniel Tschan en totalise 351 dans l’arc jurassien, et de Vaud à Soleure sans compter la liste d’attente 155. Parlons-en…

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La situation financière précaire du géant vaudois de l’électricité inquiète un député jurassien. L’entreprise possède des éoliennes dans son canton.


Le député Jean-Daniel Tschan, président de Librevent, au pied de l’éolienne No 1 du site du Peuchapatte (JU). Image: Laurent Crottet 


Quand la bise souffle, le député jurassien Jean-Daniel Tschan enrage, lui qui vit à l’ombre de trois éoliennes haute de 148 mètres, mâts et pâles compris. Au bruit s’ajoute l’impact sur le paysage, mais ce qui inquiète ce président de l’association Librevent, c’est la santé financière du géant de l’électricité Alpiq et son impact sur la gestion de son unique parc éolien.

«Qui paiera un éventuel démantèlement des installations?» a-t-il demandé. Réponse du gouvernement jurassien: «La constitution d’un fonds n’a pas été prévue pour ce parc éolien.» Rectificatif d’ Alpiq, obtenu hier par «Le Matin»: «Un fonds pour le démantèlement des éoliennes du Peuchapatte existe bel et bien.»

Des comptes consignés auprès d’une banque sont alimentés chaque année par Eole Jura – une société anonyme dont aucune autorité jurassienne n’est actionnaire – de manière à financer le démontage des installations et la remise en état des terrains. En conséquence, la commune de Muriaux ne devrait pas financer le démontage et le transport de trois éoliennes «monstrueuses», selon le qualificatif de la maire Christel Varone. L’objet sera discuté lundi prochain au Conseil communal.

«Démanteler une éolienne coûte un million», s’inquiétait Jean-Daniel Tschan, pour qui «Alpiq fait peur au Jura». Montant jugé «largement surestimé» par Alpiq, pour qui la déconstruction des trois machines du Peuchapatte coûterait au total entre 380'000 et 580 000 francs, montants couverts par le fonds de démantèlement et… la revente du cuivre contenu dans les éoliennes.

«Et en cas de faillite?» s’interroge Jean-Daniel Tschan, qui craint une «situation périlleuse» pour la commune de Muriaux. «Le cas de la faillite de la société d’exploitation ne semble pas être traité», constate le gouvernement jurassien. «Alpiq ne va pas faire faillite!» rectifie sa porte-parole, Christel Varone. Précision du géant vaudois: «Alpiq est prête pour l’avenir et se focalise sur son cœur de métier: la production d’électricité en Suisse.» Trois projets éoliens sont dans ses tuyaux vaudois: Bel Coster, EolJorat et Tous-Vents.

Le député Jean-Daniel Tschan reste dubitatif: «Le gouvernement jurassien établit des directives et se moque de leur application. C’est gravissime.» Le désendettement net d’ Alpiq ne rassure pas Jean-Daniel Tschan, pas plus que sa liquidité de 1,4 milliard: «En cédant ses activités de services et d’ingénierie pour 850 millions à Bouygues Construction, Alpiq n’a obtenu qu’un sursis en vendant ses actifs bénéficiaires», analyse Jean-Daniel Tschan.

«Faute de racheteurs, Alpiq a conservé les activités non rentables, comme les barrages et les éoliennes qui tournent grâce aux subventions RPC», reprend Jean-Daniel Tschan. Alpiq se veut rassurant: même si le parc éolien du Peuchapatte devait changer de mains, le repreneur bénéficierait de la rétribution à prix coûtant (RPC), une subvention attribuée à l’éolienne elle-même et qui garantit aux producteurs d’électricité un prix d’achat couvrant le risque financier.

Alpiq n’exploite en Suisse que le parc du Peuchapatte, depuis 2011, pour produire 13,5GWh par an. «En cas de vente des éoliennes, le canton du Jura a-t-il un droit de veto afin que les éoliennes ne tombent pas en mains chinoises?» a demandé le président le Librevent. Réponse du gouvernement: «Non, le canton ne dispose ni de droit de veto ni de droit de péremption.»

«La lutte continue pour le respect des gens et des paysages», conclut Jean-Daniel Tschan, pour qui la sortie du nucléaire passe par un approvisionnement énergétique personnalisé, hors du contrôle des grands producteurs. (Le Matin)

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