dimanche 1 juillet 2018

Eolien : comment tout cela a commencé? Il était une fois...

Par JF.Raux*

L’Europe est un autre sujet connexe, que j’ai aussi bien connu pour avoir passé des semaines à Bruxelles et... à Berlin !

Le lobby ENRi est très puissant au parlement Européen, emmené par un ancien prof de gym, Claude Turmes, très influent car intelligent. Il travaille bien sûr en réseau (la force issue des méthodes gauchistes et trotskistes) avec les Associations Françaises. Je ne parle pas de notre représentation au Parlement européen : les partis envoyaient ceux qu’ils ne pouvaient pas caser en France, à quelques exception près, dont S.Weil (mais on était dans un temps où la France comptait encore). Pendant un temps, l’Allemagne a pensé imposer sa loi et son industrie dans ce domaine en imposant des moyens et non des fins. L’Allemagne, à cause du charbon, ne pouvait pas défendre un objectif de CO2, ni un prix élevé du CO2. Elle a donc imposé des moyens : éolien et solaire. Cela lui permettait aussi de s’attaquer au nucléaire français, honni, par principe et parce que compétitif. Il faut voir ce que les allemands ont inventé pour « alléger » la charge énergie de leur industrie. Le citoyen allemand paye lui son électricité deux fois plus que le français.
La Commission, trop contente d’’étendre son domaine de compétence avec le Climat, a enfourché le cheval de bataille allemand avec en ligne de mire, l’insupportable EDF (arrogant) et son nucléaire. Il faut savoir que les mix énergétique relèvent de chaque Etat, pas de la Commission ! Elle s’est appuyée sur le lobby vert au Parlement européen. Et a inventé, avec la complicité des industriels, le marché des permis d’émission carbone, marché qui n’a jamais... marché. Le prix du carbone se trainant à quelques euros au lieu des 50 à 100 nécessaires. Bien sûr, tous les pays charbonniers de l’Allemagne à la Pologne, en passant par le Danemark, se sont opposés à une vraie réforme de ce marché. Une fois de plus, l’Europe s’est plantée. Mais, c’est technique, donc... personne n’en parle. Et vous l’aurez compris, personne n’a intérêt à parler de carbone, car les résultats sont catastrophiques par rapport aux milliards engagés. Donc, on planque les miettes carbone sous le tapis. Sans intérêt face à la grande ambition d’être un exemple pour sauver le monde.

Et la France ? Et bien, elle a été absente sur le plan politique, ignorant et ne défendant pas son avantage compétitif lié au nucléaire vis-à-vis du reste de l’Europe ! Elle aussi avait le nucléaire honteux ! Et surtout était politiquement très faible. À Bruxelles, malgré les grands mots, la France ne pèse pas grand chose et son administration est dramatiquement absente. Au contraire des lobbies-associations qui eux sont super efficaces, avec leurs entrées, d’autant plus privilégiées, qu’ils cirent les pompes de la Commission. Mais tout le monde sait qu’une ONG n’est pas un lobby ! 😂😂😂 Non seulement la France est absente, mais en plus, dans la transposition des directives, l’administration en rajoute pour laver plus blanc que blanc. L’exemple de l’Efficacité Énergétique est parlant.

Les choses ont commencé à se gâter il y a quelques années quand l’industrie allemande du photovoltaïque a été nettoyée en quelques mois par une guerre des prix avec les chinois, lors d’une crise de surproduction ! Faillites en séries. La France quant à elle n’avait même pas réussi à mettre en place une industrie digne de ce nom. L’Europe n’a même pas vu venir le coup des ressources minières et Terres rares, laissant la Chine prendre toutes les positions clefs. L’Europe, c’est avant tout la puissante Direction générale de la concurrence qui a toujours préféré affaiblir les positions industrielles internes à l’Europe plutôt que de soutenir une stratégie industrielle européenne mondiale. À ce titre, la gesticulation sur les GAFA me fait rire.

Grâce à la LTE et aux ENR, la Chine tient l’Europe . Grâce au gaz pour couvrir l’intermittence, la Russie tient l’Est de l’Europe et l’Allemagne. Bien sûr tout cela s’est accompagné de quelques destructions industrielles majeures. La France a mis dix ans à détruire sa position de leader dans le nucléaire : la Chine, avec des savoir-faire français, a pris le relais. Les utilities énergie dans tous les pays d’Europe sont dans un état financier lamentable avec des capitalisations boursières divisés par deux, trois, quatre,... Là encore, un beau résultat pour l’Europe : l’ Allemagne a pris car ce sont des centaines de milliers d’emplois menacés.

Il faut aussi savoir que la Chine a largement « financé » la campagne anti-diesel qui est un bon moyen de tuer l’industrie automobile européenne (avec en plus quelques scandales mal venus). Elle entend, à long terme, dominer le marché de la voiture électrique et elle le fera. Regardez sa stratégie concernant les batteries et ses composantes. Elle parle d’elle-même.

La réaction de Altmaier est à lire dans ce sens : il est, lui, le Porte-parole de l’industrie allemande qui trouve que la plaisanterie de l’EnergyWende a assez duré et que sa compétitivité est remise en cause. Sa réaction à Bruxelles sur le % d’ ENR à atteindre parle d’elle même. Une fois de plus,  la France, a voulu laver plus blanc que blanc ignorant ses avantages industriels à long terme. 

Le seul domaine où la France est bien placée grâce à ses grands groupes est celui de l’Efficacité énergétique ; or cela continue de relever de la logique nationale...

* Diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris et titulaire d’un DESS de Droit Public Européen, Jean-François Raux a effectué la majeure partie de sa carrière au sein d’Électricité de France et de Gaz de France. Il y a occupé successivement les postes de manager pour la Direction de la Distribution, puis de Conseiller du Directeur Général d’EDF pour les questions de management et de communication interne, de Chef du service emploi et développement des ressources humaines, de Directeur Général de la holding EDF Sopardel, de Directeur de la Stratégie du pôle services d’EDF, puis enfin de Directeur Marketing Stratégique de la Direction commerciale d’EDF SA.
Il a été fondateur de l’Institut du Management pour l’accompagnement des grandes entreprises dans la conduite du changement et la modernisation des systèmes de management puis fondateur-gérant de STRATENR, société spécialisée dans la stratégie appliquée à l’énergie, et à ce titre Conseiller du Président de l’ UFE, et membre du Comité Energie du Medef.


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